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Le tableau de loge et son symbolisme

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Quels sont les symboles représentés sur le tableau de loge et quelle est leur signification ? Comment interpréter le tableau de loge au 1er degré du REAA ?

Disposé au centre de la loge, le tableau de loge marque l’ouverture d’un espace et d’un temps nouveaux.

C’est le Frère Expert qui est chargé de tracer ou déployer le tableau de loge à chaque début de tenue, dans un instant solennel qui correspond à la sacralisation du temple.

Le tableau de loge d’apprenti se veut l’image du monde. Il est un concentré des symboles du grade, une véritable loge en miniature dont l’interprétation n’est pas toujours facile.

Entrons dans la symbolique du tableau de loge du premier degré.

tableau de loge 1er degré reaa

L’ordre du tracé du tableau de loge.

Le tableau de loge peut être déroulé (tapis de loge) ou tracé à la main, par exemple à l’aide d’une craie. Dans ce dernier cas, il conviendra de respecter un certain ordre dans les symboles à faire apparaître.

L’ordre du tracé correspond à l’ordre de présentation des symboles suivants, qui forment le tableau de loge.

L’œil et le Delta lumineux.

Placés entre le soleil et la lune sur le tapis de loge, on retrouve aussi l’œil et de Delta lumineux au coeur de l’Orient au-dessus du Vénérable Maître, ce qui en fait un point central de la loge. Les trois côtés du Delta rappellent le fronton du Temple et le chiffre 3, qui contient l’univers tout entier. La base du triangle est la ligne d’horizon à partir de laquelle s’élèvent les deux autres côtés, formant un sommet qui semble toucher le ciel et le sacré. Le Delta, éclatant de lumière, est symbole d’équilibre et d’achèvement de l’édifice.

L’œil qui est représenté au centre du Delta n’est pas un organe physique, il n’y ni cils ni sourcils ; il s’apparente plutôt au troisième œil du dieu Shiva qui regarde l’éternité ; c’est l’œil de la conscience, ou encore l’œil qui voit tout. Il est à la fois le regard que nous portons sur nous-mêmes et le regard du Grand Architecte de l’Univers sur sa création. Il est notre intuition, ce point de passage furtif, cette porte étroite entre notre monde ici-bas et le monde de l’au-delà.

Le Soleil et la Lune.

A l’Orient, au dessus du siège du VM, la Lune et le Soleil encadrent le Delta lumineux, éclairant la loge.

A la droite du Delta, le Soleil règne sur le jour tandis que la Lune, à gauche du Delta préside à la nuit. Le Soleil apparaît à l’Orient, il gouverne le temps sacré de la tenue dans sa trajectoire d’Est en Ouest. Le Soleil est un principe actif, masculin, symbole de l’intelligence, de la connaissance que recherche le franc-maçon.

La Lune, principe féminin, passif, reçoit la lumière du Soleil, elle symbolise l’imagination. La Lune est l’intermédiaire entre l’éclat du Soleil et l’obscurité, entre la conscience, l’esprit et le monde inconscient de la nuit. Les apprentis se tiennent au septentrion sous l’influence de la Lune qui représente la région la moins éclairée, parce qu’ils ne possèdent que des connaissances maçonniques élémentaires et qu’ils ne sont pas en état de supporter une trop grande lumière.

Lire aussi notre article sur la signification du Soleil et de la Lune en alchimie.

Les Pierres.

Présentes sur le tableau de loge, les pierres sont la matière première du maçon, sa materia prima. Plus qu’un bloc à tailler, elles représentent les pierres à venir, les pierres cachées, ainsi que les futures clés de voûte.

La pierre brute offre une abondance de possibilités. L’Apprenti travaille à dégrossir la pierre brute afin de la dépouiller de ses aspérités, et de la rapprocher d’une forme en rapport avec sa destination.

La pierre brute symbolise le profane lui-même, qui a vocation à se polir et à se transformer sous l’effet de l’ouverture de la conscience. Tailler la pierre, la polir, la sculpter, l’assembler, ont été pendant des millénaires les gestes essentiels des bâtisseurs, en même temps que leur secret, transmis de génération en génération.

La pierre cubique va demander aux franc-maçons une attention de tous les instants, afin d’exécuter au mieux la tâche et de réussir l’insertion.

L’homme de désir, dégrossi et dégarni de toutes ses aspérités, découvrira par la raison et le travail les bienfaits du discernement indispensables à sa progression et à son équilibre.

Remarque : nous n’évoquerons pas ici la planche à tracer, représentée sur le tableau de loge sous la forme d’un rectangle sur lequel figurent deux grilles d’alphabet maçonnique. C’est sur cette planche à tracer que les maîtres établissent leurs plans.

Le Volume de la Loi Sacrée, le compas et l’équerre.

Le Volume de la Loi Sacrée, le compas et l’équerre forment les “trois grandes lumières” de la franc-maçonnerie. Ils représentent la tradition, mais aussi l’alliance.

Le compas fait naître des cercles à partir du point, embrassant ainsi le principe de la création. L’équerre inscrit le principe dans la matière, l’entrelacement des deux outils indiquant les étapes et les différentes natures de la réalisation.

Les trois grandes lumières traduisent ainsi le matériel spiritualisé, le spirituel physique, et par là nous donnent un point d’accès pour comprendre le monde.

Lire aussi notre article sur les Trois grandes lumières de la franc-maçonnerie.

Le maillet et le ciseau, la règle à 24 divisions.

Le maillet représente l’énergie qui installe le mouvement. Le maillet est force, réalisation. Il est volonté agissante.

Le ciseau canalise, condense, ordonne la puissance débordante du maillet. Il permet d’ôter les aspérités de la pierre afin qu’elle reflète la beauté intérieure étroitement inscrite et scellée dans la nature humaine.

La règle à 24 divisions donne mesure et rectitude à la construction. De la conception à la réalisation, elle veille lors de chaque étape, dans chaque détail et à chaque heure, à progresser, à perfectionner l’ouvrage et faire ainsi de chaque pierre un chef d’oeuvre universel.

Lire notre article sur le maillet et le ciseau.

Les trois fenêtres représentées sur le tableau de loge.

La Loge est en communication avec le monde extérieur grâce à trois fenêtres. Leur fonction symbolique est la diffusion de la lumière à l’intérieur du temple maçonnique selon la marche apparente du Soleil. Ainsi peuvent-elles indiquer les trois principales heures du temps maçonnique : celle où les ouvriers se mettent à l’ouvrage, celle où ils l’accomplissent, et celle où ils le quittent.

La Fenêtre à l’Orient éclaire le Vénérable Maître. De même que le soleil se lève à l’Orient pour ouvrir la carrière du jour, de même le VM va donner naissance à une nouvelle journée de travail des frères en Loge.

La Fenêtre au midi apporte la chaleur, la force et la sagesse. Le soleil est au plus haut de sa course et permet à la fenêtre placée au midi de livrer sa véritable fonction : éclairer les esprits. Le soleil rayonne alors de toute sa force dans le Temple et tout est sensé être visible. C’est l’heure la plus propice à la découverte de notre être, c’est l’heure où la lumière nous force à l’éveil, à la réflexion, et par conséquence nous évoque la création et la révélation. Ainsi par l’ouverture du midi, la grande lumière du jour chasse l’ombre et la réduit à son minimum, présentant les choses telles qu’elles sont dans leur réalité la plus visible et la plus objective.

La Fenêtre à l’occident permet d’alerter le VM de la fin de la journée afin qu’il clôture les travaux. Elle nous invite ainsi au repos et à l’attente de la naissance d’un nouveau jour. Ce déclin apparent de la lumière rappelle également la mort symbolique et la régénération. Ainsi, ayant passé l’épreuve de la sagesse et de la vérité, cette lumière du couchant illuminant la baie occidentale témoigne de tout ce qui mérite d’être conservé.

Pour ce qui est du grillage qui obstrue les trois fenêtres, n’est-il pas là pour protéger les Apprentis des travers et des vices du monde profane, tout en laissant entrer la Lumière (le divin) et l’air (la vie) ?

Au bas du tableau de loge : le pavé mosaïque.

Largement représenté sur le tableau de loge, le pavé mosaïque est le pavé du temple, parfois réduit aux seules dimensions d’un tableau de loge, mais s’étendant symboliquement sur toute la surface de la loge, composé de carreaux alternativement blancs et noirs, en nombre égaux, prolongeant les deux colonnes, rappelant la dualité de la vie (bien et mal, lumières et ténèbres, corps et esprit, vie et mort), la force et la faiblesse de notre diversité, ainsi que nos éternels questionnements.

Lieu de passage mais aussi de rassemblement qui nous permet d’atteindre l’égrégore, le pavé mosaïque évoque le symbole taoïste du yin et du yang, qui nous invite à dépasser la dualité pour retrouver l’unité par la trinité.

Le fil à plomb et la Voûte Étoilée.

Le fil à plomb orne le sautoir du 2ème surveillant, sa verticalité entre le ciel à la terre symbolise la droiture, la rectitude, vertus dont doit faire preuve le 2ème surveillant dans l’accompagnement des apprentis dont il a la charge afin de les accompagner dans leur quête de la voie.

Descendant de la voûte étoilée au milieu du pavé mosaïque, théoriquement à l’intersection du blanc et du noir, il nous force à baisser les yeux, signe d’humilité et nous invite à l’introspection, à regarder en nous pour nous interroger sur ce que sont le bien et le mal.

Du pavé mosaïque à la voûte étoilée, le fil à plomb nous fait ensuite lever les yeux, il nous guide vers le spirituel, nous incite à l’effort dans notre quête du parfait. Il nous fait passer de l’humilité indispensable à la quête initiatique à l’espérance en un homme nouveau.

Le niveau.

Le niveau à fil, bijou du 1er Surveillant et figuré sur le tableau d’apprenti, est un antique instrument des bâtisseurs. Il est composé d’un chevalet en bois triangulaire au sommet duquel est fixé un fil à plomb. Il se sert de l’attraction qu’opère la terre sur le fil à plomb, ou peson, pour en apprécier la surface. A mi-distance de la traverse basse du chevalet est gravé un trait qui sert de repère et qui donne l’horizontale vrai à partir de la verticale. Cette marque essentielle qui indique l’endroit où passe le fil du peson quand le niveau est sur une surface horizontale, les anciens bâtisseurs l’appelaient la ligne de foi.

Or, ce qui est digne de foi, c’est ce qui est fiable, donc sûr. C’est un symbole de grande fidélité à notre idéal, chez le frère qui, prenant la mesure de son intériorité pour estimer la stabilité de son centre de gravité et la justesse de ses actes, fait tout pour amortir les mouvements du fil à plomb afin rester dans l’axe d’une ligne de conduite estimable.

Les Colonnes B et J, les grenades, la porte du Temple et les trois marches.

La porte du Temple organise l’espace et marque la frontière entre deux mondes symboliques, le profane et le sacré. Comme le gué d’une rivière, signe d’un passage entre deux rives, la porte permet le déchirement du voile qui sépare l’extérieur (lourd et épais, chargé de métaux) de l’intérieur (plus subtil où brille la lumière de l’initié).

Pour franchir la porte il faut s’élever, et gravir les trois marches qui donnent accès au Temple.

Toujours à l’occident, placées de part et d’autre, deux colonnes ornementales, héritières de la construction du Temple de Salomon, définissent l’ensemble architectural dans lequel le franc-maçon s’inscrit.

Toutes deux sont surmontées de grenades aux multiples graines qui se répandent généreusement à maturité ; elles symbolisent la fécondité et la fraternité.

A gauche, coté nord, La colonne BOAZ (je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler). C’est celle où l’apprenti reçoit son salaire ; ce nom signifierait “en force”. A droite, coté sud, la colonne J.

La réunion des deux figure l’équilibre et le linteau invisible qui les relie, partie de la voûte étoilée, exprime déjà l’harmonie et l’universalité des symboles.

La corde à nœuds.

Le “cordeau” recoupe plusieurs symboles dont chacun peut avoir plusieurs sens :

  • la corde à nœuds,
  • les lacs d’amour,
  • les houppes dentelées.

La corde à nœuds délimite l’espace sacrée et ne s’ouvre qu’à l’occident “pour que nous achevions au dehors l’oeuvre commencée dans ce temple”.

Les lacs d’amour représentent tous les Maçons “entre-lacés” à la surface de la terre et à l’infini reliés par une chaîne d’union. Dans la science héraldique ils sont le signe du veuvage. Or les franc-maçons sont bien les enfants de la veuve.

Les houppes dentelées terminent à chaque extrémité le cordeau. Elles sont faites d’innombrables brins, tels les franc-maçons puisant dans la terre mère l’énergie dont ils auront besoin pour poursuivre leur oeuvre.

L’effacement du tableau de loge.

Pour conserver la logique, l’effacement suit l’ordre inverse adopté pour le tracé :

  • La corde à 12 nœuds,
  • Les deux colonnes surmontées par les grenades,
  • Les trois marches,
  • Les 3 fenêtres grillagées,
  • Le fil à plomb,
  • Le niveau,
  • Le pavé mosaïque,
  • Les outils : ciseau, maillet et règle à 24 divisions,
  • La pierre brute,
  • Le volume de la loi sacrée,
  • Le soleil et la lune,
  • Le Delta rayonnant.

Pour aller plus loin :

Modif. le 18 novembre 2020

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