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Le fanatisme religieux : définition et causes

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Le fanatisme religieux : définition. Quelle est la source du fanatisme ? Comment lutter contre les dérives fondamentalistes ?

Le fanatisme est un monstre qui ose se dire le fils de la religion. Voltaire

Intolérance, appel au meurtre, persécutions, massacres au nom de la foi, inquisitions, guerres de religion : le fanatisme religieux a marqué l’histoire et est encore très présent dans le monde d’aujourd’hui.

Toutes les religions comportent leur lot d’intégristes et de fondamentalistes qui disent obéir à Dieu, justifiant ainsi leurs positions et leurs actes.

Le fanatisme religieux est marqué par l’excès et l’aveuglement. Le fanatique aura tendance à défendre coûte que coûte ses idées : il en fait une affaire personnelle.

Le fanatisme s’accompagne le plus souvent :

  • d’une lecture littéraliste des textes sacrés,
  • d’un rejet des autres interprétations, opinions ou religions,
  • de prosélytisme,
  • de dogmatisme,
  • et de violence.

Comportement par définition intolérant, le fanatisme se fonde sur l’ignorance et débouche sur la haine.

Tentons une définition plus précise du fanatisme religieux.

Lire aussi notre article : Les religions sont-elles dangereuses ?

Le fanatisme religieux : définition.

Le mot “fanatisme” est issu du latin fanum (temple religieux).

Définition : Le fanatisme est une attitude de dévouement et d’attachement exclusif, se traduisant par un zèle à défendre certaines positions religieuses ou doctrinales, et pouvant aller jusqu’à la violence.

Le fanatique considère sa vision de la religion comme une cause à défendre, pour laquelle il est prêt à tout donner et à se sacrifier.

Le fanatisme est donc :

  • passion (attachement, colère),
  • fermeture (aveuglement, surdité),
  • rejet,
  • absence de doute,
  • superstition,
  • absence de limite dans les mots et dans les actes.

Quel est le mécanisme du fanatisme religieux ?

Le fanatisme est une forme de blocage : le dogme est indépassable, la pensée semble paralysée.

Le fanatique est incapable de remettre en question ses propres croyances : cet attachement empêche toute réflexion, toute progression.

Nous tenons là le mécanisme de l’ignorance : l’ignorance n’est pas le fait de ne pas savoir, mais le fait de croire que l’on sait. C’est l’illusion de détenir la vérité, une cécité qui mène aux pires dérives.

Pourquoi le fanatisme est-il incompatible avec la religion au sens noble du terme ?

La religion (du latin religare, “relier”) a pour objectif d’établir un lien entre l’homme et Dieu. C’est donc une marche, une “quête”, un chemin de connaissance.

Ce chemin nécessite ouverture et dépouillement : il faudra écarter tous les obstacles intérieurs qui brouillent la perception de la réalité telle qu’elle est, et donc la compréhension des lois divines.

Parmi ces obstacles, il y a l’ego, ce ferment des fausses croyances, des préjugés et des idées arrêtées, bref de toutes les barrières qui empêchent l’accès à ce qu’il y a de plus universel en nous. L’ego est constitué d’instincts, de pulsions et d’interdits : il est peur et aversion, il est ce qui sépare, ce qui ferme l’accès à l’Absolu.

La marche vers Dieu nécessite donc d’abandonner son “moi” orgueilleux, décentré et illusionné pour s’éveiller aux autres et au monde. Je ne me vois plus comme le centre du monde, je ne détiens plus la vérité, et c’est justement ce qui me permet de marcher vers la vérité.

S’il y a sacrifice, il ne peut donc être qu’intérieur. S’il y a combat, il ne peut être qu’intime (c’est d’ailleurs la véritable signification du mot djihad dans le Coran).

Par le fait qu’il défend des positions figées, le fanatique n’est pas en marche vers Dieu. En rejetant toute opinion différente de la sienne, il diminue ses chances d’entrevoir la vérité.

Le fanatisme est donc incompatible avec la spiritualité et la religion.

Par ailleurs, il faut souligner que le fanatisme n’est pas dû aux religions, mais bien aux hommes qui se permettent d’en détourner le sens.

Citons Voltaire :

Après notre sainte religion, qui sans doute est la seule bonne, quelle serait la moins mauvaise ?
Ne serait-ce pas la plus simple ? Ne serait-ce pas celle qui enseignerait beaucoup de morale et très peu de dogmes ? celle qui tendrait à rendre les hommes justes sans les rendre absurdes ? celle qui n’ordonnerait point de croire des choses impossibles, contradictoires, injurieuses à la Divinité et pernicieuses au genre humain, et qui n’oserait point menacer des peines éternelles quiconque aurait le sens commun ? Ne serait-ce point celle qui ne soutiendrait pas sa créance par des bourreaux, et qui n’inonderait pas la terre de sang pour des sophismes inintelligibles ? celle dans laquelle une équivoque, un jeu de mots et deux ou trois chartes supposées ne feraient pas un souverain et un dieu d’un prêtre souvent incestueux, homicide et empoisonneur ? celle qui ne soumettrait pas les rois à ce prêtre ? celle qui n’enseignerait que l’adoration d’un Dieu, la justice, la tolérance et l’humanité ?

Dictionnaire philosophique, article « Religion », 1764

Le fanatisme religieux, expression d’une faille psychologique ?

Les fanatiques religieux disent se donner à Dieu, se soumettre entièrement à lui. Mais cette soumission n’est qu’apparente ; en effet, le fanatique cherche avant tout à se sauver lui-même.

Il s’agit d’une attitude égocentrique qui consiste à ramener Dieu à soi-même. Un égocentrisme qui se ressent particulièrement dans le prosélytisme, qui consiste non pas à aller vers les autres, mais à tenter de les ramener à soi.

Les fanatiques qui disent “se donner à Dieu” se mentent à eux-mêmes. En réalité, ils utilisent Dieu pour tenter de se réaliser ou pour combler le besoin de donner un sens à leur vie.

Le fanatisme est souvent le signe d’une déviance psychologique ; dans tous les cas, il cache un profond vide spirituel.

Lire aussi notre article : La soumission à Dieu : aliénation ou libération ?

Comment lutter contre le fanatisme ?

Combattre frontalement les fanatiques reviendrait à utiliser les mêmes armes qu’eux, donc à les légitimer et à sombrer soi-même dans le fanatisme.

En réalité, la meilleure manière de combattre l’intolérance est de s’attaquer à ses causes plutôt que de s’attaquer aux intolérants eux-mêmes.

Il s’agira d’être vigilant, de prévenir, de porter attention et assistance, d’accompagner, de donner l’exemple, et d’utiliser tous les moyens possibles pour faire progresser le respect, la tolérance et la laïcité.

Remarque : dans la tradition maçonnique, le fanatisme est l’un des trois mauvais compagnons, les deux autres étant l’ignorance et l’ambition.

Lire aussi notre article : Faut-il tolérer l’intolérance ?

Modif. le 19 septembre 2020

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