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La culpabilisation (psychologie, philosophie)

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La culpabilisation en psychologie, psychanalyse et philosophie : quel mécanisme ? Comment sortir de la culpabilisation ?

La culpabilisation, ou sentiment de culpabilité, est le fait de se sentir responsable ou coupable de son propre comportement, du fait qu’il a eu des conséquences néfastes pour les autres ou qu’il leur a causé des tourments.

La culpabilisation est fondée sur l’idée qu’on a mal agi, que l’on aurait pu mieux faire ou que l’on n’est pas à la hauteur. C’est un reproche fait à soi-même. La culpabilisation peut s’appuyer sur un manque d’estime de soi.

La culpabilisation se traduit par un poids, une “dette” ou un regret que l’individu porte avec lui. Elle peut déboucher sur la mélancolie, la tristesse ou la dépression. C’est dans tous les cas une souffrance.

Nous allons tenter de voir comment le sentiment de culpabilité peut être dépassé.

Voici le mécanisme de la culpabilisation en psychologie, psychanalyse et philosophie.

La culpabilisation : analyse d’un mécanisme.

La culpabilisation repose sur le sentiment que l’on a mal pensé, mal agi, que l’on a fait le mauvais choix, ou que l’on a raté quelque chose. Elle prospère donc sur l’idée que nous sommes responsables de ce qui est arrivé.

Or, rien ne dit que nous soyons responsables de nos actes. En effet, les décisions que nous prenons et les actes que nous commettons sont influencés par un grand nombre de facteurs que nous ne maîtrisons pas.

Prenons l’exemple de celui qui prononce une parole malheureuse ou blessante. Cette parole regrettable a pu être causée par :

  • des circonstances particulières,
  • un état de fatigue anormale,
  • un réflexe instinctif,
  • un terrain psychologique particulier,
  • ou encore des modes de réaction acquis, forgés par l’histoire personnelle.

Ainsi, toute pensée, parole ou action est le résultat de facteurs qui se télescopent d’une certaine manière, à un moment précis, dans des circonstances particulières.

C’est ce que montre le schéma ci-dessous :

actes psychologie facteurs influence culpabilisation

Dans ce schéma :

  • les circonstances extérieures renvoient à la situation et à l’environnement (qui peut être stressant, angoissant, limitant…),
  • l’état personnel décrit notre condition physique à l’instant T : malade ou en bonne santé, sens altérés ou non, en capacité de réfléchir ou pas, etc,
  • les caractères innés renvoient à ce qui est inscrit dans notre ADN, qui relève de notre niveau d’intelligence et aussi de la part inconsciente de notre psychisme, à savoir les instincts, les forces et les pulsions qui nous gouvernent. Ces forces sont plus ou moins puissantes, plus ou moins enfouies, plus ou moins contrôlables,
  • enfin, les caractères acquis décrivent toutes les influences passées, qui ont été assimilées et intériorisées : l’éducation reçue, la culture (familiale, communautaire, nationale…), les règles sociales, les personnes que nous avons fréquentées, les événements que nous avons vécus, et tout ce qui fonde notre histoire personnelle.

Notre personnalité (le “moi” de Freud) est ce qui permet de concilier les différents facteurs ci-dessus, en donnant la priorité à certains plutôt qu’à d’autres, en fonction de l’importance et de la prégnance de chacun.

De fait, nous agissons le plus souvent par réaction. Enfermés dans nos conditionnements, nous ne sommes pas maîtres de notre comportement. C’est notre ego qui nous donne l’illusion de pouvoir décider librement de nos actes ; de même, c’est notre ego qui déclenche la culpabilisation.

Il conviendra donc de relativiser notre sentiment de culpabilité.

Lire aussi notre article : Le libre-arbitre : une illusion ?

Culpabilisation et impossibilité de revenir en arrière.

Le mécanisme de la culpabilisation a ceci d’irrationnel qu’il rejoue sans cesse une situation qui ne pourra jamais être corrigée. C’est un sentiment qui s’auto-alimente sans possibilité de sortie positive.

L’alternative consistera donc à accepter les choses telles qu’elles sont, et à nous accepter tels que nous sommes (lire aussi notre article sur l’acceptation).

Mais accepter ne veut pas dire oublier ni effacer. Il conviendra d’apprendre de nos actes et de leurs conséquences : la culpabilisation doit se changer en une chance de devenir meilleur.

Les excuses sont un moyen parmi d’autres d’y parvenir.

Le pouvoir des excuses.

Les excuses montrent que l’on a appris de la situation : elles permettent d’apaiser l’ego en même temps que la relation à l’autre. Il s’agit de demander pardon aux autres, mais aussi de se pardonner à soi-même.

Les excuses sont l’expression du “soi” véritable, désillusionné, conscient, tout en étant responsable et attentif au bien-être de l’autre. Elles font partie du chemin de guérison et d’élévation.

La culpabilisation en psychologie et psychanalyse.

En psychanalyse, la culpabilisation est causée par le surmoi, qui est l’instance “morale” du psychisme humain (le ça étant l’instance pulsionnelle et le moi l’instance qui tente de concilier les deux autres, tout en tenant compte des contraintes de l’environnement).

Le surmoi inclut les règles intériorisées du fait de l’éducation reçue. Le surmoi interdit, inhibe et commande : c’est ce qu’il convient de faire pour être bien vu et socialement accepté.

Le sentiment de culpabilité naît d’un conflit entre le surmoi (ce qu’il aurait fallu penser ou faire) et le ça (ce que j’ai fait spontanément, sans réfléchir, sans en prendre la mesure).

Or notre mental analyse toujours la situation a posteriori (j’aurais dû, je regrette…) alors que nos réactions sont largement spontanées, ce qui alimente la culpabilisation.

Au final, c’est d’abord par la connaissance de soi, c’est-à-dire la compréhension du fonctionnement de notre psychisme, que nous pourrons faire reculer notre sentiment de culpabilité.

Lire aussi notre article sur le ça, le moi et le surmoi.

Un exemple de culpabilisation : la solastalgie.

La solastalgie est un syndrome d’anxiété chronique dû aux changements climatiques et environnementaux. C’est un sentiment de détresse, d’impuissance et de culpabilité face à l’évolution du climat et au recul de la biodiversité.

La culpabilisation face au désastre écologique se double le plus souvent de colère et de désespoir.

En réalité, l’éco-anxiété naît de notre orgueil : c’est le sentiment que nous sommes responsables de tout ce qui arrive.

Pour voir comment guérir de la solastalgie, lire notre article dédié.

Pour aller plus loin :

Modif. le 14 septembre 2020

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