Press "Enter" to skip to content

Le mécanisme de nos perceptions (psychologie, philosophie, spiritualité)

4.5/5 (2)

Les perceptions : définition en psychologie, philosophie et spiritualité. Comment fonctionnent nos perceptions sensorielles ? Quelles étapes perceptives et quels types de perceptions ?

Loin d’être une simple réception de données issues du réel, les perceptions constituent une sélection, un décodage et une interprétation immédiate de la réalité.

Ce qui explique que les perceptions varient d’un individu à l’autre, et qu’elles varient dans le temps chez un même individu.

Les psychologues distinguent trois étapes perceptives :

  • l’étape sensorielle : c’est la capacité qu’ont les cellules réceptrices de distinguer certaines caractéristiques de l’objet perçu (intensité, contraste, taille, mouvement…),
  • l’étape perceptive : ce sont les reconfigurations effectuées de manière automatique par notre cerveau, consistant à filtrer, découper, regrouper et identifier des éléments au milieu d’autres éléments. Pour cela, le cerveau s’appuie en particulier sur le constat de changements dans l’environnement,
  • l’étape cognitive : c’est l’interprétation immédiate et inconsciente des données observées. Cette interprétation se fait principalement à travers des schémas cognitifs, qui consistent à puiser dans l’expérience passée afin d’interpréter le plus efficacement possible les stimuli reçus. Cette étape débouche inévitablement sur une réaction mentale ou physique.

Ainsi, on voit que beaucoup de “biais” ou de “filtres” existent entre le réel et la perception que nous en avons. Parmi ces biais, il y a :

  • nos caractéristiques physiques : capacités sensorielles, capacité à gérer les priorités, limites d’attention…,
  • notre héritage génétique : instincts, défense des intérêts personnels, mécanismes de réponse aux besoins physiologiques,
  • nos acquis : éducation, héritage socio-culturel, valeurs intériorisées,
  • notre psychologie : nos perceptions varient notamment en fonction de notre rapport à nous-même (image de soi),
  • mais aussi les circonstances, les influences, le contexte : attentes et motivations du moment, état d’esprit, niveau de stress, situation familiale, état physique…

Le schéma suivant illustre notre propos :

On le voit, les perceptions sont autant attachées au réel qu’à l’individu lui-même : en réalité, elles constituent la rencontre du réel et de l’individu, une rencontre qui crée un monde particulier.

Entrons plus en détails dans le mystère de nos perceptions.

Lire aussi notre article : La différence entre vérité et réalité.

Les perceptions en psychologie et philosophie : définition.

Définition : Les perceptions sont des sensations mentales fondées sur le traitement et l’organisation des données sensorielles, c’est-à-dire sur un processus d’analyse inconscient. Les perceptions débouchent sur des images mentales connotées, qui constituent notre monde intérieur.

Les perceptions sont basées sur les cinq sens, mais aussi sur la perception de l’équilibre (oreille interne), ainsi que sur une certaine forme d’appréhension de l’espace et du temps.

Les perceptions constituent notre principal rapport à la réalité, une réalité qu’elles ne cessent pourtant de déformer. En effet, le mécanisme perceptif nous ferme le chemin du réel : nous sommes prisonniers de nos déterminismes et de notre subjectivité.

Ainsi, nos perceptions sont d’abord l’expression de notre individualité : l’individu est prisonnier d’une vision du monde qui passe obligatoirement par lui-même, par ce qui le constitue, par une foule de filtres inconscients profondément ancrés en lui.

Perceptions, jugement, peurs et attentes.

Chez l’être humain, les perceptions sont indissociables du jugement. En effet, presque toutes nos perceptions débouchent sur une prise de position, un étiquetage, bref un classement en “bien” ou en “mal”.

Ces jugements se fondent sur nos habitudes, nos schémas, mais aussi nos peurs, nos angoisses et nos attentes.

Souvent, nous ne voyons que ce que nous voulons voir. Nous colorons, sélectionnons et tordons la réalité.

Ainsi, les perceptions vont de pair avec les stéréotypes, les préjugés, les certitudes et les croyances. Elles font naître opinions erronées, illusions et fausses certitudes ; elles peuvent mener à des erreurs d’interprétation, lesquelles peuvent entraîner perte de confiance ou dépression. Dans le rapports aux autres, les perceptions conduisent à des incompréhensions et des conflits.

Il faudra donc parvenir à dépasser nos perceptions…

Les perceptions en philosophie : différentes écoles.

La philosophie comporte différentes approches des perceptions, dont certaines peuvent se recouper :

  • pour les empiristes, l’expérience sensible constitue la seule origine possible des connaissances (à titre d’exemple, les scientifiques pratiquent une démarche empiriste),
  • les rationalistes considèrent au contraire qu’il existe des connaissances indépendantes de toute expérience sensible : les idées et la logique prévalent sur les perceptions ou les expériences,
  • les réalistes affirment l’existence d’une réalité extérieure, d’un monde indépendant de nous,
  • les idéalistes affirment la valeur et la prédominance du monde des idées sur le monde sensible (cf. l’Allégorie de la caverne de Platon),
  • les phénoménologues (Husserl) tentent de trouver le point de contact entre l’esprit et le réel, ce qui implique un dépassement à la fois du réalisme et de l’idéalisme.

En se plaçant au carrefour de l’existence, de l’essence, de l’expérience et de la conscience, la phénoménologie propose de réconcilier connaissance sensible et pleine conscience. Il s’agit de rechercher les constituants et l’essence de toute expérience, et donc de mettre le doigt sur les fondements de l’objectivité.

Entrer dans le réel, déconstruire nos propres perceptions.

Nous l’avons vu, nos perceptions nous conduisent régulièrement à l’erreur et à l’illusion.

Mais il existe des moyens de contourner ces pièges, voire de dépasser nos perceptions pour tenter d’accéder à la réalité et à la vérité.

Parmi ces moyens, citons :

  • la raison : il s’agit de la recherche des idées pures, justes, absolues et universellement vraies (cf. les mathématiques, la géométrie, la logique, les valeurs morales…),
  • l’intuition : il s’agit d’une forme de connaissance directe et immédiate qui s’affranchit des habitudes, des opinions et des fausses certitudes. On parle parfois de “perception de l’âme”.

Alors que la raison est la voie de l’intellect, l’intuition serait plutôt la voie du coeur, une voie qui consiste à lâcher-prise et à dépasser notre individualité (et les illusions qui s’y rattachent) pour accéder à l’évidence que tout est lié et interdépendant. C’est alors que nous pouvons porter un regard neuf sur toute perception qui nous anime en la replaçant dans le contexte de notre histoire universelle.

Cette intelligence du coeur consiste non pas à rejeter nos perceptions mais à les reconnaître comme légitimes et en partie vraies puisqu’elles s’inscrivent dans l’unité du monde, dans le fonctionnement du cosmos tout entier.

Ainsi l’horizon s’élargit, la conscience se déploie pour englober tout point de vue, toute réalité individuelle.

Une démarche qui passe obligatoirement par un effort de connaissance de soi : il s’agira d’explorer notre psychisme, d’analyser le fonctionnement de notre mental et d’identifier nos biais cognitifs.

Autrement dit, il s’agit de passer de l’ignorance à la connaissance.

Conclusion sur les perceptions et leur définition.

Au final, on aurait tort de dire que nos perceptions sont nécessairement fausses ou illusoires. En effet, chaque interprétation de la réalité peut se justifier, s’expliquer. Notre mécanisme perceptif et cognitif est issu de millions d’années d’expérience vivante : son but n’est pas de nous tromper, mais de nous aider à survivre.

Pour autant, nos perceptions ne peuvent nous offrir qu’un point de vue partiel sur la réalité, un point de vue qu’il nous faudra tenter d’élargir.

L’important pour le philosophe n’est donc pas de lutter contre ses perceptions, mais de les analyser, de les comprendre, de les décortiquer. Il devra se réconcilier avec ses propres perceptions, puisqu’elles représentent une part de la vérité universelle. Ainsi, analyse, ouverture et tolérance fondent la démarche du philosophe.

Accepter ses propres perceptions mais ne pas en être dupe, tolérer les opinions des autres sans les prendre pour argent comptant, abandonner ce que l’on croyait savoir, oser s’ouvrir à de nouvelles réalités : voilà donc les fondements de la connaissance du réel.

Nous ne voyons pas les choses comme elles sont, nous les voyons comme nous sommes.
Anaïs Nin

L’œil ne voit que ce que l’esprit est prêt à comprendre.
Henri Bergson

On ne voit bien qu’avec le coeur.
Antoine de Saint-Exupéry

Modif. le 14 juin 2021

Vous pouvez noter cet article !

%d blogueurs aiment cette page :