Press "Enter" to skip to content

Le non-agir du taoïsme : qu’est-ce que c’est ?

5/5 (1)

Le non-agir du taoïsme ou wuwei : quelle définition ? Quel est le principe et la philosophie du non-agir ? Y a-t-il des techniques pour entrer dans la non-action ?

Le Tao Te King ou “Livre de la Voie et de la Vertu” aurait été écrit vers 600 avant J.-C. par Lao Tseu, le fondateur du taoïsme.

Le taoïsme est donc l’enseignement de la Voie, qui consiste à se placer en harmonie avec la nature, en découvrant son authenticité primordiale.

Un des grands principes du taoïsme est celui du non-agir (wu wei, wuwei ou wou wei), qui ne veux pas dire “ne rien faire”, mais plutôt agir dans l’ordre des choses, en étant conscient que c’est la Vie qui dirige chaque action.

La confiance en la nature est au coeur du non-agir, de la même manière que l’eau d’une rivière suit son cours sans se poser de question.

La doctrine du non-agir invite à ne pas entreprendre d’action contraires à la nature. D’une certaine manière, c’est accepter son destin, c’est arrêter de croire que nous pouvons tout influencer, c’est nous remettre à notre juste place.

Pratique le non-agir, 
et chaque chose prendra sa place.
Tao Te King, 3

Voyons ce qu’est précisément le non-agir et comment le traduire dans la vie quotidienne.

Le non-agir : définition.

Citons ce passage du Tao Te King :

Ainsi le Maître
agit sans rien faire
et enseigne sans rien dire.
Les choses apparaissent et il les laisse venir ; 
les choses disparaissent et il les laisse partir.
Il a, mais ne possède pas,
agit, mais n’attend rien.
Tao Te King, 2

Le non-agir consiste donc à laisser venir les choses à soi, sans rien désirer, sans rien attendre, sans rien espérer.

Car ce sont précisément les désirs, les attentes et les espoirs qui créent un décentrage par rapport à la Nature, et qui portent la souffrance. Le non-agir invite à se laisser absorber dans le cours des choses : c’est l’acceptation du monde tel qu’il est, mais aussi l’acceptation de soi-même et des autres tels qu’ils sont.

Le philosophie du non-agir.

Le non-agir de Lao Tseu est une véritable philosophie de vie : c’est laisser de côté nos illusions, nos jugements de valeur et nos faux espoirs.

Ainsi :

  • le bien et le mal n’existent pas dans l’absolu,
  • les lois de la Nature font que tout est ordre et harmonie,
  • il ne tient qu’à nous de voir et accepter cet ordre éternel.

Le non-agir est donc aussi un “non-juger”, une invitation à fuir le tumulte de nos interprétations vaines, en effet :

Lorsque les gens voient certaines choses comme belles,
D’autres deviennent laides.
Lorsque les gens voient certaines choses comme bonnes,
D’autres deviennent mauvaises.
Tao Te King, 2

Le non-agir : une philosophie dangereuse ?

Pour nous occidentaux, le non-agir est difficile à concevoir car il semble contraire à notre vision de la société et à nos valeurs, au premier rang desquelles la volonté, le travail, la persévérance, la liberté, le développement économique, la justice ou encore le progrès. Le non-agir peut être vu comme une forme de passivité néfaste…

Pourtant, le non-agir du taoïsme n’est pas absence d’action, ni rejet de la civilisation.

Loin de prôner le désœuvrement, le non-agir suggère au contraire une action naturelle, douce, équilibrée, qui va de pair avec une acceptation de son destin propre. Il suggère une attitude de réceptivité et de disponibilité maximale face aux événements et aux situations qui se présentent.

Ainsi, l’homme entre dans la voie de la sagesse :

  • il arrête de penser qu’il est la mesure de toute chose,
  • il écoute au lieu de s’opposer,
  • il tolère au lieu de rejeter,
  • il ramène son ego à sa juste place.

Ainsi le non-agir n’est pas absence d’action, mais recul extrême par rapport à l’action.

Il ne s’agit pas de renoncer à ses convictions, mais de se regarder agir dans le monde, sans rien attendre, sans rien espérer “pour soi”.

La voie de la sagesse.

Le non-agir implique un certain niveau de conscience et de connaissance de soi, du monde et des autres.

Les actions ou comportements des uns et des autres ne sont pas “bien” ou “mal”, ils sont le résultat d’un ensemble de causes qu’il faut comprendre et accepter.

L’acceptation mène à la paix en soi, à la sérénité et au bonheur. C’est la sagesse.

Cependant, le sage ne doit pas revendiquer la sagesse, ou vouloir la sagesse, car ce serait là un nouveau désir qui l’éloignerait précisément de cette sagesse :

Le Maître reste en retrait ;
c’est pourquoi il est en avance.
Il est détaché de toutes choses ;
c’est pourquoi il est un avec elles.
Parce qu’il s’est libéré de lui-même,
il est parfaitement accompli.
Tao Te King, 7

As-tu la patience d’attendre
jusqu’à ce que ta boue se dépose et que l’eau soit claire ?
Peux-tu rester immobile
jusqu’à ce que l’action survienne d’elle-même ?
Le Maître ne recherche pas l’accomplissement.
Ne cherchant rien, n’attendant rien,
il est présent et peut accueillir toute chose.
Tao Te King, 15

La technique du non-agir.

Au quotidien, le non-agir taoïste est une éthique comportementale tendant à l’humilité, à l’altruisme, à la tolérance, à la douceur et à l’équilibre.

Mais il ne s’agit pas d’exiger une amélioration personnelle en ce sens, précisément parce que cette exigence égoïste irait à l’inverse de l’objectif visé. C’est tout le paradoxe du non-agir.

Voir aussi notre article : Faut-il se libérer de son ego ?

En réalité, le taoïsme invite d’abord à comprendre le mécanisme du malheur et de la souffrance en soi :

Emplis ton bol à ras bord
et il débordera.
Aiguise ton couteau sans relâche
et il s’émoussera.
Cours après l’argent et la sécurité
et ton coeur ne s’apaisera jamais.
Soucie-toi de l’approbation des gens
et tu seras leur prisonnier.
Tao Te King, 9

Ainsi, le non-agir invite :

  • à observer son ego plutôt que tenter de s’en détacher,
  • à observer ses ambitions plutôt que de tenter de les effacer,
  • à remettre en cause ce que l’on croit savoir,
  • à interroger ce que l’on désire,
  • à comprendre que le succès peut être aussi dangereux que l’échec,
  • à comprendre que l’espoir est aussi vain que la peur,
  • à apprendre à ne rien attendre de ses actes,
  • à reconnaître que l’on peut être content de ce que l’on a,
  • à accepter une vie plus simple.

Avoir sans posséder,
agir sans rien attendre,
diriger sans tenter de contrôler :
ceci est la suprême vertu.
Tao Te King, 10

Fais ton travail, puis retire-toi.
La seule voie vers la sérénité.
Tao Te King, 9

Un certain niveau de conscience.

Pratiquer le non-agir, c’est atteindre un certain niveau de conscience. C’est reconnaître que tout est issu de la même source : le Tao, principe créateur unique.

Ce niveau de conscience peut se décrire comme une attention diffuse et non focalisée, non précipitée, non bloquée par des perceptions particulières et orientées. C’est une manière de s’observer penser et faire, d’observer les autres et le monde sans anticiper quoi que ce soit. Ainsi le mental et la peur s’effacent pour laisser place à la sérénité.

S’inscrire dans le non-agir et dans le Tao, c’est être comme lui, lui qui n’a “aucun désir pour lui-même” : “ainsi est-il présent pour tous les êtres.”

 

Voir aussi nos articles :

Vous pouvez noter cet article !

Mission News Theme by Compete Themes.
%d blogueurs aiment cette page :