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L’immortalité : mythe ou réalité ?

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L’immortalité : mythe ou réalité ? Peut-on devenir immortel ? Qu’est-ce que la vie éternelle en philosophie et en spiritualité ?

L’immortalité est un mythe inséparable de l’histoire de l’humanité.

Qu’elle soit physique ou spirituelle, la question de l’immortalité interroge le phénomène de la vie, la nécessité de mourir, la peur de disparaître, mais aussi le bonheur et le sens de l’existence.

Dans la mythologie grecque, l’immortalité est la caractéristique première des dieux ; elle est obtenue par la consommation d’ambroisie (nourriture délicieuse) et de nectar (boisson à base de miel). Selon la légende, Sisyphe enchaîne le dieu de la mort Thanatos, ce qui rend les hommes immortels ; il sera pour cela condamné à faire rouler une pierre éternellement.

Désirant égaler les dieux, les hommes n’ont cessé de chercher la fontaine de Jouvence, l’élixir de longue vie ou le saint Graal, le thème de la vie éternelle étant présent dans presque toutes les cultures et les religions.

Avec les progrès actuels de la science, le mythe de l’immortalité revient sur le devant de la scène. Il s’agit désormais de repousser les limites du corps, d’interrompre le processus du vieillissement cellulaire, de vaincre toutes les maladies, d’élaborer un super-vaccin ou une pilule miracle garantissant une jeunesse éternelle. Une ambition portée par certains grands patrons de la Silicon Valley (Elon Musk, Peter Thiel, Mark Zuckerberg… lire cet article) qui n’hésitent pas à investir des milliards de dollars dans leurs rêves transhumanistes.

Mais ce scientisme laisse de côté la spiritualité ; il semble incompatible avec la “vie éternelle” telle que décrite dans les grandes traditions spirituelles et religieuses. Pire, il semble être un obstacle à la vie éternelle, car nous verrons que cette dernière nécessite d’effacer toute trace d’orgueil et d’ambition personnelle. En d’autres termes, pour vivre éternellement, il faudra commencer par renoncer à soi-même. Il faudra dépasser notre instinct de conservation, c’est-à-dire vaincre notre peur de la mort.

Ainsi, l’immortalité ne peut en aucun cas constituer un objectif personnel. Désirer l’immortalité pour soi-même, pour se sauver, pour dominer, c’est se perdre et mourir.

Entrons dans le mythe de l’immortalité et sa signification.

Lire aussi notre article : Pourquoi faut-il mourir ?

De quelle immortalité parlons-nous ? Définition.

Nous parlons dans cet article de l’immortalité en tant que prolongement infini de cette vie-ci, sans aborder la question de l’éventuelle survie de l’âme après la mort ni celle de la réincarnation.

L’immortalité peut être définie comme un nouveau rapport à la matière et au temps. L’éternité invite à voir autrement les notions de changement et de causalité. L’immortalité nous amènera à évoquer l’universalité et l’unité cosmique.

La vie éternelle est souvent présentée comme la “vie véritable”. Nous allons voir qu’il s’agit avant tout d’un état mental qui s’acquiert par la volonté et la persévérance.

Immortalité biologique et immortalité spirituelle.

Sur le plan biologique, l’immortalité fait l’objet de recherches scientifiques visant, entre autres, à lutter contre le vieillissement cellulaire.

Mais l’immortalité biologique semble difficile à atteindre, car, point important, la vie est un phénomène qui se nourrit de la mort. Autrement dit, la mort est indispensable à la vie.

De fait, les cellules et les individus ont développé une capacité à programmer leur propre mort : c’est le “suicide cellulaire”, le vieillissement ou la stérilité. C’est précisément ce qui permet à la vie d’aller toujours plus loin, les individus laissant la place à d’autres individus toujours plus performants et mieux adaptés à leur environnement. Ainsi, la vie en tant que phénomène global se fonde sur la maîtrise d’un équilibre d’autodestruction et de renouvellement.

Si les individus eux-mêmes sont mortels, la vie dans son ensemble semble immortelle, précisément parce qu’elle est en capacité d’utiliser la mort à son propre avantage.

Par conséquent, si l’humanité venait à trouver le secret de l’immortalité, cela pourrait bien signer sa fin.

En réalité, la recherche éperdue de l’immortalité biologique est une preuve de la déliquescence spirituelle de nos sociétés. Cette recherche n’a aucun sens, elle s’écarte de la compréhension de la vie, elle masque ce que devrait être la véritable quête de la vie éternelle, à savoir un chemin de sagesse et d’éveil personnel.

Le mythe de l’immortalité dans le christianisme.

Le christianisme est sans doute la religion qui décrit le mieux le chemin de la vie éternelle. Il s’agit de retourner à l’Eden primordial, un état où l’Homme était proche de Dieu, donc immortel.

En croquant du fruit défendu de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, Adam et Eve ont rompu cet état édénique. Leur désir de concurrencer Dieu les a fait entrer dans un monde de souffrance et de mort.

Le Nouveau Testament fait de la vie éternelle un thème essentiel, Jésus montrant la voie pour une nouvelle alliance avec Dieu. L’immortalité est associée au Royaume de Dieu, dans lequel il est possible d’entrer dès cette vie-ci, pour peu que l’on accepte de croire et de suivre l’exemple du Messie.

Le royaume de Dieu est au-dedans de vous.
Luc 17, 21

Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle.
Jean 4, 14

Ce témoignage, c’est que Dieu nous a donné la vie éternelle, et que cette vie est dans son Fils.
Première Epitre de Jean 5, 11

Ainsi, la vie éternelle constitue une promesse faite par Jésus à ceux qui le suivent et qui comprennent sa démarche. Pour Jésus, les individus qui n’ont pas reçu la parole divine vivent dans la mort, autrement dit leur vie n’est que physique.

En premier lieu, obtenir la vie éternelle consiste à renoncer à soi-même :

Celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de la bonne nouvelle la sauvera.
Marc 8, 35

En d’autres termes, Jésus invite chacun à se donner au monde, à se sacrifier pour les autres, à traverser la peur de la mort pour atteindre l’autre rive. Il s’agit de dépasser sa propre individualité pour communier avec Dieu (avec la Nature, avec le monde, avec le cosmos) et ainsi entrer dans la Vie véritable.

Ainsi la peur, la haine et la soif laissent place à l’acceptation et à l’Amour : plus rien ne nous menace.

Dépasser sa propre individualité, abandonner son ego, se donner aux autres : cela évoque bien sûr l’exemple suprême de la crucifixion et de la résurrection.

Enfin, dans le prologue de l’Evangile de Jean, la vraie Vie est assimilée au logos (le Verbe divin) : ainsi, comprendre la parole de Dieu donne accès à la vie éternelle.

Dans le bouddhisme.

Le bouddhisme décrit l’individu moyen comme enfermé dans une vie illusoire marquée par la volonté, le désir, l’envie de continuer à exister, ou encore le souhait de “devenir”. Cette vie-là, qui peut s’étendre sur un cycle infini de morts et de renaissances, est marquée par l’ignorance, l’aversion et la souffrance.

Au contraire, l’être éveillé est celui qui réussit à s’affranchir de cet état. Prenant conscience de l’impermanence des choses, renonçant à son individualité (cf. le non-soi bouddhique), il peut enfin accéder au nirvana, sorte d’absolu au-delà de la vie et de la mort.

C’est ainsi que l’être éveillé accède à la vie véritable, à la réalité et à l’ultime vérité.

Lire aussi notre article : La mort dans le bouddhisme.

La vie éternelle en franc-maçonnerie.

La franc-maçonnerie aborde la progression initiatique comme une façon d’accéder à la Connaissance, c’est-à-dire d’entrer dans une certaine forme d’immortalité.

Abandonnant ses défauts (préjugés, orgueil, ignorance, ambition…), le franc-maçon se reconnecte au Tout. Autrefois pierre brute, il devient une pierre taillée qui s’insérera parfaitement dans l’édifice : c’est ainsi qu’il deviendra un être universel, donc éternel, connecté au cosmos.

La franc-maçonnerie est attachée à l’idée qu’il faut mourir dans cette vie-ci pour pouvoir renaître sous une forme plus pure, plus éveillée. Cette mort symbolique consiste à abandonner toutes les illusions dues à l’ego. On retrouve le thème de la résurrection, qui est par ailleurs central dans la tradition hermétique (alchimie spirituelle).

Le mythe de l’immortalité en philosophie.

Pour les philosophes de l’Antiquité grecque (Aristote, Pythagore), la quintessence est le cinquième élément, sorte de ciment éternel qui unifie le cosmos. La quintessence présente un caractère fixe, absolu, éternel. Comprendre et approcher ce mystérieux élément permettrait d’accéder à une forme d’immortalité.

Pour l’idéaliste Platon, seules les idées sont immortelles. Ainsi, l’immortalité résiderait dans le raisonnement juste et la maîtrise des idéaux intangibles. Notons que le mot grec noûs (intellect, raison) désigne la partie la plus divine de l’âme : c’est l’esprit en l’homme, l’intelligence de la raison et du coeur, immortelle.

Pour les épicuriens, la vie véritable consiste à fuir la souffrance et le souci du lendemain, tout en acceptant les lois de la nature. Il s’agit de se détacher de l’imagination, des illusions (du passé et de l’avenir), des théories et des désirs vains afin de vivre dans l’instant présent. C’est en effet dans ce présent que réside la vie éternelle.

Les stoïciens prônent quant à eux la sérénité, l’amour du destin et l’acceptation de l’ordre des choses, seule attitude qui puisse mener au bonheur, donc à la vie véritable. Pour les stoïciens, la mort n’est rien. Une approche qui rappelle beaucoup celle du taoïsme.

De façon plus générale, l’immortalité constitue une question métaphysique essentielle. L’analyse philosophique montre que la cessation de nos fonction vitales ne signifie pas forcément l’entrée dans le néant. En effet :

  • sur le plan biologique, les éléments dont nous sommes faits vont se décomposer pour se recomposer différemment, au service de la continuité de la vie,
  • sur le plan spirituel, nos idées et nos actions continueront à influencer les autres êtres vivants et l’avenir, puisqu’elles font partie du continuum causal universel.

Ainsi, notre existence s’inscrit dans le Tout, qui est en recomposition permanente. Seule notre individualité est mortelle. Mais la part universelle de notre être, elle, ne peut connaître la mort.

Ce qui signifie que la mort est une notion connue uniquement par notre ego.

Comment atteindre l’immortalité ?

L’immortalité peut être atteinte par la pratique de la philosophie, par la pratique religieuse, par la foi, ou encore par la méditation. Ici, raison, foi et spiritualité peuvent se rencontrer.

Plutôt qu’un mythe, l’immortalité est un état mental atteignable, une disposition d’esprit qui a à voir avec l’acceptation, le lâcher-prise et la sérénité (cf. la paix intérieure ou ataraxie).

Mais pénétrer dans cet état n’est pas chose facile. Cela nécessite un effort constant, une lutte contre les instincts primaires attachés à notre individualité, un combat permanent contre notre égoïsme et nos peurs naturelles.

Les symboles associés au mythe de l’immortalité.

Les symboles suivants évoquent le mythe de l’immortalité ou de la vie éternelle :

  • le lemniscate (huit couché ou signe infini) : il représente les cycles sans fin, l’unité du cosmos, l’espace-temps sans limite, la recomposition permanente du monde, autrement dit l’éternité cosmique,
  • le cercle : sans fin, sans différenciation, le cercle représente le domaine de l’Esprit, divin et éternel,
  • la croix de vie (Ankh) : placée dans la bouche des pharaons, la croix ansée leur assure la vie éternelle. Son symbolisme évoque un centre absolu,
  • la croix de Jésus : c’est le symbole du sacrifice et du dépassement de la mort. Par ailleurs, le centre de la croix peut représenter la réconciliation de toutes les oppositions : un point de stabilité et d’éternité,
  • l’ouroboros : le serpent qui se mord la queue évoque autant les cycles que l’unité et la stabilité,
  • l’Arbre de vie : présent au centre du jardin d’Eden (Livre de la Genèse), c’est l’arbre de l’innocence dont les fruits confèrent la vie éternelle aux premiers hommes. A noter que selon la Légende dorée, la croix de Jésus est faite du bois de l’Arbre de vie (lire notre article dédié),
  • le jardin d’Eden : c’est le lieu de la vie éternelle dans la Bible, c’est un espace idéal au milieu duquel trône l’Arbre de vie et jaillit la source des quatre fleuves ; c’est, pour l’humanité décentrée, le paradis perdu,
  • la Jérusalem céleste : c’est le lieu merveilleux, à la fois terrestre et céleste, où les enfants de Dieu pourront vivre leur éternité,
  • le Phénix : c’est l’oiseau qui renaît de ses cendres, symbole d’une résurrection permanente,
  • la fontaine de Jouvence ou fontaine d’immortalité : il s’agit d’une source mythique au pouvoir régénérant, conférant l’immortalité à ceux qui y boivent,
  • l’ambroisie et le nectar : ce sont la nourriture et le breuvage d’immortalité des dieux de la mythologie,
  • l’élixir de vie ou de longue vie : c’est une potion légendaire qui permettrait de conserver indéfiniment sa jeunesse. L’élaboration de cet élixir est l’un des objectifs de l’alchimie spirituelle. On trouve aussi les termes d’ Eau de sagesse” et d'”Eau de vie”.

Mais le symbole le plus célèbre de l’immortalité est sans aucune doute celui du Graal.

Selon les différentes cultures et légendes, le Graal est un chaudron qui confère l’immortalité (peuples celtes), une émeraude aux pouvoirs infinis, ou encore le calice dans lequel aurait été recueilli le sang du Christ. Précisément, le sang versé par Jésus représente le franchissement de la mort, conscient et assumé, autrement dit l’entrée dans l’éternité.

Lire notre article complet sur le Graal.

Conclusion sur le mythe de l’immortalité.

Les recherches actuelles sur l’immortalité biologique éloignent paradoxalement l’homme de la vie éternelle. Elles sont la preuve de son décentrage et de sa profonde ignorance.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme déclarait Rabelais. Force est de constater que l’homme persiste dans le péché originel.

L’attachement aveugle à cette vie-ci, la peur de la mort et le désir fou d’une vie sans fin sont autant d’éléments qui ne peuvent conduire qu’à la frustration et à la souffrance. Ils barrent le chemin du retour au jardin d’Eden, ils bloquent l’accès à la Connaissance et à la sagesse. Ils empêchent l’entrée dans la vie éternelle.

Pris dans sa fuite en avant, l’Homme s’éloigne toujours plus du paradis perdu. Pourtant ce paradis est là, devant lui. Le voir, c’est devenir immortel.

L’accès à la vie éternelle passe obligatoirement par une longue quête personnelle. Cette démarche nécessite d’abandonner toutes ses certitudes, tous ses jugements, tous ses préjugés. Elle nous oblige à renoncer à l’illusion que nous sommes des êtres séparés. Elle nous pousse à savoir qui nous sommes vraiment.

Délivrés de nos ambitions et de nos illusions, détachés de notre ego, nous pouvons nous laisser traverser par toutes les énergies cosmiques.

Au final, l’homme éveillé accepte tout, y compris la mort. Fusionnant avec toute chose, il devient immortel.

Modif. le 11 février 2021

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