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L’infini en philosophie et spiritualité

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L’infini en philosophie et spiritualité : définition. Que signifie « infini » ? L’infini existe-t-il ? L’univers est-il fini ou infini ?

« Infini » signifie sans limite, sans borne, sans frontière : c’est ce qui n’a ni commencement ni fin.

Le plus souvent, on parle d’infini pour caractériser le temps, l’espace, la matière, l’univers mais aussi Dieu par opposition à l’Homme, qui est quant à lui limité, fini, éphémère, mortel.

Tel Dieu, l’univers semble infini, car s’il était borné, cela signifierait qu’il existe un autre monde, ce qui ne peut se concevoir. Infini est donc synonyme d’absolu.

Le terme « infini » s’applique à différents domaines de la pensée et des sciences :

  • En géométrie, l’infini peut être représenté par le plan ou la ligne droite, mais aussi par des figures fermées telles le cercle (voir plus bas), tous ces objets comportant un nombre infini de points. L’infini pose entre autres la question de l’échelle et de la mesure.
  • En mathématiques, l’infini peut être approché par les nombres qui peuvent s’ajouter ou se diviser à l’infini. Intuitivement, on peut associer l’infini à l’unité.
  • En physique, l’infini s’applique au caractère continu de l’espace et du temps : les physiciens tentent d’approcher l’infiniment grand et l’infiniment petit.
  • En philosophie, l’infini constitue un problème complexe qui rencontre les limites du raisonnement humain. L’infini interroge la matière, l’essence et la conscience. C’est un concept qui s’applique entre autres au raisonnement (l’intelligence semble sans limite alors que l’erreur marque un arrêt), à l’éthique (le bien est infini alors que le mal a tendance à limiter ou séparer) ou à l’art (la créativité, le sublime…).
  • En spiritualité, l’infini s’applique le plus souvent au cosmos et à Dieu, mais aussi au chemin qui permet d’approcher le mystère de l’existence, un chemin qui n’aboutit jamais.

Ainsi, l’infini est une notion clé présente dans toutes les disciplines et tous les domaines.

Tentons d’approcher l’infini en philosophie et spiritualité.

L’infini en philosophie et spiritualité

L’infini s’applique aux choses concrètes mais ne peut être saisi que par l’intellect : c’est un concept à la fois physique et métaphysique.

Ainsi, l’infini ne peut être abordé que par la matière, tout en la dépassant : il faut en effet concevoir le temps pour parler d’éternité, de la même manière qu’il faut envisager des limites pour aborder l’illimité, ou connaître le relatif pour imaginer l’absolu.

L’infini est donc un absolu qui se fonde sur le particulier, une démesure qui se base sur la mesure. C’est une notion paradoxale, qui ne peut être comprise qu’en faisant « coïncider les opposés », selon les mots du théologien Nicolas de Cues (1401-1464).

La dynamique de l’infini

L’infini peut être approché par le mouvement : on peut alors le voir comme une dynamique interne au Tout absolu, selon laquelle tout se déploie et se recompose sans cesse.

Ce processus perpétuel introduit les notions de génération, de changement ou de potentiel, comme si une énergie inconnue faisait tourner le monde en vase clos, formant des combinaisons toujours renouvelées. On pourrait parler d’infini des possibles.

Ainsi, l’automouvement du Tout absorbe toute chose finie par l’infini. A chaque instant, les éléments et les phénomènes meurent et renaissent sous une autre forme. L’infini se nourrit du début et de la fin de chaque chose.

Cela nous amène à évoquer la loi de causalité, selon laquelle chaque chose est le résultat d’une infinité de causes, selon laquelle chaque individu est le carrefour de toutes les forces de l’univers. La causalité introduit par ailleurs la nécessité et le devenir.

Mais cette causalité peut être de deux natures différentes :

  • circulaire, elle évoque un univers de toute éternité, c’est-à-dire sans début ni fin puisqu’en recomposition perpétuelle,
  • linéaire, elle introduit au contraire l’idée d’un début et d’une fin, ce qui nous confronte à l’idée inaccessible de la cause première, c’est-à-dire de la cause sans cause.

L’infini : attribut essentiel de Dieu.

Dieu, être éternel et impérissable est par définition unique, illimité et infini : il épouse toute chose, il est Tout. Il est à la fois sans commencement ni fin, et cause de tout : la cause sans cause.

Dieu est le seul concept à posséder les caractéristiques de l’être total, parfait, absolu.

L’infini est donc un attribut de Dieu, et on ne s’étonnera pas que l’infini comme Dieu soient des concepts ineffables, inaccessibles, incompréhensibles. L’infini est avant tout « indéfini ».

La machine du monde a, pour ainsi dire, son centre partout et sa circonférence nulle part, parce que Dieu lui-même est sa circonférence et son centre, lui qui est tout à la fois partout et nulle part.
Nicolas de Cues

Pourtant, il est dit dans la Bible que Jésus est l’alpha et l’oméga (Livre de l’Apocalypse), autrement dit le début et la fin, ce qui semble contredire l’idée d’infini. En réalité, l’alpha et l’oméga désignent la totalité de ce qui est. Ici, l’alpha et l’oméga se confondent : une fois encore, le limité rejoint l’illimité.

L’infini sur le plan humain

La perception du fini est due à notre individualité (ego ou personnalité) qui se perçoit comme autonome, distincte des autres, et qui voit les choses comme formant des objets séparés.

Or cette vision est illusoire : rien n’est en réalité séparé, tout est relié à tout, tout est dépendant de tout.

Autrement dit, chaque chose ou individu est entièrement connecté à son environnement. L’Homme est au carrefour d’une infinité de causes et d’influences qui remontent à la « nuit des temps ». Ainsi notre existence est un point qui s’étend à l’infini pour épouser la totalité du cosmos.

Par conséquent il se pourrait que le fini n’existe pas, et que tout soit en réalité infini. Ici, infini égale « Tout » et « unité ».

Accéder à l’infini, c’est donc ouvrir sa conscience pour accéder au Tout unitaire et reconnaître que nous faisons partie du « grand être ». Dans le même ordre d’idée, Descartes assimile l’idée de l’infini à la capacité de l’Homme à approcher Dieu.

Le symbolisme de l’infini

L’infini peut être représenté sous la forme de symboles dont certains évoquent les cycles, tentant de concilier l’éphémère et l’éternel :

  • le lemniscate : sorte de huit couché, c’est le célèbre symbole de l’infini qui évoque la circulation de l’énergie en circuit fermé,
  • le chiffre 8,
  • le sablier qu’on peut retourner indéfiniment,
  • la spirale,
  • le cercle : le cercle est une forme fermée, donc finie, mais sans point initial ni point final. Il se construit à partir de Pi qui comporte un nombre infini de décimales. Le cercle évoque bien sûr le mouvement et les cycles,
  • la sphère,
  • la quadrature du cercle,
  • l’Ouroboros : c’est le serpent qui se mord la queue, symbole alchimique essentiel qui traduit l’harmonisation des énergies contraires,
  • le taijitu (symbole du yin et du yang),
  • le ciel,
  • l’espace,
  • le cinquième élément, l’éther ou Quintessence : c’est le ciment du monde, le substrat de toutes les choses qui existent, autrement dit l’infini,
  • le miroir,
  • l’œuf cosmique,
  • le mouvement perpétuel : idéal irréaliste d’un mouvement pouvant se répéter indéfiniment,
  • ou encore le nœud de Salomon.

L’infini évoque aussi l’éternel présent, l’harmonie, le paradis perdu, le nirvana bouddhique, le silence ou le centre de la croix.

En résumé : réconcilier le fini et l’infini

Illimité, éternel et absolu, « infini » ne signifie pas pour autant immuable ou figé. Autrement dit, il y a de l’évolution dans l’infini, du fini dans l’infini. Fini et infini s’entretiennent mutuellement.

L’infini s’inscrit dans un changement permanent, ce qui peut sembler paradoxal. Car en devenant permanente, l’impermanence prend la forme d’une unité qui englobe toute forme de dualité ou de multiplicité.

S’appliquant à la matière, monde du mesurable, l’infini la transcende. Il montre l’interdépendance de toutes les choses, il est le rappel du principe unitaire qui ne cesse de parcourir la matière.

C’est ainsi que l’infini rejoint un autre concept : celui d’Amour, au sens spirituel du terme. L’Amour est le souvenir inscrit dans la matière de sa propre origine, de sa nature unitaire et de sa cohésion. D’ailleurs, ne dit-on pas que Dieu est Amour infini ?

Citations sur l’infini en philosophie et spiritualité

Le sentiment de l’infini est le véritable attribut de l’âme.
Mme de Staël

La religion est le sens et le goût de l’infini.
Friedrich Schleiermacher

L’horizon souligne l’infini.
Victor Hugo

Si on entend par éternité non la durée infinie mais l’intemporalité, alors il a la vie éternelle celui qui vit dans le présent.
Ludwig Wittgenstein

Le Tao est infini, éternel,
Pourquoi est-il éternel ?
Il n’est jamais né ;
ainsi ne peut-il jamais mourir.
Pourquoi est-il infini ?
Il n’a pas de désirs pour lui-même ;
ainsi est-il présent pour tous les êtres.

Tao Te King 7

Nous ne nous embarrasserons jamais dans les disputes de l’infini ; d’autant qu’il serait ridicule que nous, qui sommes fini, entreprissions d’en déterminer quelque chose, et par ce moyen le supposer fini, en tâchant de le comprendre ; c’est pourquoi nous ne nous soucierons pas de répondre à ceux qui demandent si la moitié d’une ligne infinie est infinie, et si le nombre infini est pair ou non pair, et autres choses semblables, à cause qu’il n’y a que ceux qui s’imaginent que leur esprit est infini qui semblent devoir examiner telles difficultés. Et pour nous, en voyant des choses dans lesquelles, selon certains sens, nous ne remarquons point, de limites, nous n’assurerons pas pour cela qu’elles soient infinies, mais nous les estimerons seulement indéfinies. (…) Nous appellerons ces choses indéfinies plutôt qu’infinies, afin de réserver à Dieu seul le nom d’infini.
Descartes

Les nombres - Adrien Choeur

Cet ouvrage propose 21 textes pour aborder le symbolisme des nombres et tenter de percevoir leur résonance cosmique. Un formidable moyen de développer son intuition.

Ce livre numérique pdf comporte 77 pages.

Modif. le 19 avril 2024

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