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L’ataraxie : définition philosophique

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L’ataraxie : définition philosophique. Comment les philosophes de l’Antiquité envisagent-ils la sérénité ? Comment atteindre la tranquillité de l’âme ?

L’ataraxie est un thème majeur chez les philosophes de la Grèce antique, notamment les épicuriens, les stoïciens et les sceptiques. Cette notion touche à la sérénité, au bonheur et à la sagesse.

Définition : L’ataraxie (du grec ataraxia, “absence de trouble”) est un état de quiétude, c’est-à-dire un état dans lequel l’âme est sereine, tranquille, impassible. Les regrets, inquiétudes, peurs, angoisses sont absents ou tout du moins mis à distance, contenus, maîtrisés.

Poussée à l’extrême, l’ataraxie peut être synonyme de détachement, d’indifférence, d’insensibilité voire d’apathie.

Quoi qu’il en soit, l’ataraxie décrit la position de celui qui est parvenu à vaincre le trouble dû à ses pensées non maîtrisées, autrement dit son désordre mental. Ainsi, la souffrance psychique tend à disparaître.

A noter cependant que l’ataraxie ne signifie par forcément la disparition de toute souffrance. Dans certains cas, la paix mentale peut passer par l’acceptation de la douleur. Si cette dernière subsiste parfois, le trouble, lui, s’évanouit.

L’ataraxie parle de la quête du bonheur, qui est l’objectif premier de l’Homme. Ce bonheur réside dans un état de satisfaction durable et de plaisir stable.

Entrons plus en détails dans la définition philosophique de l’ataraxie.

L’ataraxie : définition philosophique, problématique.

Les philosophes antiques se sont interrogés sur le meilleur moyen d’atteindre l’ataraxie et sur les obstacles susceptibles d’empêcher une satisfaction durable.

L’ataraxie implique deux choses :

  • un sentiment de bien-être ou de plaisir,
  • le caractère stable de ce sentiment.

Commençons par rechercher les obstacles à ce sentiment heureux. La source des troubles peut être :

  • la peur : elle se fonde sur le sentiment que nous ne pourrons pas maîtriser le futur,
  • les regrets : ils sont dus au fait que nous aurions souhaité que les choses se passent autrement,
  • la culpabilisation : c’est la mise en cause de soi-même fondée sur le constat que nous agissons mal,
  • la frustration : elle est provoquée par l’impossibilité d’atteindre le but qu’on s’était fixé,
  • l’attachement : c’est le désir de conserver ce que l’on a (éléments matériels, mais aussi idées et croyances). L’attachement devient déception en cas de perte,
  • la colère : c’est une profonde insatisfaction quant au cours des choses,
  • la haine : elle se fonde sur l’idée que l’autre est différent ou qu’il ne devrait pas agir comme il agit,
  • etc.

Pour savoir si ces troubles peuvent être vaincus, il faut se poser les questions suivantes :

  • pouvons-nous réellement maîtriser les choses ?
  • pourrions-nous être meilleurs que ce que nous sommes ?
  • les autres pourraient-ils être meilleurs que ce qu’ils sont ?
  • peut-on être sûr de posséder durablement quelque chose ?
  • peut-on détenir la vérité ?

Globalement, la réponse des philosophes grecs est non à toutes ces questions : c’est la raison pour laquelle ils considèrent vain et inutile tout sentiment de peur, de culpabilisation, de frustration ou de colère.

C’est ainsi que s’ouvre le chemin de l’ataraxie.

Trois écoles philosophiques.

Pour les épicuriens, le plaisir est central, mais il faut éviter le piège de l’hédonisme. En effet, le trouble naît des désirs impossibles à satisfaire, des excès et des attachements illusoires. C’est donc la raison et la pratique d’un art de vivre modéré qui peuvent mener au bonheur.

Pour les stoïciens, tous les événements sont imbriqués et déterminés. Le destin gouverne le monde et il n’est pas possible d’aller contre. Il faut donc pratiquer l’acceptation pour être heureux.

Enfin pour les sceptiques, il est vain de vouloir chercher à détenir la vérité, puisque tout raisonnement est par définition relatif et subjectif. Le bonheur peut donc être atteint par la suspension du jugement.

Lire aussi notre article : La sérénité, définition philosophique.

L’ataraxie : définition philosophique selon les épicuriens.

Pour Epicure, le but de la philosophie est la santé de l’âme. Tout individu souhaite vivre une vie agréable : c’est un besoin essentiel de l’existence.

Pour les épicuriens, le bonheur s’obtient par la pratique d’un plaisir raisonnable :

  • il faut savoir se contenter de ce que l’on a,
  • il faut rechercher la sobriété, la modération et la durabilité dans les plaisirs,
  • il faut savoir accepter un certain niveau de souffrance, notamment si elle est inévitable,
  • il ne faut pas craindre la mort, puisqu’elle éteint toute sensation négative,
  • il faut faire des choix raisonnés visant à éviter toute erreur ou déception : là réside le pouvoir de l’homme libre.

Prends l’habitude de penser que la mort n’est rien pour nous.
Epicure, Lettre à Ménécée

Lire aussi nos articles :

L’ataraxie selon les stoïciens.

Pour les stoïciens, l’ataraxie est rendue possible par le fait que l’être humain décide d’accepter les choses telles qu’elles sont :

  • il ne faut pas nous laisser atteindre par ce qui ne dépend pas de nous,
  • il faut renoncer à l’illusion que nous pouvons maîtriser les choses, puisque les événements sont le fait de l’ordre divin,
  • il faut comprendre que les choses sont telles qu’elles doivent arriver : il ne s’agit pas de vouloir les changer, mais de changer la vision qu’on en a,
  • il faut renoncer à tout juger en bien ou en mal, puisque ces concepts générateurs de trouble n’existent que dans notre esprit.

Pour les stoïciens, la liberté n’existe pas, puisque tout est déterminé. Mais il existe malgré tout une forme de liberté qui consiste à accepter les choses telles qu’elles sont.

Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les opinions qu’ils en ont.
Epictète

L’ataraxie : définition philosophique selon les sceptiques.

Pour les sceptiques, le trouble vient de l’attachement aux dogmes et aux théories. Les philosophes ont trop tendance à défendre leurs propres idées : ils s’attachent à ce qu’ils croient bon, considérant le reste et les autres comme mauvais.

A l’inverse, les sceptiques pensent que tout raisonnement peut être réfuté. Ainsi, ils considèrent que l’ataraxie peut être atteinte par la suspension du jugement (épochè en grec). 

Le doute permet de se libérer de soi, de ses attachements, de ses désirs, de ses attentes et de ses craintes. N’ayant plus rien à défendre, n’attendant plus rien pour lui-même, le philosophe peut enfin s’ouvrir au monde et accéder à la liberté.

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien.
Socrate

Suspendre son jugement, c’est ne pouvoir dire quelle proposition il faut croire ou ne pas croire et montrer que les choses nous paraissent également dignes ou indignes de créance. 
Sextus Empiricus

Ataraxie, aponie et apatheia.

L’ataraxie est à mettre en parallèle avec les concepts d’aponie et d’apatheia.

L’aponie est, chez les épicuriens, est l’absence totale de trouble corporel. Elle est associée à l’ataraxie pour permettre l’atteinte d’un bonheur complet.

Les stoïciens et les sceptiques ont aussi développé la notion d’apatheia, complémentaire à celle d’ataraxie, et qui est le fait de mépriser la douleur et les passions, ou de ne plus y prêter attention.

Conclusion : l’ataraxie aujourd’hui.

Dans notre société matérialiste marquée par l’accélération du changement et la perte de sens, les esprits sont de plus en plus troublés. La sérénité fait l’objet d’une quête impossible.

Pourtant, des remèdes existent. L’ataraxie peut être atteinte par la psychologie, la pratique de la philosophie ou de certaines formes de spiritualité :

  • le bouddhisme décrit les causes de la souffrance psychique ainsi que le chemin qui mène à la cessation de la souffrance,
  • le taoïsme invite à fuir ses pensées vaines et à accepter le cours des choses,
  • le yoga fournit une méthode de maîtrise du flux automatique du mental,
  • etc.

Dans tous les cas, il s’agira de faire l’effort de mieux se connaître pour parvenir à maîtriser la partie de soi la plus obscure.

Pour aller plus loin :

  • Les Épicuriens les textes des principaux auteurs du courant de l’épicurisme. Un incontournable de la Pléiade.
  • Le stoïcisme, de Jean-Baptiste Gourinat.
  • Dictionnaire philosophique, d’André Comte-Sponville. 1654 définitions pour aborder la philosophie de la manière la plus ludique qui soit.

Modif. le 19 novembre 2020

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