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Le scepticisme en philosophie : définition

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Le scepticisme : définition philosophique. En quoi consiste le scepticisme ou pyrrhonisme ? Qui sont les philosophes sceptiques ? Quel rapport à la vérité ?

Le scepticisme est né dans la Grèce antique : son fondateur est Pyrrhon (360–275 avant J-C), d’où l’autre nom du scepticisme : le pyrrhonisme.

Pyrrhon lui-même n’a rien écrit, mais des témoignages tardifs ont rendu compte de sa pensée. Timon de Phlionte, disciple de Pyrrhon, en a notamment été le porte-parole.

Plus qu’une philosophie, le scepticisme est un mode de vie. Pyrrhon reprochait en effet aux écoles philosophiques de s’accrocher à leurs principes qu’il prenaient pour la vérité : le pyrrhonisme est un anti dogmatisme.

Pyrrhon rejette donc les doctrines car portées par les “passions” et “l’opinion”. Il préfère la tranquillité de l’âme (ataraxie) accompagnée d’une vie simple, sans souci, indifférente aux querelles des philosophes. Cette éthique de vie n’est pas sans rappeler celle du stoïcisme, du taoïsme ou du bouddhisme.

Parmi les philosophes sceptiques célèbres, on trouve, outre Pyrrhon et Timon de Phlionte :

  • Agrippa (Ier siècle après JC) : il est connu pour avoir défini les cinq tropes du scepticisme, c’est-à-dire les tournures d’arguments permettant de réfuter toute thèse (le désaccord, le progrès à l’infini, la relation, l’hypothèse et le diallèle). Il démontre l’impossibilité d’établir la moindre certitude.
  • Sextus Empiricus (IIème siècle après JC) : auteur des Esquisses pyrrhoniennes, il est le principal auteur du scepticisme antique. Il refuse tout jugement porté sur la réalité.
  • Enésidème (IIème siècle après JC) : il défend la “suspension du jugement” car il est impossible pour lui de connaître la vérité (et même de savoir si elle existe), en particulier du fait que les points de vue sont toujours relatifs et qu’il est difficile de connaître toutes les causes d’un phénomène.
  • Pour Montaigne (1533-1592), il est impossible de découvrir le fonctionnement du monde car tout est changeant. Montaigne considère que le seul sujet d’étude valable est lui-même.
  • Descartes (1596-1650) peut aussi être considéré comme un sceptique. Mais son scepticisme l’amène à définir une méthode de recherche de la vérité : c’est le Discours de la Méthode.
  • Spinoza (1632-1677) enfin, prône le scepticisme vis-à-vis d’un prétendu savoir religieux.

Tentons une définition du scepticisme.

Le scepticisme : définition philosophique.

Il n’est pas facile de définir le scepticisme en tant que courant philosophique, précisément parce que le scepticisme rejette toute doctrine philosophique.

Le mot scepticisme est issu du grec skeptikos : “qui examine”.

On peut tenter cette définition du scepticisme : Le scepticisme est une philosophie et un mode de vie qui consistent à examiner les choses et les idées, et à les comparer pour montrer que chaque raisonnement peut être réfuté.

Le scepticisme est donc le refus des dogmes et des opinions arrêtées, non pas parce qu’elles sont fausses, mais parce qu’on ne sait pas si elles sont vraies ou fausses. Pour le sceptique, rien ne peut être jugé vrai ou faux : les certitudes sont à fuir.

Par ailleurs, le scepticisme ne fait pas la différence entre la substance des choses et la perception qu’on en a. L’homme est la mesure de sa propre vie : il saisit les phénomènes tels qu’ils se présentent à ses yeux. Ce ne sont pas les phénomènes qu’il faut rejeter, mais les théories qui se fondent sur leur interprétation.

Il n’y a donc pas de réflexion métaphysique possible, pas de “connaissance” à rechercher, pas de vérité cachée à atteindre.

En fait, suivre une opinion n’est ni bien ni mal. Mais pour le sceptique, le mieux est encore de retenir son jugement : cette posture permet d’arriver à la tranquillité d’âme, ou ataraxie.

Le scepticisme : nihilisme ou sagesse ?

Un nihilisme.

Le scepticisme dit que rien n’est vrai ou faux. Il affirme qu’on ne peut rien affirmer. Mais cette dernière phrase est contradictoire : c’est en effet une affirmation, dont rien ne prouve qu’elle est vraie…

On le voit, le scepticisme frôle le nihilisme.

Un relativisme.

Le scepticisme sous-entend que la vérité n’existe pas, ou plutôt qu’il est vain de vouloir la rechercher. En effet, tout point de vue est relatif. Le regard et le raisonnement sont par définition subjectifs du fait de notre condition.

Toutefois, le scepticisme n’est pas incompatible avec la recherche de la vérité : le sceptique est plutôt celui qui continue la recherche, au lieu de s’arrêter à une de ses conclusions.

La voie de la sagesse.

Dans son sens positif, le scepticisme est donc à la fois esprit critique et ouverture d’esprit : il n’accepte aucune idée pour définitive, il encourage à chercher toujours plus loin, sans jamais se reposer sur ses acquis. En ce sens, le scepticisme est une qualité que tout philosophe devrait cultiver.

Le doute et la prudence devraient être au coeur de la démarche philosophique.

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien, dit Socrate dans une perspective très sceptique. Il ne s’agit pas d’un constat d’échec, mais d’une invitation à repousser nos limites personnelles pour approcher l’essentiel, l’indicible.

Ce qui fait dire que le scepticisme est le premier pas vers la vérité et la connaissance. Ce qui fait dire aussi que la connaissance ne consiste pas en une quelconque doctrine philosophique, mais en quelque chose qui dépasse les mots et les idées.

Le scepticisme est un apport majeur à la philosophie en ce sens qu’il pointe la principale menace qui plane sur le philosophe : lui-même. L’orgueil et le fanatisme s’opposent à la sagesse, ils ferment le chemin de la vérité. Défendre une doctrine, s’attacher à un jugement est contraire à l’éthique du sage.

Au final, la tranquillité d’âme que vise le sceptique n’est-elle pas une manière d’approcher la vérité ?

Le détachement va de pair avec la sérénité, c’est d’ailleurs la voie que prônent les philosophies orientales, en particulier le bouddhisme et le taoïsme…

Citations.

Venez ici, venez, imposteurs raisonneurs. Timon de Phlionte

Suspendre son jugement, c’est ne pouvoir dire quelle proposition il faut croire ou ne pas croire et montrer que les choses nous paraissent également dignes ou indignes de créance. Sextus Empiricus

A tout argument s’oppose un argument égal. Sextus Empiricus

Le scepticisme, c’est la faculté d’opposer les apparences (ou phénomènes) et les concepts de toutes les manières possibles. Sextus Empiricus

Tout échappe à la compréhension. Sextus Empiricus

Ouvrages sur le scepticisme :

  • Les scepticismes, de Carlos Lévy. Un ouvrage de référence pour l’approche de la diversité des courants du scepticisme à travers les époques.
  • Esquisses pyrrhoniennes, d’Empiricus Sextus. Le plus célèbre des traités sceptiques de l’Antiquité.

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