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Vide et vacuité : définition, différence

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Qu’est-ce que la vacuité en philosophie et en spiritualité ? Quelle différence entre vide et vacuité ? Comment vivre la vacuité ?

Dans le langage courant, vide et vacuité signifient la même chose. On parle indifféremment d’un état de vide ou de vacuité, du vide de l’existence ou de la vacuité de l’existence.

Pourtant, sur le plan philosophique et spirituel, ces deux termes sont loin d’être synonymes.

Voyons la signification de la vacuité en philosophie et spiritualité.

Vide et vacuité : définition et différence.

Sur le plan spirituel, vide et vacuité ne sont pas synonymes :

  • Le vide renvoie à un sentiment de néant : c’est l’absence d’intérêt, de valeur ou de signification. On parle de vide intellectuel, de vide spirituel, d’absence de sens. Sur le plan philosophique, la doctrine du nihilisme considère que l’existence est vaine, vide de sens, et qu’elle ne devrait pas être.
  • Dans les spiritualités orientales (bouddhisme et hindouisme notamment), la vacuité est au contraire l’absence d’être en soi : c’est l’absence d’existence propre, ce qui ne veut pas dire absence de sens. La vacuité insiste sur l’interdépendance des choses, qui fait que rien n’existe de manière autonome ou séparée.

La vacuité dans le bouddhisme.

Dans le bouddhisme, la vacuité (Sunyata) est la nature ultime des choses : autrement dit la réalité.

Quelle est donc cette réalité difficile à voir ? C’est le fait qu’il n’existe pas de chose qui puisse exister par elle-même, de manière isolée, autonome et indépendante. Les phénomènes, choses, individus sont tous liés entre eux : ils sont interdépendants. Un individu est par exemple le résultat d’une infinité d’influences et de causes : il est “composé” de cela, il “est” cela.

D’autre part, tout ce qui existe connait une évolution permanente. Rien n’est figé, tout est vide d’existence propre et durable : la vacuité est à la fois impermanence et interdépendance.

Par conséquent, la vacuité n’est pas le vide, ni l’absence de phénomène, ni l’absence de sens, c’est au contraire ce qui caractérise chaque phénomène. La vacuité n’est pas “rien”, mais principe de tout. La vacuité sous-tend toute chose : elle permet la création, l’espace et le temps, la vie, l’imagination, l’action, l’art ; elle est la base de tout ce qui peut se développer, se transformer. Elle fait tourner la roue de la vie.

Ainsi, comprendre la vacuité permet de se délivrer de ses illusions : notre perception classique de la réalité, dualiste, qui consiste à séparer et à nommer chaque chose, s’évanouit. Il n’y a plus d’entité autonome et séparée. Les concepts s’effacent. Les mots disparaissent. On comprend enfin que tout est lié.

Ainsi, la vacuité bouddhiste rejette aussi bien l’être-en-soi que le néant. Ce n’est ni un état d’être, ni un état de non-être : c’est autre chose, qui est indéfinissable et qui ne peut être vu que par un juste discernement.

“Le sage ne demeurera ni dans l’être ni dans le non-être.”

“La forme est vide et le vide est forme.”

Lire aussi notre article sur le non-soi du bouddhisme.

Comment parvenir à la vacuité ?

La vacuité est une forme de connaissance ultime, qui permet de dissiper la souffrance. Cette connaissance porte à la fois sur le monde et sur le fonctionnement de notre psychisme.

Tout d’abord, la vacuité ne doit pas être recherchée pour elle-même, car ce serait développer un nouvel attachement, conduisant à l’inverse de l’objectif recherché.

Il y a différents moyens d’approcher la vacuité :

  • L’analyse raisonnable : c’est la réflexion qui mène au constat éclairé que les choses ne sont que des suites de phénomènes, des enchaînements de causes. Mais ce type d’analyse, qui fait appel à des concepts, est par nature limitant.
  • La connaissance de soi,  qui consiste à observer et à rechercher les causes qui nous déterminent pour comprendre qui nous sommes. Parmi ces causes, l’histoire personnelle, la génétique, la psychologie, l’éducation, la culture, etc.
  • Le recul et l’acceptation, qui consiste à laisser un espace vide entre soi et le monde, afin de développer un regard clair et apaisé sur soi-même et les phénomènes extérieurs.
  • La méditation, qui déclenche l’intuition métaphysique de l’interdépendance et mène à la vision claire, ou “vue directe de la réalité”. La méditation doit cependant se faire sans objectif, sous peine d’échouer. Lire notre article : Le silence intérieur : du bavardage au calme mental.

Ces différents outils mènent à la vacuité du coeur, qui correspond à la mise en sommeil de l’ego.

Atteindre l’état de vacuité, c’est au final être vide de soi, donc totalement libre, sans peur ni souffrance, dans l’accueil de toutes les émotions. C’est être disponible pour tout changement ; c’est développer une forme de conscience qui n’est plus liée à la personnalité.

Cet état mène au nirvana, défini comme “là où il n’y a rien, où rien ne peut être saisi” : on ne parle plus de choses séparées. On renonce à l’illusion des choses telles qu’elles nous apparaissent.

Vide et vacuité dans le taoïsme.

La vacuité se retrouve aussi dans le taoïsme, en particulier pour définir le tao :

Le Tao est tel un puits :
sans cesse utilisé mais jamais tari.
Il est comme le vide éternel :
empli d’infinies possibilités.
Il est caché mais toujours présent.
Tao Te King, 4

Le tao qui peut être exprimé
n’est pas le Tao éternel. (…)
Nommer est l’origine de toutes choses particulières.
Tao Te King, 1

Le tao, principe à l’origine de toute chose et présent dans tous les êtres, est la “mère du monde”, la “grande source” ; il ne peut être défini mais révèle toutes les possibilités, libère tous les potentiels. Il est à la fois Tout et vacuité.

Ainsi, le vide est plein, l’absence est présence… que de paradoxes ! A ce sujet, lisez notre article : Les paradoxes, voie d’accès à la vérité.

Au final, vide et vacuité sont les deux extrêmes du chemin de la connaissance : le premier est l’absence de spiritualité, le second est le stade ultime de l’avancée spirituelle.

Ouvrages en rapport avec la vacuité :

  • L’Enseignement du Bouddha. D’après les textes les plus anciens, de Walpola Rahula. Très bel exposé des principes fondamentaux de la doctrine bouddhique, tels qu’on les trouve dans les textes fondateurs.
  • Le Tao Te King, de Lao-tseu, traduit par Stephen Mitchell. Le Tao Te King est un joyau de l’humanité, un texte qui accompagne le cherchant durant toute sa vie. Cette traduction, moderne, accessible et poétique, et sans doute la meilleure.

Modif. le 26 septembre 2020

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