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Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien (Socrate)

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Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien : explication de cette formule de Socrate. Comment interpréter cet adage ?

Socrate (Vème siècle avant J-C) est l’un des précurseurs de la philosophie au sens premier du terme (philein sophia : “amour de la sagesse”). En effet, Socrate se perçoit comme “non sage”, mais cette prise de conscience l’amène à vouloir marcher vers la sagesse : nous sommes au coeur de la démarche philosophique.

Socrate n’a rien écrit de son vivant mais sa pensée a été retranscrite par ses disciples Platon et Xénophon.

Socrate est connu pour sa célèbre formule : Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien, adage que l’on retrouve chez Platon dans l’Apologie de Socrate (retranscription du procès de Socrate, 399 avant J-C) :

Je suis plus sage que cet homme. Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux ; mais il y a cette différence que lui, il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien ; et que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu’en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir ce que je ne sais point.

Cette maxime a été reprise par de nombreux philosophes, notamment Montaigne.

Tentons une explication de la formule “Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien” de Socrate.

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien : explication.

Au premier abord, cette formule peut sembler désespérante : elle est un constat d’échec.

Socrate sous-entend que l’esprit humain ne peut accéder à la vérité puisque nos perception et nos pensées déforment constamment la réalité. Autrement dit, nous vivons dans l’illusion : nous ne pouvons rien voir, rien savoir, en tous cas rien de stable ni de définitif.

Mais le fait même de réaliser cela entraîne deux conséquences intéressantes :

  • d’une part, cela nous tire de nos illusions : nous ne sommes plus dupes de nos pensées,
  • d’autre part, cela nous permet d’accéder à une première vérité stable et indubitable : nous sommes désormais sûrs d’une chose, c’est que nous ne savons rien.

C’est donc dans ce paradoxe que réside la vérité première, celle qui doit fonder la démarche philosophique. Ainsi le sage est celui qui sait que tout ce qui apparaît à son esprit doit être analysé, comparé, remis en cause, dépassé, déconstruit : la philosophie est un chemin d’humilité et de recherche permanente.

A l’inverse, celui qui bâtit des raisonnements pour en faire des certitudes s’éloigne de la sagesse : il s’auto-illusionne.

Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien : un scepticisme ?

Par sa formule Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien, Socrate apparaît comme un précurseur du scepticisme.

Apparu au IIIème siècle avant J-C, le scepticisme (du grec skeptikos : “qui examine”) consiste à examiner les choses, les théories et les idées pour montrer que tout raisonnement peut être réfuté.

Mais, alors que les sceptiques rejettent toute forme de vérité accessible (selon eux, il n’y a pas de différence entre la substance des choses et la perception qu’on en a), Socrate quant à lui ose introduire une première vérité fondamentale : je sais quelque chose, en l’occurrence je sais que je ne sais rien.

Et c’est précisément sur cette première pierre que la méthode philosophique peut se fonder : il faudra progresser en reculant, en abandonnant ce qu’on croyait savoir, en renonçant à ses certitudes.

La formule de Socrate n’est donc pas une impasse au sens sceptique, mais le vrai début de la quête philosophique.

Parallèle avec le Connais-toi toi-même.

Socrate est connu pour une autre formule : Connais-toi toi-même (cliquez pour lire notre article dédié).

Or ce Connais-toi toi-même est indissociable du Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien.

En effet, déclarer que l’on ne sait rien prouve que l’on a déjà compris notre nature et perçu nos limites. C’est reconnaître que nos perceptions et nos pensées sont le résultat d’éléments que nous ne maîtrisons pas (prédispositions, influences, circonstances, ego, instincts…) et donc qu’elles n’ont rien d’universel ou d’absolu. C’est savoir que tout ce qui apparaît à notre esprit est limité, subjectif et partiel.

Or, réalisant cela, nous pouvons nous détacher de la part illusionnée de nous-même et commencer à réfléchir vraiment !

Chez Montaigne et Descartes.

Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien est une formule que l’on retrouve sous d’autres formes chez Montaigne et Descartes.

Le Que sais-je ? de Montaigne.

Tout comme Socrate, Montaigne (1533-1592) affirme l’incapacité de la raison humaine à accéder aux vérités universelles : Que sais-je ? se demande-t-il.

En cela, Montaigne est proche des sceptiques. Mais le constat qu’il fait des limites de l’esprit humain constitue une solide base pour une nouvelle éthique : Montaigne appelle à la tolérance, à l’humilité et à l’humanisme.

Reconnaissant ses limites, et sa gardant bien de se prendre pour un sage, Montaigne montre la voie de la véritable sagesse : c’est en comprenant nos faiblesses que nous pourrons véritablement vivre et nous élever.

Le Je pense donc je suis de Descartes.

René Descartes (1596-1650) est l’auteur de la célèbre formule Je pense donc je suis (cliquez pour lire notre article dédié), qui signifie en réalité Je doute donc je suis.

Pour Descartes, nos perceptions et représentations sont source d’illusion : notre substance mentale n’est pas en phase avec la réalité physique, et on ne voit jamais les choses telles qu’elles sont. 

Par conséquent, il est impossible de construire un raisonnement juste et d’arriver à une quelconque vérité définitive.

Descartes propose alors le doute comme moyen de sortir de cette impasse. Douter de chaque idée qui nous vient à l’esprit nous tire de l’erreur et de l’illusion. C’est alors qu’apparaît la première vérité stable : je pense donc je suis, ou encore “je doute donc je suis”. Autrement dit, celui qui cherche, qui doute, qui se remet en cause n’est plus soumis aux apparences : il se détache de ses illusions, il pense de manière autonome, bref il existe par lui-même.

Chez Confucius.

La formule de Socrate rappelle aussi celle de Confucius (philosophe chinois, 551 – 479 avant J-C) :

Veux-tu que je t’enseigne le moyen d’arriver à la connaissance ? Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait ; ce qu’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas : cela est savoir véritablement.
Les entretiens de Confucius 2, 17

Pour aller plus loin :

  • Dictionnaire philosophique, d’André Comte-Sponville. 1654 définitions pour aborder la philosophie de la manière la plus ludique qui soit.

Modif. le 22 février 2021

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