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Les trois mauvais compagnons dans la tradition maçonnique

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Les trois mauvais compagnons en franc-maçonnerie : qui sont-ils ? Pourquoi sont-il difficiles à combattre ? Voici une planche au 3ème degré REAA.

Le rituel d’élévation au 3ème degré du REAA (rite écossais ancien et accepté) introduit la légende d’Hiram. Chargé par le roi Salomon de construire un Temple à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, Hiram périt sous les coups de trois mauvais compagnons qui désirent connaître les secrets des Maîtres avant l’heure :

Trois de ces misérables, les plus corrompus, résolurent d’intimider Hiram, afin d’obtenir par la crainte ce Mot qu’ils n’espéraient pas recevoir de sa libre volonté. Ils étaient décidés à lui donner ensuite la mort, afin de se soustraire au juste châtiment que devait attirer sur leur tête une audace aussi criminelle.
Rituel du 3ème degré REAA

La scène se déroule ainsi :

  • Hiram reçoit le premier coup à la porte du midi. Ce coup est porté à l’épaule droite par le mauvais compagnon qui symbolise l’ignorance (joué par le Second Surveillant). L’outil utilisé est le fil à plomb, dont la fonction est détournée : outil de la connaissance de soi, il sert désormais à saisir par la force.
  • Hiram reçoit le second coup à la porte de l’occident. Ce coup est porté à l’épaule gauche par le compagnon qui symbolise le fanatisme (joué par le Premier Surveillant). L’outil utilisé est le niveau.
  • Enfin, Hiram reçoit le dernier coup à la porte de l’orient. Ce coup est porté au front par le compagnon qui symbolise l’ambition (joué par le Très Vénérable Maître). L’outil utilisé est le maillet.

Voyons qui sont les trois mauvais compagnons en franc-maçonnerie au REAA et comment les combattre.

Les trois mauvais compagnons : qui sont-ils ?

Les trois compagnons représentent donc l’ignorance, le fanatisme et l’ambition.

Tentons de définir ces trois vices ou défauts :

  • L’ignorance est le contraire de la connaissance. C’est la méconnaissance des causes des phénomènes qui nous entourent. L’ignorance constitue la source et le support des deux défauts qui suivent. Lire aussi notre article sur l’ignorance.
  • Le fanatisme est un attachement passionné pour une idée ou une cause, justifiant des comportements zélés voire violents.
  • L’ambition est la recherche de la domination et des honneurs : l’ambitieux se croit différent et supérieur aux autres.

Point essentiel, ces trois mauvais compagnons sont en nous-mêmes : nous les incarnons, et en même temps nous en sommes victimes car ils nous causent souffrance, peur et haine.

Sur quoi prospèrent ces trois vices ? Sur la non-connaissance de soi, et sur la non-maîtrise de soi. En effet, les trois compagnons sont pressés d’obtenir les secrets qu’ils auraient certainement obtenus avec le temps et le mérite. Ils n’ont pas voulu travailler ni persévérer pour cela.

Les trois compagnons vivent dans l’illusion qu’ils sont des êtres séparés des autres : aveuglés par leur orgueil, ils ne voient que leur intérêt à court terme, ils n’ont pas conscience des conséquences de leurs actes. Ils n’accordent pas de place à l’autre, ce qui est le contraire même de la fraternité.

Ainsi, les trois mauvais compagnons croient vivre en dehors du monde. Leurs intentions entrent en contraction avec la loi cosmique. C’est la preuve d’un décentrage, qui n’est pas sans rappeler le péché originel d’Adam et Eve.

Pensant n’avoir à rendre compte qu’à eux-mêmes, les mauvais compagnons oublient leurs responsabilités et leurs devoirs : ils vivent dans une totale illusion.

Les trois mauvais compagnons et leur caractère insaisissable.

Les trois mauvais compagnons qui sont en nous sont d’autant plus dangereux qu’ils sont invisibles et insaisissables. Ils vivent cachés dans notre inconscient, ils se font passer pour ce qui est normal, naturel, évident.

Et pour cause, l’ignorant ne peut pas connaître l’étendue de son ignorance. De même, le fanatique pense agir en bien lorsqu’il fait preuve de zèle et emploie la contrainte pour faire avancer une cause qu’il pense juste. Enfin, l’ambitieux est emporté par la force de son instinct : comment pourrait-il accorder une quelconque place aux autres ?

Les trois mauvais compagnons représentent bel et bien les ténèbres : l’absence de lumière, l’absence de conscience. L’ennemi se fond dans le noir ; mais alors, comment le combattre ?

Plonger en soi pour en extraire les trois mauvais compagnons.

Il serait faux voire dangereux de penser qu’à travers son élévation au grade de Maître, le franc-maçon parvient d’emblée à vaincre les trois mauvais compagnons qui sont en lui.

Toutefois, il fait un grand pas en avant en prenant conscience de leur présence. Le nouveau Maître comprend qu’il est ignorant, fanatique et ambitieux : des vices que l’on retrouve en tout être humain.

C’est bien là que réside la clé de l’élévation : cette prise de conscience constitue le chemin de la lumière, qui permettra de devenir de plus en plus lucide sur ce que nous sommes.

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. Socrate

D’autre part, le franc-maçon se tient à l’écart de toute culpabilisation. Il sait que son ignorance est naturelle : personne ne peut tout savoir ni tout comprendre. Nos capacités sont limitées, nous sommes des êtres déterminés par une foule de facteurs que nous ne maîtrisons pas. Nous vivons constamment dans l’erreur. Mais réaliser cela nous libère et nous permet de faire évoluer nos comportements. Nous devenons plus humbles, plus compréhensifs envers nous-mêmes, plus tolérants envers les autres, plus bienveillants.

Ainsi donc, il va falloir apprendre à vivre avec nos trois mauvais compagnons. Vivre avec eux, dialoguer avec eux, les reconnaître, les accueillir permettra de mieux les comprendre et finalement de les dissoudre.

Voilà le long et formidable chemin de la connaissance de soi.

L’exemple d’Hiram.

Face aux trois mauvais compagnons, Hiram refuse de révéler les secrets et décide de se sacrifier. Comment interpréter sa mort ? Hiram a-t-il perdu la partie ?

En réalité, le fait que les trois mauvais compagnons se soient manifestés est déjà une victoire. Sortant de l’ombre, ils se sont révélés à notre conscience. Dès lors, l’essentiel est fait. L’ennemi désormais connu peut être défait. Mais il reste une étape : celle qui consiste à repousser ses exigences.

Repousser les demandes des mauvais compagnons, c’est signer leur destruction future. Acculés, ils sombreront dans le crime et seront pour cela ostracisés, poursuivis et châtiés.

Certes, Hiram doit lui aussi mourir. Mais ce n’est que pour renaître meilleur. En réalité, Hiram meurt aux trois mauvais compagnons qui sont en lui. Son relèvement est le signe de l’ouverture de sa conscience : sa nouvelle vie se fera chaque jour un peu plus à l’écart du vice.

Le Maître relevé sait désormais identifier tout ce qu’il y a en lui de déterminismes, de conditionnements, de préjugés, d’intolérance, d’incompréhension, d’aversion, de haine. Il voit désormais tout homme comme son frère, son égal, un autre lui-même. De nouvelles valeurs lui apparaissent, plus grandes, plus fortes. L’accomplissement de son Devoir se fait plus évident.

Hiram apparaît comme l’homme du Devoir, prêt à tout lui sacrifier, même la vie ; le Penseur, bâillonné par les tenants des routines et les suppôts du faux-ordre établi ; le Juste, qui souffre et périt pour une noble cause ; le Libérateur, qui succombe pour affranchir l’Humanité et qui revient toujours poursuivre son combat.
Rituel d’Instruction au 3ème degré

Remarque : Les trois mauvais compagnons peuvent être mis en perspective avec les Trois Poisons du bouddhisme que sont l’ignorance, la soif et l’aversion. Ces poisons constituent la cause de toute souffrance.

Quelques ouvrages pour aller plus loin :

Modif. le 24 septembre 2020

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