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Transcendance et immanence : définitions

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Que sont la transcendance et l’immanence ? Quel rapport avec Dieu, l’Homme et la matière ? Tentative de définition philosophique.

Transcendance et immanence sont deux termes opposés et complémentaires, particulièrement importants en philosophie et en spiritualité.

Ces termes se rapportent aux êtres et aux choses, et posent la question de savoir si ces derniers ont leur principe en eux-mêmes, ou s’ils dépendent d’une cause extérieure. Ceci nous amène directement à interroger le mystère de l’existence de Dieu.

Dans la plupart des religions monothéistes, il existe un Dieu transcendantal, qui est la cause extérieure de toute chose et de tout être. Au contraire, pour certains philosophes tels Spinoza, Dieu est la Nature, et son action immanente se fait à l’intérieur d’elle-même.

Ainsi :

  • le Dieu transcendant crée et dépasse l’univers,
  • le Principe immanent habite l’univers.

Tentons de mieux définir ces notions.

Transcendance et immanence : définitions.

Définition transcendance : La transcendance désigne le fait que tout être ou tout chose dépend d’un principe extérieur, situé “au-delà”. Ce principe supérieur est inconnu et difficilement accessible.

On parle par exemple de Dieu transcendant, de Principe transcendant, ou encore de l’esprit qui transcende la matière.

Définition immanence : L’immanence désigne le fait de ce qui a son principe en lui-même. Immanent signifie ce qui est en-dedans, “intérieur à”, sans référence à une cause ou à un principe extérieur.

On parle par exemple de l’immanence de la Nature, de l’immanence de la matière, ou de la vie.

Voyons les conséquences de ces définitions :

  • La transcendance évoque l’idée de nécessaire effort pour établir un lien avec le principe supérieur : c’est entre autres le rôle des spiritualités et des religions (du latin religare : relier).
  • L’immanence évoque plutôt l’idée de rechercher dans la matière et en soi-même ses propres causes : c’est une invitation à l’introspection, à la connaissance de soi pour accéder à la Connaissance avec un grand “C”.

Ainsi la transcendance appelle à chercher vers le haut pour percer le mystère de Dieu, comme pour monter à une échelle. Au contraire, l’immanence invite à chercher au fond de soi pour y trouver le secret de la Création : c’est l’idée qu’il y aurait en nous, comme en toute chose, la flamme du principe organisateur.

Deux notions opposées ?

Pointons les différences fondamentales entre transcendance et immanence :

  • La transcendance évoque une Lumière venant d’en haut, alors que l’immanence évoque une présence lumineuse “en-dedans”,
  • La transcendance nécessite de croire en Dieu, alors que l’immanence ouvre la voie à une spiritualité athée. L’une amènerait à aimer Dieu, l’autre à aimer la vie,
  • La transcendance évoque une matière inerte animée par un feu extérieur, alors que l’immanence nous parle d’une force auto-organisée, portant en elle-même l’énergie de sa propre transformation (avec ou sans direction précise),
  • La transcendance sépare le corps et l’esprit, alors que l’immanence sous-entend que tout est dans tout,
  • La transcendance évoque un principe inatteignable, “retiré du monde” (ou atteignable seulement après la mort), alors que l’immanence sous-entend que la réalité peut être expérimentée à tout moment,
  • La transcendance évoque un Dieu ayant créé un monde marqué par un début et une fin, alors que l’immanence sous-entend un univers infini et un éternel présent,
  • La transcendance porte en elle un certain dualisme, y compris dans la manière de percevoir, alors que l’immanence est un monisme,
  • La transcendance invite à contempler, l’immanence à expérimenter et comprendre.

Pourtant, on pressent qu’il peut y avoir un point de convergence entre les deux notions. En effet, le terme “transcendance” ne signifie pas forcément que le “haut” soit extérieur, lointain ou séparé de nous : Dieu n’habite pas forcément dans un autre monde, bien qu’il soit inaccessible et inconnaissable.

Deux notions complémentaires, voire convergentes.

Si la transcendance évoque clairement l’existence d’un principe supérieur, cela ne veut pas forcément dire que Dieu est absent du monde, ou séparé de lui. Il est en effet possible d’appréhender Dieu comme étant à la fois au-delà et au-dedans, à la fois l’univers et l’énergie qui le porte, le transformant sans cesse.

Transcendance et immanence ne sont donc pas nécessairement incompatibles. Il existe certainement un point de convergence entre ces deux notions : la recherche des causes immanentes pourrait permettre de résoudre le mystère de la transcendance.

Transcendance et immanence dans le christianisme.

L’Ancien Testament décrit un Dieu transcendantal, séparé des hommes, lointain et tout puissant. Cette idée peut s’illustrer par l’épisode d’Adam et Ève croquant du fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Le péché originel provoque la chute du paradis : l’Homme se trouve séparé de son Créateur, et doit tenter de retourner vers lui.

Le Nouveau Testament rétablit une certaine immanence à travers le personnage de Jésus, à la fois homme et Dieu. Pour la première fois, le divin vient s’installer dans le monde sensible : Jésus est venu pour prêcher et racheter le péché originel.

Certes, les Évangiles parlent du Royaume des Cieux, qui semble rappeler là encore l’existence d’un monde céleste lointain, séparé du monde terrestre. Mais cette interprétation doit être remise en cause. Jésus dit bien que le royaume de Dieu n’est pas hors du monde : le royaume de Dieu est au milieu de vous (Luc, 17, 20-24, parfois traduit par “au-dedans de vous”).

Ainsi Dieu se trouve au fond de notre cœur : c’est l’intelligence du cœur, qui permet d’accéder à la Lumière, à la Vérité, à l’éternité et à la Justice. Le royaume est la délivrance intime, la fin de la souffrance mentale, la fin des illusions. C’est la paix, le silence, la joie et le pardon : Dieu est Amour, il accepte le mal, il apporte la sérénité et la pleine conscience.

Ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et que je suis en vous. Jean 14, 20.

C’est alors que l’homme se détache de ses peurs et de ses passions, et accède à Dieu : la clé d’accès au Très-Haut est à chercher au plus profond de soi. Ainsi Dieu est à la fois immanent et transcendant.

Lire notre article : Comprendre le royaume de Dieu.

Conscience et réalité.

Transcendance et immanence interrogent les mystères de la conscience et de l’âme.

Notre conscience des choses est limitée, et nous empêche d’accéder à la connaissance intégrale des causes et de la réalité. Notre vision n’est jamais objective : elle est entourée de barrières. On distingue alors la réalité inatteignable (appelée “transcendance” en phénoménologie) et les phénomènes illusoires de notre mental psychique.

C’est précisément par la connaissance de soi, l’identification de nos déterminismes et l’évacuation de nos illusions que nous pourrons approcher la vérité.

Lire notre article sur la différence entre âme et esprit.

Par ailleurs, nous avons à notre disposition différents outils ou méthodes pour tenter de dépasser nos limites intimes et accéder à la vérité transcendantale :

  • la raison,
  • l’intuition,
  • la contemplation,
  • le silence menant à l’apaisement du mental,
  • la méditation, qui consiste à laisser “Dieu” s’adresser à nous,
  • ou encore la prière, qui consiste à nous adresser à Dieu.

Autant de moyens de nous extraire de notre souffrance psychologique pour peut-être entrer dans le “Royaume de Dieu”, c’est-à-dire vivre pleinement, authentiquement.

Transcendance et immanence en franc-maçonnerie : deux voies vers la vérité.

Les notions de transcendance et d’immanence sont omniprésentes en franc-maçonnerie.

Elles sont abordées dans l’objectif de trouver le point de correspondance entre les deux notions.

Citons entre autres :

  • la quête de la Vérité, qui est à la fois intime et extérieure,
  • l’ordre qui organise le chaos (Ordo Ab Chao),
  • le parallèle entre le haut et le bas (Nadir et Zénith),
  • la référence à l’alchimie spirituelle, qui consiste à trouver le principe divin en soi, et qui invite à se transcender soi-même,
  • l’importance de la connaissance de soi,
  • l’invitation à trouver le point de correspondance entre le “grand architecte” et soi-même, entre la matière et l’esprit, entre la sphère terrestre et la sphère céleste. Divers symboles invitent à cela, par exemple l’œil et le Delta lumineux, les deux globes ou encore le sablier.

Les franc-maçons ont fait leur cette phrase de la Table d’émeraude, célèbre texte alchimique d’Hermès Trismégiste, selon lequel Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Ainsi, pour les franc-maçons, l’homme est à l’image de Dieu, et c’est en soi qu’il faut chercher une vérité à la fois immanente et transcendantale. C’est la signification de la formule latine VITRIOL (Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem) : Visite l’intérieur de la Terre, et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée.

Un autre symbole traduit la correspondance entre transcendance et immanence : le sceau de Salomon, qui par ses deux triangles entrelacés montre l’intrication des deux notions.

transcendance et immanence symboles

Ainsi Dieu, ou le Grand Architecte de l’Univers serait le Soi universel, conduisant à la libération, à l’harmonie et au dévoilement des ultimes mystères.

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