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Le sablier : symbolisme (planche maçonnique)

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Le sablier et son symbolisme : quelle est la signification de cet objet ? Comment interpréter la sablier ? Voici une planche maçonnique au 1er degré.

En tête de cet article : Vanité ou allégorie de la vie humaine, tableau peint par Philippe de Champaigne en 1646.

Le sablier est l’instrument qui permet de mesurer un intervalle de temps par écoulement de sable. Mais son symbolisme recouvre de nombreuses significations.

Le sablier est parfois représenté avec des ailes d’oiseau ou de chauve-souris pour symboliser la fugacité du temps qui s’écoule. Les allégories du Temps ou de la Mort associent souvent le sablier à la faux.

De prime abord, le sablier offre une vision du Temps purement linéaire, vision qui prévaut dans la culture judéo-chrétienne.

Au sein du cabinet de réflexion, le postulant est amené à réfléchir à sa vie, au Temps, et aux différents “temps” de sa vie. Le sablier lui fait face parmi les autres objets-symboles.

Enfin, nous verrons que le sablier peut être interprété comme un passage, un point de correspondance entre deux mondes, l’un terrestre et l’autre céleste.

Entrons dans le symbolisme du sablier.

1) Le sablier, temps linéaire et temps circulaire.

Le temps est un concept développé par l’être humain pour appréhender les changements du monde. Si chacun d’entre nous peut faire l’expérience du temps qui passe, la plupart des philosophes ont avoué leur incapacité à définir précisément ce qu’est le temps.

De façon générale, il semble que l’Homme ait considéré le Temps sous deux aspects différents :

  • l’aspect linéaire. Ici le temps signifie évolution, transformation irréversible. C’est la vision qui prévaut en Europe. Dans la culture judéo-chrétienne, le temps est complètement borné par la Création et l’Apocalypse ; c’est un Temps qui se finit, mais qui comporte une espérance, une promesse de délivrance : sa fin offre un accès au divin.
  • l’aspect cyclique. Ici le temps s’appréhende par le cycle des jours, des saisons, des moments de vie. C’est la vision qui prévaut dans la culture du sous-continent indien. Dans le brahmanisme et l’hindouisme, le monde sensible est assujetti à un renouvellement cyclique et infini, où périodes de destruction et de reconstruction se succèdent pour redonner naissance au même Univers. C’est une renaissance et un retour éternel. Le temps intime de la culture hindouiste est un temps de la permanence et de l’introspection, où l’homme a un autre rôle à jouer dans sa destinée.

De prime abord, le sablier évoque une vision linéaire du temps. Le temps linéaire peut aussi être symbolisé par le fil qui se dévide ou l’eau qui s’écoule et nous emmène vers notre fin. Mais le sablier, par son caractère réversible, évoque aussi un temps circulaire ou cyclique.

Le temps circulaire peut être symbolisé par la roue de la Fortune, image récurrente au Moyen-Age et que l’on retrouve dans les instruments de mesure sous la forme de cadrans, horloges ou montres. Fortune, divinité romaine à la main malveillante, tourne la roue du destin à vive allure et, à son gré, hisse l’homme dans une gloire éphémère et illusoire, puis le précipite vers le bas…

Mais le caractère cyclique du sablier se distingue de celui d’une roue en ce sens qu’il faut un geste volontaire pour retourner le sablier. Commencer un nouveau cycle relève donc d’une décision, d’un choix réfléchi.

2) Le symbolisme du sablier au sein du cabinet de réflexion.

Au sein du cabinet de réflexion, le sablier est présent aux côtés d’autres objets de nature physique, temporelle ou spirituelle.

Le sablier est par excellence le symbole du temps de la naissance vers la mort. L’écoulement du sable finit toujours par s’arrêter. Il ramène le récipiendaire à une réalité essentielle : sa vie aura une fin, son existence est relative, sa dernière demeure sera sa tombe.

Chacun de nous est un grain de sable parmi les autres, pris dans un mouvement d’ensemble, notre destinée commune. Le grain de sable est ici entendu comme un élément physique, matériel, une chose stérile. La matière finit toujours par périr, par tomber, par mourir.

Pourtant nous ne sommes pas que matière, et le sablier comporte un espoir.

Retourner le sablier, c’est entamer un nouveau cycle de vie, saisir des opportunités, s’autoriser une nouvelle chance, choisir de persévérer dans l’analyse et la réflexion, retourner sa destinée, prendre sa liberté, décider de s’élever.

On demande au récipiendaire de rédiger son testament. Un testament est un document qui prévoit et organise la mort physique. Mais il est aussi un acte de naissance ou renaissance spirituelle.

La dynamique est inversée : si le monde de la matière est en course vers le bas, le monde de l’esprit élève l’individu, pour peu qu’il le décide, pour peu qu’il retourne le sablier.

Le récipiendaire quittera le cabinet de réflexion pour être admis en loge : le cabinet de réflexion invite le postulant à mourir à lui-même pour renaître, pour donner un nouveau sens à sa vie.

Il y a donc bien deux pôles d’attraction : l’un physique qui tire vers le bas, qui est sans espoir et forcément décevant, et l’autre céleste, qui est un mouvement vers le haut, mais un mouvement volontaire, qui doit être décidé par le postulant.

3) Le symbolisme du sablier : un point de correspondance entre deux mondes.

Le sablier est constitué de deux demi-sphères de forme et de contenance semblables, que l’on peut comprendre comme symbolisant le ciel et la terre, le pôle céleste et le pôle terrestre.

Le passage entre les deux compartiments se fait par un orifice étroit, que l’on peut assimiler à la difficulté pour le postulant (ou pour l’Homme en général) à changer d’état, tout comme il lui est difficile de franchir la porte basse du temple.

Un mouvement vers le haut demande à l’individu d’aller à contre-courant de la matière, de se détourner volontairement d’un monde qui l’emprisonne et le disperse.

Temps et matière.

Depuis Aristote, la notion de temps est un corollaire de la notion de mouvement : le mouvement se fait dans la durée et si le temps venait à s’arrêter plus rien ne bougerait. De la même manière, le temps semble ne plus faire sens quand l’idée de mouvement disparaît, car le temps suppose la variation.

Les scientifiques ont approfondi la relation entre mouvement et temps. Chaque objet matériel composant l’Univers a une “quantité de mouvement”, qui s’analyse mathématiquement comme le produit de sa masse par sa vitesse. Le temps est donc le corollaire de la matière, il est une dimension de notre monde physique.

Or pour libérer son esprit et élever sa pensée, il faut sortir du monde physique, par conséquent se libérer de la matière mais aussi du Temps, deux choses qui nous oppressent sans cesse.

Le monde de l’esprit pur, de la pensée lumineuse ne peut être soumis au mécanisme du Temps, ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il ne connaît pas le Temps.

La loi du Progrès.

Notre Monde pris dans sa globalité semble obéir à la loi du Progrès. L’Homme est sorti de l’état de nature qui le caractérisait, il a progressé vers la civilisation, il a dompté la nature c’est-à-dire la matière, il a progressé en science et en morale, il a établi des communications avec ses semblables, fondé le contrat social, il a analysé la marche du Temps en créant l’Histoire.

En réalité, par la notion du Progrès, l’Homme a donné sa direction au vecteur Temps. Le renouvellement infini et vain des cycles temporels n’a plus cours.

Pour Francis Bacon, inventeur au XVIème siècle de la notion de Progrès, “le progrès humain consiste à réaliser toutes les choses possibles”, c’est-à-dire à être libre.

A un niveau individuel le cheminement semble devoir être le même : prendre sa liberté, faire des choix, se libérer le plus possible de la matière et du Temps, tendre vers l’Universel, bref positionner sa pensée le plus possible dans la sphère haute du sablier.

Ouverture.

Au quotidien, comment l’Homme doit-il se positionner par rapport au Temps ?

Revenons au schéma précédent. Il faut être réaliste, nous ne pouvons nous détacher totalement du monde matériel. On ne peut pas rejeter ou balayer d’un revers de main notre condition physique.

Rejeter en bloc le monde terrestre sous prétexte qu’il est mauvais ou malsain n’a pas de sens. Le monde céleste n’est pas le simple opposé du monde terrestre. La Nature elle aussi évolue et progresse, notre système solaire et notre planète ont une Histoire : la division cellulaire, la complexification des espèces en sont des exemples.

Loin de s’opposer, le principe terrestre et le principe céleste sont actionnés par un même moteur universel. Les deux sphères du sablier ne sont pas l’une le bien l’autre le mal. L’homme vit dans le monde physique, et il apprend de ce monde. Par conséquent l’Homme doit plutôt se positionner au point central du sablier, au carrefour de l’expérience et de la connaissance, dans une position d’action ET de recul.

Etre à la fois un grain de sable pris dans la course des autres, et prendre un peu de hauteur pour regarder la course des grains de sable. Agir, mais aussi saisir le temps présent.

Ce point central, cette porte étroite permet en réalité à chacun de nous de saisir la marche du Progrès et aussi d’y participer.

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