Les Trois Poisons du bouddhisme : définition. Pourquoi les Trois Poisons sont-ils au centre de la roue des existences ? En quoi mènent-ils à la souffrance ? Comment peut-on s’en libérer ?

Les Trois Poisons sont un concept-clé du bouddhisme. Ce sont trois notions qui expliquent la souffrance intime, la stagnation et des existences et au-delà, les malheurs du monde.
Rappelons-le, le bouddhisme se fixe un objectif primordial : la diminution de la souffrance, voire son extinction. Pour limiter cette souffrance, il faut comprendre ce qui pollue notre esprit, ce qui l’empoisonne.
Les Trois Poisons sont l’ignorance, la soif (au sens d’envie, d’attachement) et l’aversion c’est-à-dire la haine.
Les Trois Poisons sont donc intimement liés à la souffrance : les combattre, c’est se donner une chance d’accéder à une forme de bonheur vrai et de plénitude durable, que l’on peut appeler nirvana.
Tentons de décrire et de définir ces Trois Poisons du bouddhisme.
Les Trois Poisons du bouddhisme : définition
Définition : les Trois Poisons, sont, dans le bouddhisme, les racines de l’illusion et de la souffrance.
Ce sont donc :
- L’ignorance (avidya) : elle est à la source de tous les maux du monde ; elle est à l’origine aussi des deux autres poisons. L’ignorance est le moteur du désir, des intentions, de la volonté et du rejet, autant d’éléments qui retiennent les êtres dans le cycle de renaissances du samsara. L’ignorance est en particulier la méconnaissance de la vacuité et des quatre nobles vérités,
- La soif (raga : avidité, désir, passion, attachement) : elle est directement issue de l’ignorance. C’est le désir d’acquérir, de posséder, de s’approprier. C’est l’ambition. C’est l’envie que les choses arrivent comme nous l’avons imaginé. C’est l’attente d’une situation, d’un avenir idéal. C’est encore s’accrocher à ce qui procure du plaisir, du confort, du réconfort. C’est l’attachement à une situation qui nous plait, et que nous avons peur de perdre, en oubliant que tout change. Bref, la soif relève de l’illusion et cause le mauvais karma :
- en effet, penser que nous pouvons conserver, déterminer ou maîtriser les choses est illusoire : les choses ne dépendent pas que de nous, elles dépendent de millions de causes que nous ne connaissons même pas,
- quant au mauvais karma, il est causé par des attentes déçues, des intentions égoïstes qui rejailliront forcément de manière négative sur nous et sur les autres,
- L’aversion (dvesa : antipathie, haine, colère) : ce troisième poison est là encore issu de l’ignorance, il est aussi le pendant de la soif. C’est en effet la déception des attentes qui cause la colère. L’aversion, c’est le fait de rejeter, de critiquer, de juger, de fuir ou de détester ce qui nous dérange, ce qui nous déplaît, ce qui contrarie nos désirs et nos ambitions. L’aversion s’exprime envers les choses, les individus ou les situations. L’aversion est un sentiment négatif, conflictuel et destructeur, qui là encore est dû à la non-compréhension de la réalité profonde des choses, à l’ignorance du non-soi et de la loi du karma.
Ainsi, l’ignorance, premier des Trois Poisons, est la cause des malheurs du monde. L’ignorance, c’est d’abord la méconnaissance du fait que toutes les choses sont interdépendantes, éphémères et vides d’existence propre. Dans le bouddhisme en effet, les choses n’existent pas en soi : elles sont composées par le reste du monde.
Si l’on comprend que les choses n’ont pas d’existence propre, on évite de s’y attacher, de les désirer ou de les rejeter. Celui qui comprend que tout est éphémère, que tout est voué à se transformer, à disparaître et à se recomposer sous une autre forme, celui-là renonce à toute forme d’attachement. Ne s’attachant à rien, il n’est jamais déçu. Il s’inscrit dans le cours des choses, se laisse porter par la vie et par son destin : il accepte tout.
C’est ainsi que la souffrance diminue. Si je m’attache à mon niveau de vie, je risque d’être déçu à la première baisse de mes revenus. Si je m’attache à ma voiture, je serais en colère à la première rayure. Si je m’attache à mon animal de compagnie, je risque d’être inconsolable au moment de sa disparition.
Etre bouddhiste, c’est savoir que tout est voué à changer, à disparaître et à renaître : c’est laisser les choses venir à soi plutôt que tenter de les contrôler. Ca n’est pas être indifférent ou détaché, c’est être ouvert au changement, heureux de constater que les choses évoluent.
Au final, répétons-le, les Trois Poisons sont trois rapports faussés aux choses et au monde, et mènent tout droit à la souffrance.
Lire aussi notre article sur la souffrance dans le bouddhisme
Les Trois Poisons au centre de la roue des existences
Les Trois Poisons sont représentés au centre de la roue du karma, ou roue des existences, et la font tourner. Ils sont la cause du samsara : le cycle des renaissances successives. En effet, l’ignorance, la soif et l’aversion sont générateurs de regrets et de projections, c’est-à-dire de passé et de futur, ce qui nous empêche de demeurer dans le présent.
Le karma est créé par nos actions, nos paroles et nos pensées. Il est le résultat de notre état d’esprit, de nos intentions, de notre volonté. Des sentiments tels que l’attachement, l’envie, le désir de posséder, la colère ou la haine nous conduisent à accomplir des actions qui auront des conséquences défavorables sur les autres et sur nous-même.
Par exemple :
- donner en attendant quelque chose en retour peut provoquer insatisfaction et colère, des sentiments qui peuvent eux-mêmes entraîner de nouveaux malheurs dans le futur,
- lancer un regard noir à un inconnu peut créer du ressentiment et des problèmes,
- désirer un objet peut aboutir à une déception future si on ne l’obtient pas,
- dire une parole blessante amènera à une souffrance future,
- etc.
D’autre part, dans le moyeu de la roue des existences, ou « roue de samsara« , telle qu’elle est représentée, les Trois Poisons apparaissent sous la forme de trois animaux :
- le porc est symbole d’ignorance : il se complaît dans la boue. Il donne naissance aux deux autres animaux, qui représentent alors une dualité,
- le coq représente la soif et l’attachement : il est fier, orgueilleux, il se fait entendre comme s’il était seul au monde,
- le serpent est symbole de l’aversion et de la haine : il fait le mal, il répand son venin. Il peut aussi représenter la colère qui rampe en nous-même.
Dans la plupart des représentations, le serpent sort de la bouche du porc, ce qui signifie que la haine provient bien de l’ignorance.
Sortir des illusions
S’écarter des Trois Poisons consiste avant tout à comprendre ce que le bouddhisme appelle les trois caractéristiques de l’existence, à savoir : l’impermanence, le non-soi et le principe de la souffrance.
Cela consiste aussi à connaître les quatre nobles vérités du bouddhisme, qui sont les suivantes :
- la souffrance,
- la cause de la souffrance,
- la cessation de la souffrance comme objectif de libération,
- et enfin le chemin qui mène à la cessation de la souffrance : le Noble Sentier Octuple. Le Noble Sentier Octuple est la voie qui mène concrètement à l’éveil (nirvana) ; cette voie passe par la sagesse, l’éthique et la concentration. C’est, pour être précis, la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, les moyens d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste et la concentration juste.
Parallèle avec la franc-maçonnerie
En franc-maçonnerie, on retrouve d’une certaine manière les Trois Poisons sous l’identité des trois mauvais compagnons qui tuent le maître Hiram Abi dans le but de voler ses secrets (secrets de la construction du Temple symbolisant la Connaissance).
Les trois compagnons sont l’ignorance, le fanatisme et l’ambition.

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Dernière modification le 5 septembre 2026. Adrien Choeur







