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Le silence intérieur : du bavardage au calme mental

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Qu’est-ce que le silence en philosophie ? Quelle importance sur le plan spirituel ? Comment définir le silence ? Comment parvenir au silence intérieur ?

L’homme est un être de langage. Il ne cesse de penser, de réfléchir, de cogiter, de parler, de théoriser : cogito ergo sum (formule attribuée à Descartes).

Toutefois, si la parole est le propre de l’homme, elle est souvent jugée moins noble que le silence. La parole risque de mener à la confusion, à l’erreur ou au conflit, alors que le silence permet d’écouter, d’observer, de sentir et de ressentir. Le silence serait ainsi un point d’appui pour accéder à d’autres niveaux de “compréhension”.

Ainsi :

  • la pensée et le raisonnement permettent le maniement des sciences : c’est l’accès au savoir,
  • le silence permet quant à lui d’entrer dans une dimension supérieure : celle de la Connaissance,
  • lire aussi notre article : Savoir, connaître, comprendre.

Avant d’aller plus loin, il faut distinguer :

  • le silence extérieur, c’est-à-dire l’absence de bruit,
  • du silence intérieur, ou calme mental.

L’un n’est pas forcément lié à l’autre : on peut vivre dans un endroit calme et isolé tout en étant torturé intérieurement. A l’inverse, on peut expérimenter le silence intérieur dans un hall de gare.

Nous nous intéresserons ici principalement au silence intérieur.

Il existe de grandes traditions du silence :

  • la philosophie,
  • le christianisme,
  • les philosophies orientales, notamment le bouddhisme,
  • ou encore la tradition maçonnique.

Avant de voir comment chacune de ces traditions conçoit le silence, il est important de préciser que le silence n’est pas une fin en soi. Il ne s’agit pas de dire que le silence est bon et que les pensées ou la parole sont mauvaises. En effet, certains silences peuvent être nocifs : l’indifférence, la soumission, l’isolement subi, la complicité, le mépris, l’inaction…

Le silence doit plutôt être perçu comme un moyen, complémentaire à la pensée, d’approcher la vérité.

Le silence en philosophie : s’extraire du “bavardage” intérieur.

En philosophie, le silence est avant tout une éthique de la parole : c’est l’idée que l’on ne doit pas parler à tort et à travers, que l’on doit écouter l’autre avant de s’exprimer, qu’il faut essayer de comprendre avant de juger. Le philosophe se méfie de lui-même et de ses propres pensées, il reste mesuré en toutes circonstances.

Le silence peut alors apparaître comme le fait de suspendre son jugement ; il exprime le doute et la prudence qui doit accompagner l’individu de bonne foi.

Mais surtout, le silence est un moyen de maîtriser sa pensée, de se prémunir de ses “bavardages intérieurs”.

Les bavardages intérieurs sont le résultat de notre activité mentale quasi-continue, souvent automatique, incontrôlable et spontanée. Les études ont montré qu’un être humain moyen peut voir surgir à son esprit environ 10000 idées spontanées par jour.

Le bavardage intérieur est constitué de souvenirs, de regrets, de traumatismes, d’envies, de peurs, de rêves ou de listes de choses à faire. Le plus souvent, il concerne le passé et l’avenir, sans prêter d’importance au présent.

Ce phénomène lié au subconscient est normal chez l’être humain : il est un moyen de se prémunir de l’environnement, d’anticiper, de se préparer à ce qui va arriver. Il est le résultat de l’hyper-dynamisme de notre cerveau. Les pensées spontanées reflètent l’état du “moi” à un moment donné ; elles sont déterminées par une foule de facteurs tels que les conditions de vie, l’éducation, la culture, les mécanismes de défense psychologique, la génétique…

Mais ces pensées subies peuvent être néfastes : elles sont éphémères, intrusives, obsessionnelles, auto-entretenues, souvent inutiles ou fausses. Dans beaucoup de cas, elles accentuent les problèmes au lieu de les résoudre. Elles déconcentrent et peuvent accentuer les troubles psychiques (phobies, dépression…).

Ainsi, et contrairement pensées maîtrisées (raisonnées), les pensées subies mènent à un rétrécissement de l’esprit : la raison s’efface pour faire place aux opinions et aux illusions. La réalité s’éloigne.

Ainsi l’individu risque à la fois :

  • un enfermement,
  • un éparpillement.

Il en résulte un mal-être, une anxiété, un décentrage, un oubli du “soi”.

Comment accéder au silence intérieur ?

Il est impossible de s’affranchir totalement de ses “bavardages intérieurs”. L’objectif serait plutôt de les mettre à distance afin d’arriver à une certaine forme de silence et de sérénité.

Il existe pour cela plusieurs méthodes, qui sont complémentaires :

  • la connaissance de soi : il s’agit de comprendre les causes qui nous déterminent, et donc de prendre du recul sur soi ; cette connaissance mène à l’apaisement. On utilise pour cela la philosophie, la science, la phénoménologie ou encore la psychologie,
  • la méditation : c’est une pratique qui vise à évacuer le tumulte des pensées vaines ; citons aussi l’hypnose, la relaxation ou la sophrologie,
  • la distanciation : c’est un état d’esprit qui a vocation à être permanent et qui vise à introduire un espace entre soi et le monde, mais aussi entre soi et ses affects,
  • ou encore la pratique d’une activité ou d’un art permettant de concentrer son attention sur un objectif précis.

Alors que la méditation est une pratique limitée à des séances particulières, la distanciation permet un recul permanent sur les choses. C’est un effort mental de recentrage sur l’essentiel (le “soi”), une mise à distance des pensées et des problèmes posés par le “moi” et par le monde.

distanciation et silence

Paradoxalement, la distanciation permet une plus grande présence au monde.

La parole et le silence dans le christianisme.

Dans le christianisme, il n’y a de parole véritable que la parole divine, décrite dans le prologue de l’Évangile selon Saint-Jean :
Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Toutes choses ont été faites par elle, et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. En elle était la vie, et la vie était la lumière des hommes. Jean 1, 1-3

Cette Parole-Lumière impose le respect et le silence. Le silence est l’une des voies de la prudence et de la tempérance, deux des quatre vertus cardinales.

En effet, nous trébuchons tous de bien des manières. Si quelqu’un ne trébuche pas en paroles, c’est un homme mûr, capable de tenir tout son corps en bride. Quand nous mettons le mors dans la bouche des chevaux pour qu’ils nous obéissent, nous dirigeons ainsi leur corps tout entier. Épître de Jacques aux apôtres, 3, 2-3

De manière générale, le silence dans le christianisme évoque, en particulier chez les catholiques et les orthodoxes, la prière, la contemplation, le retrait du monde et la vie monastique telle qu’elle est pratiqué entre autres par les bénédictins. La règle de Saint Benoît impose en effet le silence, qui est à la fois intérieur et extérieur. Les Cisterciens quant à eux insistent sur le silence de la méditation contemplative, qui permet d’accéder à la grâce.

Le silence intérieur dans le bouddhisme.

Le silence joue une rôle important dans le bouddhisme, notamment à travers les techniques de méditation. Mais le silence n’est pas une fin en soi : être silencieux n’est pas forcément signe de sagesse ou d’éveil.

Les techniques de méditation du bouddhisme comportent plusieurs stades :

  • la concentration (samatha), qui mène à l’unification de l’esprit. Il s’agit de lâcher-prise en se concentrant sur un point respiratoire ou un objet précis,
  • l’absorption, qui mène à l’extinction des pensées en quatre étapes. La conscience devient plus claire, plus intense et plus rayonnante,
  • la perception claire : c’est l’accès à la réalité, le “voir à travers” (vipassana), l’Eveil.

Le silence permet donc de clarifier l’eau trouble du mental. La pensée devient peu à peu comme un poisson qui nage sans provoquer aucun remous.

Les bouddhistes pratiquent par ailleurs le Noble Silence, qui consiste à rester calme et silencieux au cours des moments de vie en communauté.

Enfin, le bouddhisme comporte un courant zen, dont la caractéristique principale est la pratique d’un type particulier de méditation, le but étant de vivre pleinement l’instant présent, sans espoir ni crainte.

Lire aussi nos articles :

Le silence en franc-maçonnerie.

Voir notre article : Le silence en franc-maçonnerie.

Le silence dans l’art.

Voir notre article : Le silence dans la peinture.

Le silence : citations.

Le silence est un ami qui ne trahit jamais. Confucius

La véritable musique est le silence et toutes les notes ne font qu’encadrer ce silence. Miles Davis

Le mensonge s’abreuve de cris. La vérité se contente du silence. Gilbert Choulet

La parole est d’argent, mais le silence est d’or. Proverbe

Bavardage est écume sur l’eau, action est goutte d’or. Proverbe tibétain

Il est bon de parler, et meilleur de se taire. Proverbe

Il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. Proverbe

Pire que le bruit des bottes, le silence des pantoufles. Slogan

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