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La vérité : qu’est-ce que c’est ? comment l’atteindre ?

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Comment définir la vérité ? Qu’est-ce que la vérité en philosophie et dans les différentes traditions spirituelles ? Comment se placer sur le chemin de la vérité ?

La quête de la vérité est le but même de la philosophie. Le mot philosophie est d’ailleurs issu des mots grecs philein et sophia qui signifient “amour de la sagesse” ou “amour de la vérité”.

La vérité est aussi une notion qui intéresse les religions et les spiritualités.

Selon les cas, la vérité peut être vue comme accessible ou au contraire inatteignable. Mais dans tous les cas, s’en approcher nécessite un véritable effort.

L’homme est parfois vu comme le seul être pouvant atteindre la vérité, mais dans d’autres cas, il semble qu’il fasse obstacle à lui-même.

Tentons de donner une définition de la vérité.

La vérité : une définition philosophique.

Définition : La vérité est la conformité du discours à la réalité. Si le discours est conforme à la réalité, il est jugé vrai. Dans le cas contraire, il est jugé faux.

Or, toute la difficulté réside dans la difficulté à voir les choses telles qu’elles sont, et à expliquer le monde de manière lucide. La vérité est souvent insaisissable, comme le pointent les philosophes sceptiques. Le raisonnement, la théorie peuvent sembler cohérents, mais ça n’est pas pour autant qu’ils correspondent exactement à la réalité. La philosophie consiste à formuler des discours logiques, mais ce ne sont que des constructions basées sur des concepts et des idées abstraites.

Quoi qu’il en soit, le philosophe est en quête permanente de vérité, et s’appuie pour cela sur le raisonnement, la démonstration et la preuve, bien qu’il n’y ait jamais de preuve absolue et définitive. La vérité est surtout un chemin de progrès, une éthique de vie qui implique aussi de savoir douter, de savoir se remettre en question.

Le philosophe distinguera entre autres :

  • la vérité logique : elle se construit sur un raisonnement abstrait irréfutable (mathématique, géométrie…), mais “hors-sol”,
  • la vérité scientifique ou expérimentale : elle concerne le monde concret et s’appuie sur des preuves scientifiques objectives ; mais l’histoire a montré qu’il n’y avait pas de vérité définitive ou exclusive,
  • la vérité révélée : c’est le dogme des religions, auquel on peut adhérer par conviction, par foi ou intuition.

D’autre part, il peut être intéressant d’élargir la notion de vérité. Cette dernière peut alors être définie comme :

  • la conformité à la réalité (voir plus haut),
  • mais aussi comme la conformité à la loi morale,
  • et comme la conformité à la loi divine (ou aux lois métaphysiques universelles).

Qu’est-ce qui fait obstacle à la vérité ?

Nous l’avons vu, la vérité est extrêmement difficile à atteindre. Pour les sceptiques et les relativistes, cela tient à plusieurs raisons :

  • tout vérité ne peut s’appuyer que sur des postulats, des hypothèses, des axiomes ou encore des “évidences” qu’il n’est pas toujours possible de vérifier,
  • les concepts utilisés pour établir un raisonnement sont artificiels, ce qui rend toute théorie imparfaite,
  • il n’y a pas de système parfait ou définitif permettant de juger objectivement de la véracité d’un discours : la Nature est silencieuse,
  • il y a rarement consensus autour d’une “vérité” : les perceptions varient en fonction des individus et de leurs caractéristiques propres (histoire, culture, éducation, psychologie, capacités…).

Tous ces arguments sont recevables, ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe aucun moyen de s’approcher de la vérité, ou qu’il faille renoncer à la rechercher.

Comment atteindre la vérité ?

On l’a compris, le principal obstacle à la vérité est nous-mêmes : nous sommes des êtres déterminés, conditionnés, influencés, orientés, limités et partiels.

Mais c’est précisément en nous dépouillant de nos déterminismes, de nos influences et de nos conditionnements que nous pouvons approcher la vérité.

Le chemin de la vérité consiste donc en une transformation intime, l’objectif étant d’abandonner notre être “partiel” pour découvrir notre être “universel”.

Ce chemin est celui de la connaissance de soi : pour accéder à la réalité, je dois identifier et dissoudre tout ce qui fait (ou me fait croire) que je suis différent des autres et séparé du monde. Cela passe par l’abandon des préjugés, des passions et de l’illusion de l’ego.

Au final, la recherche de la vérité ne consiste pas à multiplier les savoirs, mais plutôt à retirer ce qui fait obstacle à l’évidence. Il s’agit de prendre du recul par rapport à soi-même pour atteindre un nouveau niveau de conscience.

Le cherchant ne cherche plus pour lui-même ni par lui-même ; il s’observe chercher, désintéressé, ouvert, sans jugement, prêt à accueillir la réalité comme elle vient.

La conscience n’est pas une source autonome pour décider ce qui est bon et ce qui est mauvais car la vérité n’est pas créée par l’être humain, elle est établie par la loi divine, norme universelle et objective de la moralité. Jean-Paul II

La vérité dans le bouddhisme : le nirvana.

Dans le bouddhisme, le nirvana est la manifestation de la vérité et de la réalité. C’est un domaine difficile à décrire, qui ne peut être atteint qu’avec la cessation de l’attachement, du désir et de l’illusion de l’ego.

Le nirvana est un état d’esprit absolu, inconditionné : il englobe tout, il est au-delà des jugements, au-delà du bien et du mal, au-delà des choses vues comme des entités séparées.

La vérité bouddhique consiste à comprendre que tout est relatif, conditionné et éphémère, y compris notre propre existence. Ainsi, le nirvana est une vision saine, désillusionnée, nettoyée de l’ego et de la fausse projection du “moi”. C’est l’absence de pensée et de sensation potentiellement éronées : une sorte de sérénité totale permettant un rapport lucide et heureux au monde.

Lire nos articles sur le nirvana et les quatre nobles vérités du bouddhisme.

La vérité : définition dans le taoïsme.

Dans le taoïsme, le tao est la voie, la vertu, autrement dit la vérité.

Approche-le (le tao) et il n’est pas de début ;
suis-le et il n’est pas de fin.
Tu ne peux le connaître mais tu peux l’être,
sans effort dans ta propre vie.
Comprends simplement d’où tu viens :
ceci est l’essence de la sagesse.
Tao Te King, 14

Dans le taoïsme, la vérité est la voie du Milieu, celle de la réconciliation des oppositions. C’est aussi le dépassement des préjugés et le détachement :

  • toute pensée, jugement ou action comporte un risque de décentrage qui devra être corrigé,
  • repousser ses désirs, ses ambitions et ses peurs permet d’être heureux et d’accéder à la vérité,
  • le lâcher-prise et l’acceptation permettent de voir la réalité telle qu’elle est.

Le Tao Te King est un texte rempli de paradoxes : les paradoxes permettent de réconcilier les contraires, ils sont un moyen privilégié d’accéder à la vérité.

La définition de la vérité dans le christianisme.

Dans l’Évangile selon Saint-Jean, Jésus dit : Je suis la voie, la vérité et la vie. 

Par cette phrase, Jésus invite à suivre son exemple : c’est en accomplissant la même oeuvre que lui que nous serons libérés, apaisés, et que nous accéderons à la vie éternelle, autrement dit le “royaume de Dieu”.

Quel exemple nous offre Jésus ? Celui de l’Amour universel qui va jusqu’à embrasser le mal pour le dissoudre : c’est la grandeur du sacrifice et du pardon. Accéder à la vérité nécessite donc de donner sa vie, de renoncer à soi-même, de dépasser la matière pour atteindre l’esprit saint.

La vérité initiatique : le chemin de la “gnose”.

La tradition initiatique (franc-maçonnerie en particulier) décrit un chemin de progression permettant d’accéder à la vérité ultime ou “gnose”.

La gnose est une définition de la vérité. Elle sous-entend qu’il est possible de connaître directement les choses divines par la transmission progressive d’un enseignement qui ne peut être compris que par ceux qui y sont prêts. Cet enseignement consiste là-aussi à avancer sur le chemin de la connaissance de soi, par un dépouillement continuel.

Voir aussi notre article : La recherche de la vérité en franc-maçonnerie.

L’abandon du désir de vérité : le silence.

Dans beaucoup de traditions spirituelles, le désir de trouver la vérité aboutit à l’effet inverse : il éloigne de la vérité.

C’est au contraire l’abandon de la “soif de savoir” qui peut nous aider à trouver le chemin. C’est paradoxalement le fait de réaliser que nous ne savons rien et que nous ne sommes rien qui peut faire surgir la vérité. Il faut alors apprendre à nous détacher de ce que nous avons appris et que nous considérons comme vrai.

L’accès à la vérité se fait alors plus par le silence que par de longs raisonnements. Les verbiages cessent, la boue se dépose au fond de l’eau, l’évidence apparaît.

Au final, qu’est-ce que la vérité ?

Croire que la vérité est une accumulation de savoirs scientifiques serait faire fausse route. Les savoirs scientifiques ne peuvent être que des vérités éphémères.

Sur le plan spirituel, la vérité est une expérience intime qui mène à la joie et à la sérénité. La vérité est le “royaume” ou le nirvana, l’acceptation totale des choses telles qu’elles sont.

Au final, la définition de la vérité a quelque chose à voir avec :

  • le “chemin” : c’est la voie qui consiste à traverser différents paliers de dépouillement personnel,
  • l’amour : c’est la tolérance, l’acceptation, la compassion, l’absence de jugement. C’est aussi et surtout l’amour de la vie. Car la vie est la beauté, le sens de l’existence.
  • la sagesse : c’est une éthique de vie reposant sur des valeurs telles que la tempérance, la modération, la prudence, la sincérité, l’humilité ou encore le discernement.
  • la paix intérieure : c’est l’acceptation des choses telles qu’elles sont. C’est le calme de la méditation ou de la contemplation. C’est aussi l’idée que tout est en ordre ici bas, contrairement aux apparences.
  • l’équilibre : c’est l’idée que chaque pensée ou action peut créer un déséquilibre qui devra trouver son pendant. L’action et la pensée juste consistent à se placer dans l’ordre des choses, sans provoquer de disharmonie.
  • le silence : c’est renoncer aux bavardages inutiles pour s’ouvrir à la réalité, en toute authenticité.

Ainsi la sagesse et la paix intérieure mènent à accepter toute chose. La compréhension universelle consiste à reconnaître que tout peut s’expliquer par l’enchaînement logique des causes. Paradoxalement, la vérité est donc aussi l’acceptation du mensonge et de l’erreur.

Au final, le sage est peut-être celui qui comprend que, dans notre monde, tout est vrai.

Lire aussi notre article : La différence entre vérité et réalité.

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