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Le mal existe-t-il ?

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Le mal existe-t-il ? Qu’est-ce que le mal et quelle est son origine ? Peut-on expliquer le mal ? 

La question du mal est centrale dans la philosophie et les religions, et a conduit à de nombreuses interprétations.

La première question est de savoir d’où vient le mal. Si le mal existe, il peut avoir différentes origines : Dieu, Satan, ou l’homme lui-même.

Une autre question est de connaître la nature du mal. Il semble en effet y avoir :

  • un mal intime, c’est-à-dire ressenti au niveau individuel. Il est indissociable du jugement porté sur les autres et sur soi-même. Le mal est alors perçu comme ce qui nuit, ce qui est inapproprié ou ce qui fait souffrir.
  • un mal universel : perçu au niveau de la société, le mal est ce qui est injuste ou immoral, à l’opposé du bien qui consisterait à respecter les lois et la morale, par exemple Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse.

On peut aussi distinguer le “mal naturel” (maladie, catastrophes naturelles…) et le “mal radical” causé par l’homme contre l’homme (guerre, torture, barbarie, domination…). Le second pose un véritable problème moral.

Voyons comment expliquer et définir le mal.

Dans le judaïsme, le christianisme et l’Islam.

Pour les religions monothéistes, la question du mal est un véritable paradoxe : en effet, comment expliquer la présence du mal dans le monde si l’on croit à un Dieu unique, créateur de toute chose ? Dieu n’aurait jamais pu créer le mal…

La réponse est sans doute que le mal ne peut exister “en lui-même” : il ne peut avoir été créé, il n’a pas d’existence propre. Seuls les manichéens dualistes considèrent que le mal existe indépendamment du bien : selon eux, il y aurait un Dieu du mal et un Dieu du bien.

Par conséquent, les catholiques considèrent que le mal vient de l’homme lui-même : il en porte la responsabilité en se détournant de la loi divine, autrement dit en commettant le péché. Cette idée est indissociable de la notion du libre-arbitre développée par Saint Augustin.

De manière générale, dans le judaïsme, le christianisme et l’Islam, Lucifer, Satan et le diable désignent des créatures créées parfaites par Dieu, mais qui ont chu en voulant se mettre au même niveau que lui. Le mal signifie alors rejeter Dieu, s’opposer à lui. Ces créatures répandent leur mauvaise influence sur les hommes par la tentation.

Précisément, la “tentation” est au coeur du mythe de l’arbre de la connaissance du bien et du mal :

Genèse, 3, 4-6 :
1) Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l’Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme : Dieu a-t-il réellement dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ?
2) La femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.
3) Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin
[l’arbre de la connaissance du bien et du mal], Dieu a dit : Vous n’en mangerez point et vous n’y toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
4) Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ;

5) mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et que vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.
6) La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence ; elle prit de son fruit, et en mangea ; elle en donna aussi à son mari, qui était auprès d’elle, et il en mangea.

Le serpent tentateur, autrement dit Satan, réussit à convaincre Adam et Ève qu’ils peuvent apprendre à distinguer le bien et le mal, et donc s’élever au même niveau que Dieu. Ils croquent le fruit par orgueil et ambition, mais le résultat est terrible : ils découvrent instantanément la honte, la souffrance, le travail et la mort. Ils expérimentent directement le mal, alors que le bien devient le paradis perdu, désormais fermé et inaccessible.

Comment interpréter cette légende ? Il semble que l’erreur consiste précisément à vouloir distinguer le bien du mal. Car le bien et le mal ne sont au final que des concepts illusoires. L’erreur est de penser que le bien et le mal existent en eux-mêmes, de façon séparée et irréconciliable, et donc qu’il faudrait pouvoir les distinguer. C’est l’oubli que Dieu a créé toutes les choses de manière parfaite.

En réalité, le bien et le mal n’existent que si on veut les voir : c’est l’auto-illusionnement.

Le comportement juste consisterait au contraire à se tenir près de Dieu, à chercher à le connaître, et à respecter ses lois. Car lui-seul porte le Bien véritable, infini, universel. Jésus identifie ce Bien à la Vie et à l’Amour, cette force qui embrasse et englobe toute chose, y compris le mal lui-même.

L’Arbre de Vie, planté au centre du Jardin d’Eden, est le symbole de cet Amour : il est l’axe du monde qui invite à tout accepter. Le mal s’efface alors.

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Dans le taoïsme.

La vision taoïste s’inscrit dans la continuité de l’analyse précédente. Lao-Tseu décrit le tao (source de toutes les choses) comme ce qui donne naissance à tous les phénomènes, au bien comme au mal. En tant que Bien suprême, le tao dépasse les notions de bien et de mal.

Le Tao ne prend pas parti ;
il donne naissance au mal comme au bien.
Le Maître ne prend pas parti ;
il accueille les pécheurs comme les saints.
Tao Te King, 5

Le bien suprême est comme l’eau,
qui nourrit toutes choses sans en avoir l’intention.
Elle se contente des places inférieures que les autres dédaignent.
Ainsi elle est comme le Tao.
Tao Te King, 8

Pour Socrate : pas de mal intentionnel.

Socrate pointe le fait que le mal ne peut être commis de manière intentionnelle.

En effet, pour Socrate, il faut déjà savoir ce qu’est la vertu pour être vertueux. Ainsi, un ignorant ne peut être conscient qu’il agit en mal, puisqu’il n’a pas la connaissance de ce qui est bien ou mal. Chaque individu agit selon sa propre perception de ce qui est bien ou mal.

Socrate sous-entend que le bien et le mal sont relatifs : chaque individu agit de la meilleure manière possible, en fonction de ses contraintes, de ses connaissances et de son éducation.

Ainsi, un meurtrier, un voleur ou un terroriste n’auront pas l’impression d’agir en mal, aveuglés qu’ils sont par leur ignorance, leur folie ou leur fanatisme. De leur point de vue, leurs actes sont rationnels et justifiés, et ils n’ont pas tort.

De même, on ne peut faire le mal par plaisir, car ce serait là une pathologie, c’est-à-dire une cause suffisante en elle-même pour expliquer ce comportement.

Cette vision introduit les notions de tolérance et le progrès social : il ne s’agit pas d’excuser les comportements, mais de les comprendre, en s’interrogeant sur notre part de responsabilité dans le fait qu’ils existent ou se développent.

Le mal est avant tout une souffrance intime.

Sur le plan intime, la perception du mal est liée :

  • d’une part, à l’ignorance des causes (c’est la thèse de Socrate) : c’est notre méconnaissance de ce qui conduit certaines personnes à “mal” se comporter. Entre autres : les prédispositions physiques et psychologiques, l’histoire personnelle, les influences de l’environnement, les conditions de vie, l’éducation reçue, la culture familiale, etc.
  • d’autre part, à certaines prédispositions ou troubles psychologiques, par exemple :
    • la peur : on a en effet tendance à juger mauvais et à rejeter ce qui nous menace,
    • le manque de confiance en soi,
    • la susceptibilité : les personnes susceptibles ont tendance à voir le mal partout, imaginant qu’on les agresse gratuitement,
    • l’égocentrisme,
    • le narcissisme,
    • les délires de persécution,
    • etc.

Ainsi, le mal est avant tout une souffrance personnelle. Les individus en souffrance auront tendance à voir le mal partout, alors que les personnes équilibrées accepteront plus facilement les choses.

Au final, il semble que la seule manière de dissiper l’illusion du mal consiste à mieux connaître les causes des comportements qui nous semblent mauvais, et surtout à mieux nous connaître nous-mêmes, c’est-à-dire à pénétrer dans les méandres de notre psychologie.

Le mal, c’est penser que le mal existe.

Nous l’avons vu, il ne peut y avoir de mal intentionnel. L’erreur consiste à penser que le mal existe par lui-même, ce qui est proprement impossible. Plutôt que de pointer du doigt le mal, il faudrait commencer par comprendre, aider, éduquer, aimer.

Pourtant, sur un plan universel, certains comportements restent inadmissibles, inacceptables et révoltants. C’est la raison pour laquelle la société et la communauté internationale définissent des lois et des règles que tout le monde doit connaître et respecter. Ceux qui les refusent sont jugés et sanctionnés.

La Justice consiste précisément à trouver le juste équilibre entre la compréhension de l’humain et le nécessaire maintien de l’ordre social…

Remarque : Dans le roman Esther Jones et les 7 secrets de la Croix, d’Adrien Choeur, la compréhension du mal constitue le deuxième secret qui permet d’accéder aux reliques de la Croix de Jésus.

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