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La contemplation : définition philosophique et spirituelle

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La contemplation : définition philosophique et spirituelle. Quel rapport avec la prière et la méditation ? Quelle différence avec l’émerveillement ?

Pratique personnelle, mystique ou religieuse, la contemplation vise à développer un autre regard sur les choses et un nouveau rapport au monde.

La contemplation consiste en un élargissement et un approfondissement du champ perceptif. Il s’agit d’un effort conscient visant à modifier sa vision classique des choses pour être plus en phase avec la réalité, la vérité, ou les choses divines.

Au quotidien, nos perceptions sont en effet très partielles et orientées. Nos habitudes, nos contraintes, nos désirs, nos attentes, nos peurs, nos anticipations, nos croyances et nos illusions déforment notre regard. Nous voyons ce que nous voulons bien voir, ou ce qui nous est utile de voir.

Contempler, c’est donc porter son attention sur ce qui est devant nous mais que nous ne voyons plus. C’est aussi se réinstaller dans le présent en se détachant de tout souvenir passé ou projection future.

La pratique de la contemplation ne demande aucun don particulier, si ce n’est celui de prendre le temps d’observer, d’arrêter son regard, de passer au-delà des obstacles à la vision pure.

Tentons une définition philosophique et spirituelle de la contemplation.

La contemplation : définition philosophique et spirituelle.

La contemplation peut avoir un sens différent selon qu’elle mobilise les sens (vue, ouïe), ou l’intellect. On distingue alors contemplation concrète et abstraite.

Définition de la contemplation dans la Grèce antique.

Dans la philosophie de la Grèce antique, la théôria (mot qui a donné “théorie”) est la contemplation des idées, l’examen des concepts.

Cette attitude permet au philosophe de se libérer du sensible, de se détacher de “l’opinion” et de ses conditionnements pour approcher la connaissance pure et parfaite. La contemplation vise à la maîtrise de soi (sagesse) ; elle permet d’accéder à la réalité et à la connaissance de Dieu.

Pour Platon en particulier, la contemplation est l’observation théorétique des idées, c’est-à-dire un regard qui vise à la connaissance pure des concepts.

De même, en théologie, la contemplation désigne l’exercice qui consiste à concentrer son esprit sur les questions religieuses.

La définition de la contemplation dans le sens commun.

Dans son sens commun, la contemplation est l’observation attentive, non plus des idées mais des choses, qui se traduit par une absorption complète de l’être dans les choses perçues. Il n’y a ni raisonnement ni analyse. La contemplation se fait dans le calme mental et le silence intérieur, l’observateur se laissant aspirer par les choses qui composent son environnement.

Dans tous les cas, la contemplation permet l’ouverture de la conscience.

La contemplation : définition chrétienne.

Dans le catholicisme, la contemplation a un sens particulier qui s’éloigne de la contemplation des choses physiques. Elle est un moyen d’accéder au divin.

Si la prière “classique” permet de s’adresser à Dieu, la prière contemplative (aussi appelée oraison silencieuse ou prière méditative) consiste à expérimenter à l’intérieur de soi la présence divine, dans toute sa puissance.

La contemplation est donc une forme de prière silencieuse, dont l’objet est la cessation de l’activité du mental pour favoriser la rencontre avec Dieu. Il s’agit de s’élever en détournant l’attention de tout ce qui n’est pas Dieu. Cette forme de contemplation implique de se détacher de son “moi” et de toutes ses illusions, afin d’approcher le Royaume et de goûter, peut-être, à la vie éternelle.

A noter que certains ordres religieux prônent une vie contemplative, parfois vue comme une véritable quête mystique menant à la béatitude et à la grâce.

Pourquoi contempler ? Que contempler et comment ?

Pourquoi contempler ?

  • En tant qu’observation des choses, la contemplation permet d’entrer dans le territoire du réel.
  • En tant qu’observation des idées, elle permet d’entrer dans le territoire du vrai.
  • Dans son sens religieux, elle permet d’entrer dans le territoire de Dieu.

Bien entendu, le réel, le vrai et le divin désignent la même chose : il s’agit d’approcher la beauté et la perfection de toute chose.

La contemplation vise à cultiver un regard pur et lucide, en sautant l’obstacle du “moi”. Il s’agit de s’offrir au cosmos et à Dieu, de se laisser traverser par l’essentiel, de fusionner avec le Tout.

Contempler, c’est donc faire le choix d’être présent au monde. C’est communier avec toute chose, bien conscient d’être dans le flux de la création en cours.

Menant naturellement au bonheur, la contemplation donne aussi du sens à la vie. Elle constitue peut-être même le sens de la vie si l’on considère, par exemple, que la raison de notre existence sur Terre est de contempler la merveilleuse œuvre de Dieu. La contemplation peut même nous amener à comprendre que nous sommes potentiellement Dieu qui contemple son œuvre.

Que contempler ?

La contemplation peut consister à porter une attention pure :

  • à la nature,
  • au temps qui passe,
  • aux idées et aux questions (vision platonicienne),
  • aux œuvres d’art,
  • ou à soi-même : il s’agit alors de comprendre qui nous sommes, sans bien sûr tomber dans le narcissisme.

Comment contempler ?

Comme la méditation, la contemplation consiste d’abord à apaiser son mental, ce qui peut se faire en fermant les yeux et en adoptant une position assise, bien droite.

S’il est impossible de fuir totalement ses pensées, cela consiste à essayer de ne plus s’attacher à elles. Peu à peu, l’activité psychique ralentit. Les sentiments, inquiétudes, désirs, regrets disparaissent.

Il est alors possible de rouvrir les yeux, de se lever, et, tout en restant dans cette disposition mentale, d’observer le monde.

L’expérience d’un nouveau regard se fait alors, sans jugement, bienveillant, bien ancré dans le présent. Un chemin apparaît, celui de l’acceptation et de l’amour.

Au final, la contemplation est un recentrage qui mène à la fois à un sentiment de plénitude (“je suis tout”) et de vacuité (“tout me traverse”), rappelant le symbolisme du miroir.

Dans le bouddhisme, la contemplation peut être assimilée à la vue profonde (vipassana), obtenue par la méditation.

Contemplation versus action.

On oppose souvent contemplation et action. L’attitude contemplative est critiquée pour tendre à une indifférence par rapport aux problèmes du monde et à la misère des hommes. Contempler peut sembler déplacé alors qu’il y a tant à faire pour les autres.

Pourtant, la contemplation n’est pas incompatible avec l’action. Il est même possible de contempler sa propre action : une attitude de recul qui permet d’arriver à l’action juste, authentique, proche du non-agir taoïste.

De la contemplation à l’émerveillement.

La contemplation peut mener à l’émerveillement, sorte de révélation finale, spontanée et inattendue.

L’émerveillement est un sentiment plus ou moins évanescent, une illumination mêlée d’étonnement, qui peut aller jusqu’aux larmes : ces larmes sont celles de celui qui a réussi à déchirer tous ses voiles pour entrer en sympathie avec le Tout.

Voir aussi notre article : L’émerveillement, définition philosophique et spirituelle

Citations sur la contemplation.

La contemplation du temps est la clé de la vie humaine. Simone Weil

Les mystères sont des objets de contemplation, non des énigmes à élucider. André Frossard 

Est miroir, tout ce qui est digne de contemplation. Vincent de Beauvais 

Si le coeur ne contemple pas, l’oeil ne verra pas. Proverbe caucasien

Si à midi le roi te dit qu’il fait nuit, contemple les étoiles. Proverbe persan

Ne vous croyez ni grand ni petit ! Contemplez. Victor Hugo

Le contemplatif est celui pour qui l’envers vaut plus que l’endroit. Pierre Reverdy 

Pour votre bibliothèque :

  • La petite voix, d’Eileen Caddy. Un petit trésor de méditation quotidienne : une pensée à lire chaque soir.

Modif. le 28 juin 2020

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