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Le bandeau : planche maçonnique

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Le bandeau en franc-maçonnerie : pourquoi le candidat a-t-il les yeux bandés ? Quel est le symbolisme du bandeau ? Voici une planche maçonnique au 1er degré.

La bandeau est un accessoire central dans le processus d’initiation maçonnique. Il est utilisé :

Après les voyages initiatiques et la prestation de serment, le récipiendaire se voit enlever le bandeau une première fois, ce qui lui permet de visualiser la scène du parjure :

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE
Frère Premier Surveillant, maintenant que la patience et la fermeté du Néophyte lui ont fait remporter sa première victoire dans la lutte entre le Profane et le Franc-Maçon, que demandez-vous pour lui ?

LE PREMIER SURVEILLANT
Que le bandeau lui soit enlevé, qu’il voie et qu’il médite !

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE
Que cela soit fait à mon troisième coup de maillet !

Rituel d’initiation au 1er degré

Le néophyte se voit ensuite remettre le bandeau avant d’être reconduit dans le cabinet de réflexion pour y revêtir une tenue correcte.

Lorsqu’il est réintroduit en loge, les yeux bandés, il est reçu dans la chaine d’union :

LE PREMIER SURVEILLANT
Vénérable Maître, le Néophyte est dans la Chaîne d’Union et il désire la Lumière.

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE
Puisqu’il en a été jugé digne, elle lui sera donnée à mon troisième coup de maillet.

Le bandeau lui est alors définitivement retiré.

L’accès à la lumière se fait donc en deux fois, ce qui traduit une certaine progressivité doublée de prudence. Notons que la première réception de la lumière se produit dans la pénombre, alors que la seconde se fait en pleine lumière.

Le symbolisme du bandeau semble assez évident : il représente le voile qui masque la lumière. Mais quel est ce voile, quel obstacle représente-t-il ? Et quelle est cette lumière ?

Voici donc une planche maçonnique sur le bandeau au premier degré.

Lorsqu’il est introduit en loge pour être initié, le récipiendaire est présenté par le Frère Expert comme un « humble candidat plongé dans les ténèbres ». La même formule est répétée après chacun des trois voyages symboliques, en réponse à la question « qui va là ? »

Le bandeau représente donc la condition du récipiendaire : l’homme plongé dans l’obscurité, l’erreur, l’illusion et l’ignorance. En d’autres termes, l’homme commun est un individu qui évolue les yeux bandés, même s’il ne s’en rend pas compte. Il se croit libre, mais est en réalité semblable aux individus retenus enchainés dans la caverne de Platon.

Pourtant, ce bandeau peut être retiré. L’homme détient en lui un potentiel de lumière, qui semble reposer sur son humilité, puisqu’il est décrit comme un « humble candidat ».

Retirer le bandeau, c’est tenter de regarder avec les yeux de la conscience pure, une conscience fondée sur l’humilité (« tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien »), sur l’ouverture et sur la connaissance de soi.

Mais le récipiendaire ne retire pas lui-même le bandeau. Au moment de la scène du parjure, ce sont les frères Expert et Maître des Cérémonies qui le font ; au moment de la chaine d’union, ce sont les frères présentateurs. Voilà le signe que la Lumière, même si elle est souhaitée par le candidat, n’est accessible qu’en passant par les autres.

De même, tout au long de la cérémonie d’initiation, le néophyte, incapable de voir, s’est laisser guider par des mains fraternelles. Il n’accède définitivement à la Lumière que dans la chaine d’union, symbole de la fraternité la plus aboutie, autre preuve que la Lumière n’est accessible qu’à travers les autres.

Le bandeau qui couvre vos yeux est le symbole de l’aveuglement dans lequel se trouve l’homme dominé par ses passions et plongé dans l’ignorance et la superstition.

Le bandeau représente tout ce qui nous aveugle, tout ce qui fait obstacle à la vérité et à la Connaissance.

Point important, les obstacles sont à rechercher en nous-même, et non chez les autres, ceux-là que nous avons souvent tendance à juger et à pointer du doigt au quotidien. A présent, les autres, nos frères, sont au contraire perçus comme un moyen de dépasser l’obstacle. Ainsi, la construction de l’édifice de la vérité ne peut être que collective, elle ne peut se faire que par l’écoute, la compréhension, la confrontation aux autres, ouverte et pacifique.

Revenons sur cet obstacle en nous-même. Quel est-il ? C’est peut-être tout simplement notre ego, qui nous conduit à nous crisper, à nous replier, à réduire notre champ de compréhension et de conscience.

L’ego cherche avant tout à se protéger et à se justifier. L’ego ou le moi sont synonymes d’attachement, de certitude, d’illusion. Ils n’offrent qu’une vision très partielle et partiale du monde. C’est bien cela qui fait obstacle à la vérité.

Le franc-maçon devra tenter de comprendre le fonctionnement de son ego, et ce qui le sous-tend : passions (peurs, envies, aversion…), masque social, habitudes, influences, déterminismes divers.

Au final, retirer le bandeau, c’est faire le vide sur tout ce que l’on croyait savoir, c’est abandonner nos certitudes, c’est mourir à notre ego pour tenter de s’ouvrir à une autre réalité.

Le symbolisme du bandeau touche aussi au secret. Posé sur les yeux du postulant, il permet aux membres de l’atelier de protéger leur identité avant l’aboubement définitif, c’est-à-dire avant d’être sûrs qu’ils seront acceptés par ce nouveau frère :

LE VÉNÉRABLE MAÎTRE
Puisqu’ils en a été jugé digne, la Lumière lui sera donnée à mon troisième coup de maillet. Pourtant, Néophyte, je vous poserai une dernière question. Vous avez connu beaucoup d’hommes. Vous avez peut-être des ennemis. Si vous en rencontriez dans cette assemblée ou parmi les Francs-Maçons, seriez-vous disposé à leur tendre la main et à oublier le passé ?

C’est donc après cette ultime vérification que le postulant retrouve la vue. A ce stade, on estime qu’il est capable de regarder tout homme comme son frère. Voilà un pas important en direction de la vérité.

Notons que si les yeux sont bandés, les autres sens sont conservés. Sans doute parce que la vue est le sens le plus exposé aux apparences et aux dangers de l’éphémère. L’ouïe, sens plus noble, symbolise au contraire notre potentiel de réceptivité : c’est en effet en écoutant que l’on apprend à connaître les autres, au-delà des faux-semblants.

Le bandeau représente l’aveuglement du profane, de même que la corde au cou peut représenter son asservissement aux passions et aux préjugés.

Le bandeau qui tombe appelle à une inversion du regard, à une nouvelle d’aborder les autres et à un nouveau rapport à soi-même.

La Lumière passe, mais ce n’est pour l’instant qu’une lumière très symbolique. S’il veut progresser, le nouveau franc-maçon devra sans cesse approfondir le sens de cette Lumière et de ce qui lui fait obstacle.

Voir aussi notre liste de planches au 1er degré

Voir aussi :

Les essentiels du premier degré maçonnique couverture

Ce livre numérique pdf (114 pages) comporte 33 planches essentielles pour approfondir les thèmes et symboles du premier degré maçonnique.

Il offre des points d’appui dans le labyrinthe des objets et concepts à décrypter.

Modif. le 14 juin 2024

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