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Le stoïcisme : définition de ce courant philosophique

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Qu’est-ce que le stoïcisme en philosophie ? Définition. Quels sont les philosophes du stoïcisme ? En quoi le stoïcisme peut-il mener au bonheur ?

Fondé par le grec Zénon de Kition en 301 avant J-C, le stoïcisme (à l’origine “Ecole du Portique” en référence à la galerie située dans l’agora d’Athènes où Zénon donnait son enseignement) est une doctrine philosophique moniste et déterministe qui invite à accepter les choses telles qu’elles sont.

Le stoïcisme s’est épanoui dans la Grèce antique (stoïcisme ancien, stoïcisme moyen) mais aussi et surtout dans l’Empire romain, à travers des penseurs tels que Sénèque, Épictète ou Marc-Aurèle, dont les textes nous sont parvenus complets. Le stoïcisme romain, dit “stoïcisme impérial”, est le plus célèbre.

Le stoïcisme vise à la compréhension de la loi universelle, à la sagesse et au bonheur. Le stoïcisme a largement évolué vers une éthique de vie consistant à se détacher des choses pour trouver une certaine forme de liberté intérieure.

Voici une définition simple et un résumé de la pensée stoïcienne.

Le stoïcisme : définition de cette doctrine philosophique.

Le stoïcisme développe d’abord une certaine conception du monde et de l’existence, fondée sur :

  • la logique et la raison :
    • la matière porte en elle-même la raison,
    • le monde est ordre, plénitude et perfection (voir aussi notre article sur la sympatheia stoïcienne),
  • le panthéisme : Dieu est la Nature elle-même, dans toute son unité ; Dieu est immanent,
  • les cycles : le monde et les choses se caractérisent par un éternel retour,
  • l’enchaînement causal et l’interdépendance : tout ce qui arrive est conforme aux lois universelles, tous les événements sont liés, imbriqués et nécessaires (vision déterministe). Tout est logique et ordonné,
  • le destin : il gouverne le monde. Nietzsche, dans une approche très stoïcienne, parle d’amor fati : c’est l’amour du destin, le fait d’accepter son destin.

Le stoïcisme est ensuite une éthique de vie, fondée sur :

  • la reconnaissance que les choses sont telles qu’elles doivent arriver,
  • l’acceptation : il ne s’agit pas de vouloir changer les choses, mais la vision qu’on en a. Il ne tient qu’à nous de reconnaître que les événements tels qu’ils se présentent sont le fait de l’ordre divin, de la volonté de la Nature,
  • la sagesse et la tempérance : l’objectif du stoïcien est de parvenir à l’ataraxie (absence de trouble) et à l’apatheia (apathie dans le sens d’impassibilité, d’absence de passion) : c’est la maîtrise de soi,
  • le bonheur : il s’agit de ne plus se laisser atteindre par ce qui ne dépend pas de nous. Il faut :
    • abandonner nos illusions,
    • prendre conscience de nos conditionnements,
    • se préparer aux difficultés,
    • vivre en harmonie avec les lois de la Nature,
    • tout cela mène à la sérénité, à la paix intérieure et au bonheur.

Stoïcisme et liberté.

La question de la liberté dans le stoïcisme est paradoxale. 

L’enchaînement des causes décrit par les stoïciens rend l’homme prisonnier de son destin : il est impossible de s’écarter durablement de sa destinée sans subir un juste retour des choses. Mais il reste à l’homme une part de liberté, celle de souffrir ou au contraire d’accepter le cours de son existence.

L’état d’esprit stoïque consiste à lâcher-prise pour se détacher de ses fausses représentations mentales, de ses pensées illusoires. L’abandon des passions vaines et des désirs factices permettra à l’individu de retrouver une forme de liberté intérieure.

Le bien et le mal dans le stoïcisme.

Dans la morale stoïcienne, tout ce qui arrive est conforme aux lois de la Nature : il n’y a donc ni bien ni mal.

Pour les stoïciens, les notions de bien et de mal naissent uniquement de l’opinion ou de l’intention.

Les événements, les actes extérieurs à la pensée sont, eux, indifférents au bien et au mal.

Ainsi, l’idée du mal apparaît à notre esprit lorsque nous refusons de comprendre les lois universelles qui gouvernent le monde.

La substance du Tout est docile et plastique. La raison qui la règle n’a en elle-même aucun motif de mal faire, car elle n’a rien de mauvais, ne fait aucun mal et ne cause aucun dommage à rien. Tout naît et s’achève par elle. Marc-Aurèle

Lire aussi notre article : Le mal existe-t-il ?

Les similitudes du stoïcisme avec le bouddhisme et le taoïsme.

Par de nombreux aspects, la définition du stoïcisme rappelle le bouddhisme :

  • ces deux philosophies considèrent que la souffrance et le malheur proviennent de l’ignorance et de l’illusion que nous pouvons maîtriser les choses,
  • la loi de causalité, l’interdépendance et l’impermanence se retrouvent aussi bien dans le bouddhisme que dans le stoïcisme. C’est l’idée que tout est interconnecté, que rien ne dure, et donc qu’il est vain de s’attacher aux choses,
  • les deux doctrines appellent à la pratique d’exercices spirituels : prières et méditations,
  • les deux doctrines sont d’essence pragmatique,
  • le but final est le détachement, la sagesse et le bonheur.

Le taoïsme lui-aussi présente de nombreuses similitudes avec le stoïcisme. Citons quelques passages du Tao Te King de Lao Tseu qui auraient pu être écrits par les philosophes stoïciens :

Fais confiance à la vie telle qu’elle est.
Aime le monde comme toi-même.
Tao Te King, 13

Souhaites-tu rendre le monde meilleur ?
Je ne pense pas que cela puisse se faire.
Le monde est parfait.
On ne peut le rendre meilleur.
Le Maître voit les choses comme elles sont,
sans tenter de les contrôler.
Il les laisse suivre leur cours,
et demeure au centre.
Tao Te King, 29

Sois content de ce que tu as ;
réjouis-toi de la réalité telle qu’elle est.
Quand tu comprends que rien ne manque,
le monde entier t’appartient.
Tao Te King, 44

Si tu comprends que tout change,
il n’est rien auquel tu tenteras de t’attacher.
Tao Te King, 74

Une critique du stoïcisme.

Le stoïcisme pourrait être vu comme une faiblesse ou une inaction, puisqu’il s’agit d’accepter sans discuter les choses telles qu’elles sont.

Ce n’est pourtant pas l’esprit du stoïcisme. Le stoïcisme n’appelle pas à l’inaction, qui serait lâcheté ou vaine tentative de fuir son destin. Il invite au contraire à accepter sa destinée et les choses telles qu’elles se présentent : cela consiste à vivre pleinement, réellement et consciemment.

Il ne s’agit donc pas de s’arrêter de vivre, mais de prendre de la distance par rapport aux choses, tout en développant une certaine forme de lucidité. Cette approche rappelle le non-agir du taoïsme.

Une autre critique du stoïcisme pourrait concerner la possibilité de tout accepter. Il y a en effet des choses inacceptables, des choses qu’aucun être humain ne peut supporter. L’injonction stoïcienne semble dans certaines situations impossible, voire inappropriée.

Mais précisément, l’acceptation doit aller jusqu’à accepter la non-acceptation. Il s’agit d’être bienveillant et compréhensif à l’égard de ceux (ou soi-même) qui éprouvent, dans certains cas, de la colère : l’acceptation doit aller jusque-là.

Lire aussi notre article sur l’acceptation.

Le stoïcisme aujourd’hui : une philosophie de vie ?

L’homme occidental, consommateur, accumulateur, ambitieux et pressé, se croit autonome par rapport à la Nature. Ignorant ce qui le conditionne, il pense être libre. Il se permet de tout juger en bien et en mal, de rejeter tout ce qui ne lui convient pas. Dominé par ses désirs, il est souvent frustré ou malheureux.

Or le stoïcisme peut constituer une réponse aux maux de notre civilisation.

Comment devenir stoïcien aujourd’hui ?

Il s’agit d’abord de réfléchir sur ce que nous sommes : non pas des êtres libres et autonomes, mais des êtres déterminés par le monde qui nous entoure et par notre héritage (éducation, culture, famille, génétique), ou encore par nos relations et notre vécu.

Il est important de comprendre que la plupart de nos pensées et de nos comportements sont causés par des éléments extérieurs à nous. Nous sommes une conjonction de causes qu’il convient d’identifier.

Cette approche nous libère de nos illusions : illusion que nous pouvons tout maîtriser, que nous pouvons tout savoir, tout posséder, tout nous permettre.

La connaissance de soi mène aussi à la connaissance de l’autre : c’est la voie de la tolérance, de l’empathie et de l’amour. Les autres agissent et pensent en fonction de causes que nous devons là encore faire l’effort de comprendre.

Nous devons donc renoncer à nos désirs et à nos jugements de valeur. Il s’agit de nous placer dans le calme et l’ordre des choses, ce qui nous amènera à nous reconnecter avec nous-même, avec la Nature et avec le cosmos.

Citations de stoïciens célèbres.

Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d’accepter ce que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux changer, et la sagesse d’en connaître la différence.
Prière de la sérénité, Marc-Aurèle

Tout est opinion. Et l’opinion dépend de toi.
Marc-Aurèle

Le temps de la vie de l’homme, un instant ; sa substance, fluente ; ses sensations, indistinctes ; l’assemblage de tout son corps, une facile décomposition ; son âme, un tourbillon.
Marc-Aurèle (réflexion sur l’impermanence)

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve.
Héraclite (réflexion sur l’impermanence ; à noter qu’Héraclite n’est pas à proprement parler un philosophe stoïcien)

Supporte et abstiens-toi ǃ
Epictète

Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont.
Epictète

Ne demande point que les choses arrivent comme tu le désires, mais désire qu’elles arrivent comme elles arrivent, et tu prospéreras toujours.
Epictète

Quel est donc l’homme invincible ? C’est celui que rien ne peut troubler, rien de ce qui est indépendant de sa personne.
Epictète

Méditer la mort, c’est méditer la liberté ; celui qui sait mourir, ne sait plus être esclave.
Sénèque

La déception est bien moins pénible quand on ne s’est point d’avance promis le succès.
Sénèque

Personne ne se soucie de bien vivre , mais de vivre longtemps, alors que tous peuvent se donner le bonheur de bien vivre, aucun de vivre longtemps.
Sénèque

Je suis d’accord en cela avec les stoïciens, concernant la nature des choses : ne pas s’en écarter, se former sur sa loi, voilà la sagesse. La vie heureuse est donc celle qui est en accord avec sa nature.
Sénèque

La véritable sagesse consiste à ne pas s’écarter de la nature, mais à mouler notre conduite sur ses lois et son modèle.
Sénèque

L’espoir est la plus grande entrave à la vie. En prévoyant demain, aujourd’hui se perd.
Sénèque

Le bon juge condamne le crime sans condamner le criminel.
Sénèque

Pour tout objet qui t’attire, te sert ou te plaît, représente-toi bien ce qu’il est. Si tu aimes un pot de terre, dis-toi : “J’aime un pot de terre.” S’il se casse, tu n’en feras pas une maladie. En serrant dans tes bras ton enfant ou ta femme, dis-toi : “J’embrasse un être humain.” S’ils viennent à mourir, tu n’en seras pas autrement bouleversé.
Epictète

Tout dire, tout faire et tout penser en homme qui peut sortir à tout moment de la vie.
Marc-Aurèle

Tu as vu cela ? Vois ceci encore. Ne te trouble pas ; fais-toi une âme simple.
Marc-Aurèle

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