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La géométrie (planche maçonnique)

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Comment aborder la géométrie en franc-maçonnerie ? Pourquoi la géométrie est-elle au centre de la démarche ? Voici une planche maçonnique au 3ème degré.

Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre : c’est la phrase que Platon avait fait graver à l’entrée de son Académie à Athènes, afin qu’elle soit lue par tous ses élèves.

En effet, pour Platon, la réalité peut prendre deux formes :

  • le monde sensible, source d’erreur et d’illusion,
  • ou le monde intelligible, c’est-à-dire celui de la raison, lieu des idées vraies.

La géométrie est précisément le domaine des idées vraies (“idéales”) : c’est là que le raisonnement se fonde, et par conséquent l’action juste. Lire aussi notre article sur l’allégorie de la Caverne.

La géométrie est un thème fondamental de la franc-maçonnerie. Elle évoque en particulier la lettre G rencontrée au grade de Compagnon, ainsi que nombre de symboles et figures représentées en loge. Elle est en outre l’un des sept Arts libéraux rencontrés au second degré.

En fonction des différents degrés du rite, la géométrie peut être abordée comme :

  • un outil symbolique de compréhension du monde,
  • une méthode de “construction” permettant d’arriver à la perfection,
  • ou encore la science du terrestre, par opposition à l’astronomie qui est la science du céleste.

Tentons de comprendre l’importance de la géométrie en franc-maçonnerie.

Lire aussi nos articles sur le symbolisme du triangle, du carré, de la croix, du cercle et du centre.

La géométrie : outil de conception et de construction.

Créée entre autres par Euclide, la géométrie (du grec geo et metron qui signifient “terre” et “mesure”) est la science de l’espace. Elle se fonde sur des concepts mathématiques intangibles considérés comme absolument vrais.

Pour le franc-maçon, la géométrie est la méthode par excellence. Elle évoque la rectitude du rituel maçonnique : le cadre de l’élévation. Elle est un système de référence pour toute démarche intellectuelle, morale ou concrète.

En tant qu’outil de conception, la géométrie permet à l’artisan ou au philosophe de travailler sur une base stable, en repoussant les idées confuses du mental.

La géométrie est l’art de la mesure, au sens propre comme au sens figuré : elle donne le sens de la proportion, de la limite, de l’harmonie, de la beauté, du vrai et du juste.

Elle garantit une construction parfaite et un raisonnement cohérent, c’est-à-dire qui ne tombe pas dans le piège de l’illusion, de la déformation, de l’opinion ou du préjugé. Car la géométrie ne ment pas : elle rappelle l’homme à la Loi universelle.

Ainsi, le franc-maçon, ouvrier sur le chantier de la vérité, construit sur des bases géométriques : il taille symboliquement sa pierre brute (lui-même) pour lui donner une forme régulière, c’est-à-dire parfaitement conforme et équilibrée.

La géométrie rend possible l’analyse, la mesure, le tri, la comparaison, le report, la vérification et la réalisation.

On retrouve ici l’utilité des outils du franc-maçon, en particulier la règle, l’équerre, le compas, le fil à plomb et le niveau.

La géométrie : outil de compréhension du monde.

La géométrie aide le franc-maçon à comprendre la structure du cosmos. C’est l’idée que l’ordre existe au sein du chaos apparent : ainsi, la géométrie exprime l’ordre caché du monde, partout présent.

Quelques exemples :

  • le point (ou le centre) représente le principe premier, la Grande Source,
  • la ligne est ce qui sépare mais aussi ce qui relie, ce qui met à égalité (lire aussi notre article sur la symétrie),
  • la surface et le volume éclairent les rapports entre le temps, l’espace et la matière,
  • le cercle exprime la totalité, l’unité, Un-le-Tout, l’Amour, les limites du cosmos, ou encore la loi des cycles,
  • etc.

Tout comme les nombres, les figures géométriques éclairent par leur langage symbolique les grandes questions métaphysiques, telles l’unité ou la dualité.

Mais au-delà même de ce symbolisme, la géométrie présente l’immense avantage de donner accès à l’universel. En effet, par la géométrie, le franc-maçon a accès à son être véritable, c’est-à-dire cette chose en lui qui le rend parfaitement égal aux autres, qui lui donne sa juste place dans la société et le monde.

Ainsi, chaque individu est une pierre, un cube régulier en puissance, destiné à s’intégrer parfaitement à l’édifice. La recherche de la perfection en soi consiste à sortir de l’illusion d’être séparé, différent ou supérieur aux autres. Car nous sommes tous faits de la même matière, animés du même principe et soumis aux mêmes lois. C’est la connaissance de soi qui amène à prendre la “mesure de soi” : les cubes sont tous identiques.

Chacun de nous est un centre, relié au centre universel. Le cube que nous formons est transparent mais porteur de la “chose mystérieuse” : le principe supérieur et universel qui organise les êtres et le monde.

Ainsi, la géométrie est un tremplin pour approcher la vérité. Elle donne du sens et permet d’accéder à la sérénité et au bonheur. Pourtant, elle comporte aussi des limites.

La géométrie et ses limites.

Nous l’avons vu, la géométrie exprime un idéal… mais l’idéal n’est pas la réalité.

Il faut se rendre à l’évidence : la géométrie est une abstraction totale. Elle parle d’objets qui n’existent pas : le point est non-mesurable et indivisible, la ligne n’a pas d’épaisseur, le cercle est inapte à la quadrature et à la mesure.

La géométrie délimite artificiellement ce qui n’a pas de limite, elle est incapable de représenter le réel dans son côté palpable, vivant et dynamique.

En effet, dans le “vrai monde”, tout est interdépendant, impermanent et évolutif. C’est d’ailleurs ce qui fait son extrême richesse.

La géométrie, qui n’est que concepts et théories, est par définition figée, alors que la nature est vivante, changeante, innovante, aventurière, divergente, différenciante.

La géométrie passe à côté de la vie, dans ce qu’elle a de plus spontané, de plus créatif et authentique. Car si la nature se nourrit opportunément de la géométrie (les êtres vivants sont pour la plupart construits de manière symétrique), elle cherche avant tout à explorer de nouveaux horizons, à dépasser ses acquis et son cadre de référence.

A ce stade, on pourrait établir un parallèle avec les deux principes énergétiques fondamentaux de l’alchimie que sont le Soleil et la Lune :

  • le Soleil est une énergie ordonnatrice, stabilisante, mais figée : c’est la géométrie,
  • la Lune est une énergie vivante, mais inconsciente et aveugle : c’est la Nature dans toute sa force et son potentiel de vie.

Conclusion.

Certes, la géométrie est un point d’appui essentiel pour accéder à la vérité : elle tire le franc-maçon de son ignorance, elle l’éloigne de l’illusion et des préjugés, elle l’aide dans sa compréhension de la structure du cosmos.

Mais la géométrie est inapte à expliquer les mystères supérieurs (Dieu, la vie). Science de l’espace, donc du terrestre, elle ne permet pas de s’élever vers le céleste.

Ainsi, le franc-maçon devra un jour dépasser les concepts, les théories et les symboles pour atteindre de nouveaux niveaux de conscience. Il devra lâcher-prise, abandonner tout ce qu’il croyait acquis et s’éloigner de ses constructions intellectuelles pour s’éveiller à la Vie.

Au final, la géométrie ne doit pas faire obstacle à la quête. D’ailleurs, on considère parfois que la phrase complète que Platon avait fait inscrire à l’entrée de son académie était : Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre, mais que nul n’y demeure s’il n’est QUE géomètre.

Voir aussi notre liste de planches au 3ème degré.

Pour aller plus loin :

Modif. le 3 août 2020

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