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Les préjugés en philosophie : définition

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Les préjugés en philosophie : définition. En quoi les préjugés constituent-ils un risque pour le philosophe ? Les préjugés sont-ils toujours à rejeter ?

Les préjugés représentent un écueil pour le philosophe, et plus généralement pour tout homme qui cherche à progresser sur le chemin de la vérité.

“Préjugé” est synonyme d’a priori, d’idée préconçue, d’idée reçue ou encore d’opinion. C’est un jugement hâtif porté sur une situation donnée, un individu, une théorie ou une affirmation.

Les préjugés ont quelque chose de spontané. Ils se fondent le plus souvent sur l’expérience ; ils s’émancipent de la raison et de la réflexion.

Les préjugés sont le fruit d’une série de mécanismes psychiques et psychologiques qui sont autant de filtres permettant à l’individu de se positionner par rapport à ce qu’il perçoit.

Parmi ces filtres (ou critères), citons :

  • l’expérience : l’individu aura tendance à tirer des règles générales à partir d’observations répétées. C’est la théorie de l’inférence bayésienne, selon laquelle l’individu établit des probabilités de causes de certains types d’événements,
  • les instincts et les pulsions,
  • les règles morales issues de l’éducation,
  • les influences socio-culturelles,
  • les penchants psychologiques,
  • les interdits sociaux,
  • et de manière générale, tous les éléments qui ont participé à fonder l’individu et sa personnalité.

Ainsi, les causes des préjugés sont principalement intérieures.

On assimile souvent les préjugés à l’ignorance, à la peur et au repli. Pourtant, certains préjugés s’avèrent justes. On pourrait considérer qu’ils traduisent une certaine forme d’intelligence.

Voyons d’où viennent les préjugés et quels risques ils comportent pour le philosophe.

Les préjugés en philosophie : définition.

Définition : Un préjugé est une opinion portée a priori sur un objet, un sujet ou une situation, en fonction de critères extérieurs à la chose analysée, et le plus souvent propres à la personne qui juge.

Le préjugé peut encore être défini comme une conclusion hâtive, un jugement subjectif (positif ou négatif) porté d’emblée sur une chose, alors même qu’on ne dispose pas des moyens de la cerner ni de la comprendre.

Le préjugé se passe de preuves ; il ne fait pas appel à la démonstration. Parfois, il se contente de reprendre une opinion commune.

Préjugés et ignorance.

Qui parle de préjugé parle d’ignorance. En effet, les préjugés s’appliquent à ce qui est mal connu, mal compris, mal cerné. Car ce qui est parfaitement connu fait normalement l’objet d’un jugement sain et éclairé, qui ne laisse pas de place aux préjugés.

Le préjugé est donc un jugement sur la forme (les apparences), précisément parce que le fond n’est pas accessible.

Face à un manque d’information, le cerveau réagit de manière irrationnelle : la raison laisse la place aux suppositions, le discernement s’efface devant les passions (espoir, peur, rejet, haine, dégoût…).

L’esprit divague et se laisse entraîner dans l’imagination et les fantasmes. L’inconscient peut alors s’exprimer dans toute sa puissance ; les instincts ressortent dans leur côté le plus sombre, notamment si la situation ou l’individu à analyser constituent une menace. Dans ce dernier cas, les préjugés seront d’autant plus tranchés et négatifs. 

On comprend mieux les dérives auxquelles les préjugés peuvent mener.

Exemples de préjugés (liste non exhaustive).

On peut considérer comme “préjugé” tout jugement ferme porté sur ce que nous connaissons mal, sur ce qui est différent de nous, ou pour ce qui peut constituer une menace pour nous :

  • préjugé sur un inconnu, sur un voisin, sur un collègue de travail, sur un homme politique,
  • préjugé sur une catégorie d’individus présentant certaines caractéristiques physiques, de sexe ou d’âge,
  • préjugé sur un groupe social auquel on n’appartient pas (catégorie socio-professionnelle par exemple),
  • préjugé sur un pays ou un peuple,
  • préjugé sur une religion,
  • préjugé sur une information (on parlera d’opinion),
  • préjugé sur un événement incroyable ou surprenant,
  • préjugé sur une situation actuelle ou future,
  • etc.

Le préjugé peut prendre la forme d’un stéréotype (regroupement de particularités), d’une généralisation, d’une extrapolation, d’un amalgame, d’un “cliché”… Il peut déboucher sur des idées fausses, des théories, de nature complotiste par exemple, ou encore des croyances, des mythes ou des dogmes indépassables.

Dans les différentes typologies de préjugés, on pourra citer le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme, l’homophobie, la grossophobie, le sexisme, les préjugés de classe, la germanophobie, l’islamophobie, la sinophobie, etc.

Les préjugés s’accompagnent habituellement de sentiments : colère, peur, haine, aversion, crainte, obsession…

Lire aussi notre article : La différence entre savoir et connaissance.

Les préjugés : bons ou mauvais ?

A priori, les préjugés sont considérés comme mauvais, dangereux. Mais cela n’est-il pas précisément un préjugé ?

En réalité, les préjugés peuvent être vus comme un signe d’intelligence. Selon la théorie de l’inférence bayésienne évoquée plus haut, les préjugés sont un moyen pour l’individu d’adopter le comportement le moins risqué et le plus raisonnable face à un événement dont il n’est pas en mesure de connaître tous les tenants et aboutissants.

Face à une situation inconnue, le cerveau tente donc de combler son vide cognitif en faisant appel aux probabilités, à l’expérience et à l’intuition.

Les préjugés permettent de mettre les choses en perspective ; ils sont donc plus rationnels et utiles qu’on pourrait le croire. Ils sont un point d’appui pour la réflexion, une formulation d’hypothèses en attendant mieux. Sans préjugés, on ne pourrait rien apprendre du monde.

D’autre part, certains préjugés s’avèrent justes a posteriori. Il serait malvenu de se culpabiliser par rapport à ses propres préjugés.

Cependant, les préjugés doivent pouvoir être dépassés : le véritable risque est celui qui consisterait à s’attacher à ses préjugés, à les considérer comme une vérité définitive, indépassable. Il est du devoir du cherchant de remettre en cause ses préjugés, car s’il s’y attache, il prend le risque de demeurer dans l’erreur.

Les préjugés doivent donc être vus comme un outil de travail. Ils doivent toujours être perçus avec bienveillance et faire l’objet d’une analyse a posteriori. Ainsi, chaque préjugé constitue une marche à gravir sur le chemin de la vérité.

Quelques citations.

Chaque mot est un préjugé. Friedrich Nietzsche

Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. Albert Einstein

Chassez les préjugés par la porte, ils rentreront par la fenêtre. Frédéric II

J’aime mieux être homme à paradoxes qu’homme à préjugés. Rousseau 

Les préjugés sont la raison des sots. Voltaire 

Pour aller plus loin :

  • Dictionnaire philosophique, d’André Comte-Sponville. 1654 définitions pour aborder la philosophie de la manière la plus ludique qui soit.

Modif. le 14 septembre 2020

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