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Les vertus maçonniques : quelles sont-elles ?

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Quelles sont les vertus maçonniques ? Quelle est la principale vertu maçonnique ? Sur quoi repose la morale en franc-maçonnerie ?

La vertu est une disposition par laquelle l’individu s’oblige à suivre une règle morale qui le porte vers le “bien”.

En franc-maçonnerie, la pratique de la vertu est l’accomplissement du Devoir, en particulier par l’ascèse initiatique. Il s’agit avant tout de maîtriser ses instincts et de soumettre ses mauvais compagnons : l’ignorance, le fanatisme et l’ambition.

Le franc-maçon est en quête d’authenticité ; il recherche son être universel, dépouillé de tous les vices.

D’autre part, le franc-maçon vertueux est tourné vers les autres. Mais son altruisme va plus loin que la simple générosité : il est prêt au sacrifice.

“Sachez, mes Frères, que l’idéal de la Franc-Maçonnerie est l’accomplissement du Devoir porté jusqu’au sacrifice.” (rituel du 4ème degré REAA)

Les vertus maçonniques s’inspirent des vertus chrétiennes. Rappelons que ces dernières sont au nombre de 7 :

  • 3 vertus théologales (d’ordre divin) : Foi, Espérance et Charité,
  • 4 vertus cardinales (d’ordre humain) : Prudence, Tempérance, Force et Justice.
  • voir notre article sur les 7 vertus théologales et cardinales.

Les trois vertus théologales évoquent le triangle ou le compas alors que les quatre vertus cardinales évoquent le carré ou l’équerre.

Voyons quelles sont les principales vertus maçonniques.

Les vertus cardinales maçonniques dans les différents rites.

Remarque : L’adjectif cardinal signifie “charnière” ou “pivot”.

Dans les rituels anciens de la franc-maçonnerie anglo-saxonne, les vertus cardinales correspondaient aux vertus chrétiennes, elles-mêmes issues de l’Antiquité grecque :

  • la Justice (associée à l’orient),
  • la Prudence (associée à l’ouest),
  • la Force (associée au nord),
  • la Tempérance (associée au sud).

Au Rite Écossais Rectifié (RER), les vertus cardinales sont aujourd’hui les mêmes :

  • la Justice (grade d’apprenti),
  • la Tempérance (grade de compagnon),
  • la Prudence (grade de maître),
  • la Force (grade de perfection de maître Écossais).

Au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), les vertus du franc-maçon ne sont pas clairement listées ni associées à des grades. Elles sont pourtant omniprésentes. Elles peuvent être associées aux trois piliers Sagesse, Force et Beauté.

Les trois piliers Sagesse, Force et Beauté : l’édifice des vertus maçonniques.

Les piliers Sagesse, Force et Beauté permettent d’ériger un édifice parfait : un temple intérieur apte à recevoir la Lumière, c’est-à-dire la Connaissance et la joie éternelle.

La Sagesse.

“C’est en réglant ses inclinations et ses mœurs que l’on parvient à donner à son âme ce juste équilibre qui constitue la Sagesse, c’est-à-dire l’Art de la Vie.” (rituel d’initiation du 1er degré REAA)

Vertu supérieure à toutes les autres vertus maçonniques, la Sagesse est l’appréciation juste des choses. Elle est clairvoyance, discernement, capacité d’ouverture à la vérité absolue. La Sagesse est à la fois un comportement et un état d’esprit basé sur l’action, la raison et l’intuition.

La Sagesse rappelle la Prudence grecque et chrétienne, ainsi que la Tempérance :

  • la Prudence (“acte de penser” dans la philosophie grecque) est la réflexion patiente qui mène au discernement. Etre prudent, c’est prendre le temps, c’est laisser la raison faire son oeuvre. Pour Platon, c’est la vertu première,
  • la Tempérance découle de la Prudence. C’est la maîtrise de soi, de ses passions. La Tempérance implique modération, mesure et équilibre en toute chose.

La Sagesse, c’est aussi :

  • l’humilité : au coeur de la démarche maçonnique, l’humilité consiste à s’effacer pour laisser place à l’autre mais aussi à son soi authentique. L’humilité permet de se laisser traverser par l’essentiel, par l’évidence, par l’universel,
  • la tolérance : c’est le refus de juger, ou encore la reconnaissance qu’une part de la vérité nous échappe,
  • le silence qui est l’oubli de soi, l’ouverture et le dépouillement permettant d’approcher la Connaissance.

A noter que la Sagesse est associée au Vénérable Maître : “Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice !” (REAA)

Lire aussi notre article complet sur la sagesse.

La Force.

La Force est associée au Premier Surveillant : “Que la Force le soutienne !”

La Force, courage, ou force d’âme, est la ressource qui permet de continuer l’effort même dans la difficulté ou l’adversité.

La Force est la persévérance dans l’accomplissement du Devoir, dans la connaissance de soi, dans la recherche de la vérité et de la parole perdue.

La Force rappelle la célèbre Maxime du Taciturne : Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.

La Beauté.

La Beauté est associée au Second Surveillant : “Que la Beauté l’orne !”

En franc-maçonnerie, la Beauté est la recherche de l’harmonie et de l’équilibre. Dans un sens plus large, la Beauté évoque l’égalité, l’équité et la Justice.

La Justice est une valeur maçonnique phare :

“Ce que la franc-maçonnerie vous demande, c’est d’aimer la Justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre coeur et de toute votre âme.” (rituel du 4ème degré REAA)

Les autres vertus essentielles en franc-maçonnerie.

Les autres vertus maçonniques essentielles sont à mettre en rapport avec les vertus théologales chrétiennes : Foi, Espérance et Charité.

Mais la Foi (au sens chrétien) étant jugée trop dogmatique par certaines obédiences, nous la remplacerons ici par la Vérité.

Ces vertus possèdent une dimension transcendantale, c’est-à-dire qui dépasse l’individu lui-même.

La Vérité.

La recherche de la Vérité est le premier Devoir du franc-maçon. Elle nécessite la mobilisation de l’ensemble des vertus évoquées plus haut, et notamment humilité, rigueur, persévérance, ouverture et tolérance.

La recherche de la Vérité constitue rien moins que le sens de la vie du franc-maçon.

L’Espérance.

L’Espérance est une confiance profonde dans la vie, dans l’avenir et dans l’ordre des choses. L’Espérance assure le progrès du franc-maçon, elle soutient ses efforts, elle lui offre l’assurance de ses victoire futures.

L’Espérance fonde la Sagesse par la sérénité, le calme et la patience. Elle permet la paix intérieure qui ouvre le chemin de la Vérité.

Lire notre article : La différence entre espoir et espérance.

La Charité.

La Charité est l’Amour inconditionnel de son prochain. Ce peut aussi être l’amour de Dieu (ou du Principe transcendant) et de soi-même, dans un sens désintéressé.

La Charité conduit à l’altruisme, à la solidarité et à la fraternité. C’est une vertu humaniste par définition. Elle évoque l’assistance fraternelle, les œuvres de bienfaisance, la bonté, la générosité et la fidélité.

C’est enfin l’indulgence et le pardon : la Charité s’exprime avant tout dans les moments difficiles où le lien avec l’autre semble rompu.

Conclusion.

Tout franc-maçon a pour devoir de fuir le vice et de pratiquer la vertu. Pour cela, il doit préférer à toute chose la Justice et la Vérité (rituel maçonnique du REAA).

Au final, les principales vertus maçonniques sont la Sagesse, l’amour de la Vérité, la Justice, l’Humilité et la Charité, sans oublier le don de soi (le “sacrifice”).

Le franc-maçon vertueux est celui qui “a du coeur”, c’est-à-dire qui est bon et qui fait le bien autour de lui.

Enfin, notons que les vertus maçonniques sont parfaitement décrites dans le poème “Si” de Rudyard Kipling (1895) :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaitre,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Lire aussi notre article : La Foi maçonnique.

Ouvrages pour aller plus loin :

Modif. le 16 novembre 2020

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