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L’ignorance : définition philosophique et spirituelle

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L’ignorance : définition philosophique. Comment sortir de l’ignorance ? Y a-t-il différentes sortes d’ignorance ? Analyse.

La définition de l’ignorance en philosophie (du latin ignorare, ignorer) est l’écart entre la réalité et la perception qu’on en a, la réalité étant ici vue comme la conformité au réel, c’est-à-dire la vérité.

La difficulté vient du fait que la vérité est inaccessible à l’Homme du fait de sa condition, par nature subjective. L’être humain serait donc par définition ignorant.

L’ignorance peut prendre la forme :

  • d’une erreur de logique ou de raisonnement,
  • d’une croyance plus ou moins rationnelle. Les croyances et les dogmes enferment dans les certitudes, laissant peu de place au doute et à la réflexion,
  • d’une superstition : c’est le fait d’expliquer les choses par des causes irrationnelles ou fantaisistes,
  • d’un préjugé : le préjugé apparaît à l’esprit comme une évidence alors qu’il est fortement conditionné,
  • d’une illusion : les illusions sont principalement causées par la subjectivité et l’ego ; c’est en particulier l’illusion de posséder la vérité,
  • ou tout simplement d’une absence de savoir.

L’ignorance s’oppose donc au savoir ou à la connaissance. Il faut toutefois distinguer ces deux termes :

  • le savoir est une accumulation d’informations ; il peut s’enseigner et se transmettre,
  • la connaissance est l’accession à la vérité ultime. La connaissance est une découverte intime, elle ne peut faire l’objet d’un enseignement.

Enfin et surtout, il y a deux sortes d’ignorance : l’ignorance inconsciente et l’ignorance consciente. Dans le second cas, l’individu sait qu’il est ignorant, c’est d’ailleurs ce qui peut l’aider à sortir de son état.

La définition de l’ignorance est donc plus subtile qu’il n’y paraît…

Entrons dans l’ignorance et sa définition.

L’ignorance : définition philosophique.

La pire des ignorances concerne l’individu qui ignore qu’il est ignorant. Il tombe alors dans l’illusion de savoir, ce qui ouvre la voie à l’erreur, à l’orgueil et au fanatisme.

En effet, celui qui est persuadé de savoir a tendance à ne plus s’interroger, ne voyant le monde qu’à travers ce qu’il croit. Ses certitudes forment un horizon indépassable qui renforce encore son ignorance.

A l’inverse, l’individu qui sait qu’il est ignorant est mieux à même de s’interroger sur lui-même et de s’ouvrir à la connaissance. Le fait de savoir qu’on est ignorant est donc un bon moyen de se mettre en recherche. C’est le chemin de la sagesse.

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien.
Socrate

Quand ils savent qu’ils ne savent pas,
les gens peuvent trouver leur propre voie.
Tao Te King, 65

Lire aussi nos articles :

Les causes de l’ignorance et ses conséquences.

Les causes de l’ignorance sont plus ou moins conscientes. C’est précisément le fait de les identifier qui permettra de progresser sur la voie de la connaissance.

Les principales causes de l’ignorance sont en nous-même. Ce sont entre autres :

  • nos limites : intellectuelles, cognitives, génétiques,
  • nos déterminismes : éducation, culture, morale, interdits, relations, vécu, habitudes, psychologie, etc,
  • notre condition : rappelons que notre rapport au monde est par nature subjectif,
  • notre orgueil : c’est l’impression de tout savoir, ou d’en savoir suffisamment.

D’autre part, l’ignorance peut être due à un manque de volonté. L’individu qui s’attache à ses préjugés et ses illusions cultive son ignorance.

Le chemin de la connaissance nécessite donc d’abandonner ce qu’on croyait acquis : d’une certaine manière, cela consiste à “désapprendre”. C’est mourir à soi-même pour faire naître un être nouveau. Cette “re-naissance” rappelle la maïeutique de Socrate : l’art d’accoucher la connaissance par le questionnement et la reformulation.

Renoncer à son ignorance nécessite effort, détermination et lâcher-prise. C’est adopter une nouvelle façon d’aborder les choses. C’est préférer la question à la réponse. C’est aimer le doute.

Quant aux conséquences de l’ignorance, elles peuvent être multiples :

  • sur le plan personnel, ce peut être l’erreur, le malheur, la colère, la haine, l’attachement ou l’orgueil, tous ces sentiments menant à la souffrance,
  • sur le plan collectif, l’ignorance conduit à l’intolérance, au rejet et au conflit.

L’ignorance dans le bouddhisme.

Dans le bouddhisme, l’ignorance est l’un des Trois Poisons, les deux autres étant l’attachement et l’aversion.

Les Trois Poisons constituent les racines de la souffrance.

L’ignorance (avidya), représentée par le porc, est la source de tous les maux du monde ; elle est à l’origine des deux autres poisons. Elle est le moteur du désir, de la volonté, de l’orgueil et de la haine, autant d’éléments qui enferment les êtres dans le cycle perpétuel des renaissances : le samsara.

Quelle est la nature de l’ignorance dans le bouddhisme ?

L’ignorance vient de la méconnaissance du mécanisme par lequel se forment les illusions.

La principale illusion est celle d’exister en tant qu’être autonome et éternel : l’ego se manifeste et nous fait croire que nous sommes séparés du monde, alors que nous ne sommes que la conjonction d’une infinité de causes qui nous déterminent.

Ce mécanisme illusoire mène donc à la souffrance. Il est décrit à travers les “douze liens interdépendants” : concrètement, l‘ignorance permet aux créations mentales erronées de naître. Une conscience se manifeste alors, qui perçoit différents agrégats comme étant des personnes ou des objets séparés. Ceci donne au sujet l’impression d’exister en tant qu’individu doté de facultés sensorielles et d’une pensée autonome. Ainsi naissent les désirs, l’attachement et l’illusion d’une existence permanente, toujours déçue par l’arrivée de la vieillesse et de la mort.

Dit d’une autre manière, l’ignorance est la méconnaissance de la vacuité, c’est-à-dire du fait que les choses sont vides d’existence propre. Car pour les bouddhistes, tout est interdépendant, impermanent et éphémère.

Au final, le bouddhisme nous invite à nous détacher de nos fausses ambitions, à cultiver l’humilité et la tolérance pour être heureux et peut-être atteindre un jour le nirvana.

Taoïsme et ignorance.

Dans le taoïsme, l’ignorance n’est paradoxalement pas un mal en soi. Synonyme de simplicité d’âme et de vacuité, elle permet de ne pas s’accrocher à l’illusion de la connaissance, de ne pas livrer son esprit à des jugements qui pourraient paraître vrais. L’ignorance permet d’approcher l’unité des choses, elle ouvre l’âme aux réponses naturelles.

Le Maître n’a pas d’esprit en propre.
Tao Te King, 49

Dans ces temps idylliques où régnait la perfection, les hommes vivaient mêlés aux animaux, ils faisaient une seule et même famille avec tous les êtres de la création : comment la distinction entre homme de bien et homme de peu aurait-elle pu avoir cours ? Les hommes, en une communauté étroitement soudée, communiaient dans l’ignorance.
Œuvres de Tchouang-tseu, chapitre 9

Dans le même ordre d’idée, Jésus dit : Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux ! (Matthieu 5, 3)

L’ignorance : définition en franc-maçonnerie.

En franc-maçonnerie, l’ignorance est l’un des trois mauvais compagnons, les deux autres étant le fanatisme et l’ambition.

Lors de la cérémonie d’élévation au 3ème degré du rite maçonnique, l’initié est invité à revivre la scène de l’assassinat du Maître architecte Hiram. Il reçoit le premier coup de la part du Second Surveillant, mauvais compagnon qui symbolise l’ignorance. L’outil utilisé est le fil à plomb, dont la fonction est détournée : outil de rectitude et de connaissance de soi, il sert désormais à blesser et à prendre par la force.

L’approche maçonnique invite à l’introspection : seule la plongée en soi-même pourra permettre d’identifier et de neutraliser nos mauvais compagnons intérieurs.

Le chemin de la connaissance de soi consiste à ôter tous les voiles qui nous empêchent de voir la réalité telle qu’elle est. C’est une invitation à visiter l’intimité de notre psychisme pour y extraire les impuretés, de la même manière que le tailleur de pierre retire la matière inutile jusqu’à obtenir une pierre parfaitement régulière.

Comment sortir de l’ignorance ?

Nous l’avons vu, il est possible de sortir de l’ignorance en reconnaissant notre condition d’ignorant. Cette idée est paradoxale mais fondamentale.

“Je sais que je ne sais rien” n’est pas un constat d’échec mais une attitude qui permet une certaine curiosité, une ouverture d’esprit salutaire qui favorisera l’émergence de la vérité, telle une évidence.

Marcher sur la voie de la connaissance, c’est adopter un comportement qu’on pourra qualifier de sage et qui consiste :

  • à regarder sans juger (les notions de bien et de mal s’effacent),
  • à pratiquer le doute (tout semblant de certitude doit être réinterrogé),
  • à faire l’effort de mieux se connaître,
  • à se mettre à la place des autres,
  • à s’intéresser au monde et à faire preuve de curiosité,
  • etc.

D’autre part, il faut pardonner aux autres pour leur ignorance et avoir la ferme intention de les aider.

L’exemple le plus parlant de cette capacité à pardonner est peut-être celui de Jésus sur la croix : Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Citations sur l’ignorance.

Les citations suivantes peuvent compléter la définition de l’ignorance.

L’ignorance toujours est prête à s’admirer. Nicolas Boileau

Toujours une aveugle obéissance suppose une ignorance extrême. Marat

Ni l’ignorance n’est défaut d’esprit, ni le savoir n’est preuve de génie. Marquis de Vauvenargues

Il n’y a rien de bon ni de mauvais sauf ces deux choses : la sagesse qui est un bien et l’ignorance qui est un mal. Platon

Le premier signe de l’ignorance, c’est de présumer que l’on sait. Baltasar Gracian

Plus on croit savoir, moins l’on sait, moins l’on est apte à apprendre. Maurice Maeterlinck

L’ignorance est fille de l’orgueil ; et l’orgueil et l’ignorance ont le funeste bonheur de ne douter de rien. André Grétry

L’ignorance a été enfantée par la paresse. Malesherbes

La servitude est la fille de l’ignorance. Pythagore

L’ignorance est mère de tous les vices. Gustave Le Bon

Lire aussi notre article : La connaissance, définition philosophique et ésotérique.

Modif. le 21 septembre 2020

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