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Le bon sens : définition philosophique et spirituelle

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Le bon sens : définition philosophique. Quelle différence avec le “sens commun” ? Comment définir le bon sens sur le plan spirituel ?

Le bon sens est une notion ambivalente : synonyme de raison, d’évidence ou même d’intuition géniale, il peut aussi évoquer la “raison grossière”, l’opinion vague, ou le manque de savoir et de science.

On parle de bon sens paysan pour parler d’évidences qu’il est parfois bon de rappeler : il s’agit de vérités authentiques basées sur l’expérience, une manière de penser proche de la terre, parfois banale mais juste.

Le bon sens est alors naturel, inné : il va de soi. Il permet de dépasser les faux-semblants, de démasquer les ruses et les postures.

Le bon sens est parfois appelé sens commun, ou raison commune.

Voltaire, dans son dictionnaire philosophique, dit :

Le sens commun est fort rare. Que signifie cette phrase ? Que dans plusieurs hommes la raison commencée est arrêtée dans ses progrès par quelques préjugés ; que tel homme, qui juge très sainement dans une affaire, se trompera toujours grossièrement dans une autre. (cliquez ici pour lire la définition complète du sens commun selon Voltaire).

Pour Voltaire, le bon sens est le fait de voir et de juger par soi-même, sans pression sociale ni perversion. Tous les hommes sont naturellement doués de bon sens, mais le conformisme, la peur du jugement des autres ou encore les dogmes religieux les détournent régulièrement de l’évidence, introduisant le chaos dans leur esprit.

Tentons une définition philosophique et spirituelle du bon sens.

Le bon sens : définition philosophique.

Définition : Le bon sens est la capacité de juger et d’agir raisonnablement, conformément à la logique et à la morale.

En philosophie, le bon sens est la raison fondée sur une certaine lucidité et sensibilité.

Pour les cyniques de la Grèce antique, le bon sens consiste à dénoncer les conventions sociales, les postures, l’opinion et l’hypocrisie pour retourner à une éthique de vie naturelle et universelle.

Dans son célèbre Discours de la méthode, Descartes dit en introduction :

Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus ; et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s’en éloignent.

Descartes dit ici que les hommes sont naturellement doués d’une raison égale (le bon sens), la diversité des opinions étant due au fait qu’ils ne l’utilisent pas de la même manière. Il s’agit donc pour Descartes de mettre au point une méthode scientifique afin d’éviter tout écueil susceptible de biaiser le bon sens.

Pour les philosophes, le bon sens est donc une capacité propre à l’humain : c’est le don de la raison, la faculté de la “vision intérieure”.

Enfin, l’Encyclopédie de Diderot donne la définition suivante du bon sens :

C’est la mesure de jugement et d’intelligence avec laquelle tout homme est en état de se tirer à son avantage des affaires ordinaires de la société. Ôtez à l’homme le bon-sens, et vous le réduirez à la qualité d’automate ou d’enfant. (…) Le bon-sens suppose de l’expérience, et que c’est de la faculté de déduire des expériences, qu’on fait le plus communément les inductions les plus immédiates. (…)

Le bon sens a donc à voir avec l’expérience de la réalité. Ce qui n’empêche pas le bon sens de comporter des risques et des limites.

Les limites du bon sens.

Bien qu’il soit synonyme de raison, le bon sens peut induire en erreur. Par exemple, le bon sens a longtemps conduit les hommes à penser que le soleil tournait autour de la Terre, ou que tout ce qui était plus lourd que l’air ne pourrait jamais voler…

Le bon sens est en réalité limité et relatif, puisqu’il est conditionné par un mode de pensée particulier et un certain système social, éducatif et culturel. Le bons sens varie d’une société à l’autre, d’une communauté à l’autre, d’une époque à l’autre…

Ainsi, les évidences immédiates sont souvent illusoires. Nos perceptions sont trompeuses et notre expérience limitée à des cas particuliers. C’est précisément ce qui fait dire à Platon qu’il faut abandonner le monde du sensible pour aller vers le monde stable des Idées (voir notre analyse de l’allégorie de la caverne). Ainsi, le bon sens en tant que “science de la réalité” serait une pseudo-science, bien éloignée de la science véritable.

Et pourtant, le bon sens permet parfois de faire émerger des évidences pures, transcendantales, qui semblent bien plus puissantes que tout raisonnement intellectuel.

Le bon sens traduit alors l’émergence d’une Vérité universelle cachée au fond de soi.

Le bon sens, définition spirituelle.

Nous l’avons vu, le bon sens est pour le philosophe une faculté intellectuelle, donc rattachée au cerveau. Dans une optique plus spirituelle, le bon sens serait plutôt rattaché au coeur.

Le bon sens serait alors une sorte de sixième sens, une capacité à écouter son intuition (mystérieux socle de la connaissance) et à se connecter à ce qu’il y a de plus simple, authentique et universel.

Le bon sens spirituel conduit par exemple à réaliser que je suis l’autre, ou que toutes les choses participent de l’unité du cosmos, ou que le mal n’existe pas en soi.

C’est la voie du coeur, spontanée, celle de celui qui cherche à entrer en communication avec ce qui le dépasse. C’est aussi l’idée que chacun porte la vérité en lui, pour la simple raison qu’il fait partie de la création.

Le bon sens dépasse alors la réflexion. Il s’écarte de l’intellectualisme, il s’éloigne du mental et de l’ego pour aller à l’essentiel. Il rassemble au lieu de séparer. Il rappelle la parole perdue, ce langage originel oublié.

Le bon sens est alors synonyme de tolérance, d’acceptation et de bienveillance. Il ne s’agit plus de juger mais d’accueillir les choses telles qu’elles sont. C’est peut-être là le chemin du bonheur.

Citations sur le bon sens.

“Cet homme n’a pas le sens commun”, est une grosse injure. “Cet homme a le sens commun”, est une injure aussi. Voltaire

Le bon sens, tout le monde en a besoin, peu l’ont, et chacun croit l’avoir. Benjamin Franklin

Rien n’étonne plus les hommes que le bon sens. Ralph Waldo Emerson

Les hommes sont devant les idées simples comme des chauves-souris devant la lumière, ils sont aveugles. Aristote

Le bon sens réunit tout d’abord la majorité… mais contre lui. Alphonse Karr

Le bon sens ne calcule pas, ni n’ordonne, mais pense l’invisible. Jean-Luc Marion

C’est le bon sens, la raison qui fait tout : Vertu, génie, esprit, talent, et goût. Marie-Joseph Chénier

Le bon sens sert à l’homme de piédestal ; il rehausse son génie… – Ou met en évidence sa bêtise ! Pierre Baillargeon

Ouvrages en relation avec le bon sens et sa définition :

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