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La liberté : définition philosophique

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La liberté : définition philosophique. Qu’est-ce que la liberté : un sentiment, un droit, une valeur, un idéal ? Quelle signification et quel rapport avec l’égalité et la fraternité ?

La liberté est une notion très vaste qui comporte plusieurs dimensions (intérieure et extérieure ; psychologique, politique, morale ou sociale) qui se recoupent plus ou moins bien. La liberté touche à la volonté, à la possibilité de choisir, à la responsabilité, à l’égalité, à la justice et au vivre-ensemble.

La liberté est une valeur républicaine fondamentale : elle occupe la première place dans le triptyque Liberté, Egalité, Fraternité.

La liberté est un droit naturel, sans doute le premier des droits de l’homme. Mais paradoxalement, elle porte en elle un risque de dérive et d’aveuglement, en particulier dans sa dimension individualiste.

Mais dans sa dimension humaniste et universaliste, la liberté nous incite à nous tourner vers les autres pour établir une société harmonieuse. Elle introduit alors la fraternité et montre la voie d’un bonheur partagé.

La question de la liberté a donné lieu à de nombreuses théories philosophiques et politiques : stoïcisme, anarchisme, individualisme, libertarisme, existentialisme…

Tentons de donner une définition philosophique de la liberté.

Lire aussi : La différence entre liberté et libre-arbitre.

La liberté : définition philosophique.

La liberté peut être définie comme un sentiment, un droit, une valeur ou un idéal. Mais elle est avant tout une expérience mentale que chacun peut vivre au quotidien.

La liberté : un sentiment.

Sur le plan personnel et psychologique, la liberté est d’abord un sentiment que tout individu ressent de manière évidente. Pour Descartes (cité par Leibniz), c’est un “sentiment vif interne”.

La liberté est une expérience psychique qui se vit comme un élan personnel, une volonté de satisfaire ses désirs (cf Epicure) et de jouir de ses facultés, une énergie à conserver son autonomie et son libre-arbitre, une inclination à suivre son propre chemin.

A ce titre, la liberté est intimement liée à notre ego, c’est-à-dire à notre individualité. La conscience immédiate de nous-mêmes nous incite à nous voir comme un être libre et indépendant de toute influence. C’est ainsi que nous éprouvons à chaque instant un irrépressible désir de liberté.

La liberté : un droit naturel fondamental.

Sur le plan humain et universel, la liberté est un droit naturel.

Selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, article 2, la liberté constitue le premier des “droits naturels et imprescriptibles de l’homme” aux côtés de la propriété, de la sûreté et de la résistance à l’oppression.

Citons quelques-unes des libertés fondamentales :

  • liberté d’expression et de publication,
  • liberté de réunion et d’association,
  • liberté d’aller et venir,
  • liberté de conscience et de culte,
  • liberté de travailler et d’entreprendre,
  • liberté de choisir ses représentants,
  • etc.

La liberté, c’est donc la possibilité de mener sa vie (sur les plans personnel, social, politique, économique…) comme on l’entend, selon ses propres goûts, inclinaisons et aspirations, sans que personne ne puisse nous limiter ou nous dire ce qu’il faut faire ou penser.

En tant que droit, la liberté permet de ne pas subir de contrainte, de soumission ou d’asservissement. Elle nous protège de l’arbitraire et de la tyrannie.

La liberté permet à chacun d’assouvir ses besoins fondamentaux, de s’épanouir et de se réaliser dans la société. A ce titre, la liberté est une promesse de bonheur. Mais elle comporte des limites.

La liberté : des limites morales.

Pour pouvoir vivre en société, la liberté est assortie de limites. L’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en fait état :

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

Précisément, les lois sont faites pour maintenir l’ordre public et favoriser le vivre-ensemble ; c’est la raison pour laquelle elles limitent la liberté de chacun : je n’ai pas le droit d’insulter, de diffamer, de voler, d’importuner, du brutaliser, de m’approprier le bien d’autrui, de tuer, de polluer, etc.

En réalité, la principale limite à la liberté est la liberté de l’autre. Dans cette perspective, chacun évolue dans sa sphère de liberté sans déborder sur la sphère des autres. Les interactions se font sur la base du respect, de la réciprocité ou du contrat.

Aux yeux de certains, cet aspect limitatif de la liberté en fait une valeur mineure.

Définition philosophique de la liberté : une valeur mineure ?

Bien que présentée comme la première valeur de notre civilisation occidentale, la liberté comporte un aspect mineur en ce sens qu’elle est centrée sur l’individu : un individu qui se perçoit toujours comme un être séparé des autres.

Contrairement à la fraternité qui jette des ponts entre les hommes, la liberté parle de frontières, de limites à respecter : elle est un individualisme avant d’être un idéal de vivre-ensemble.

La liberté est une vigilance des uns par rapport aux autres, un signal d’alerte en cas de franchissement des limites ; elle est une revendication permanente de chacun face au reste du monde, un égoïsme qui ne peut être contrebalancé que par l’égoïsme des autres.

Ainsi, dans son aspect mineur, la liberté ne comporte rien de constructif. Pourtant, si elle n’existait pas en tant que préalable, aucun projet de société durable ne pourrait voir le jour.

Une valeur majeure.

Valeur mineure lorsqu’elle est tournée vers soi-même, la liberté devient une valeur majeure lorsqu’elle est tournée vers les autres. Elle est alors synonyme de respect et d’ouverture à l’altérité : voilà le socle du vivre-ensemble.

Aimer la liberté, c’est donc avant tout aimer la liberté de l’autre : c’est voir son prochain comme le miroir de soi-même, son égal, son frère. C’est le protéger et lui donner tous les moyens de son épanouissement. C’est établir une relation harmonieuse avec lui.

A ce titre, on remarquera la gradation des valeurs au sein du triptyque républicain Liberté, Egalité, Fraternité : la liberté au sens noble est la garantie de l’égalité, le fondement de la fraternité.

Une autre définition philosophique de la liberté.

Abordons la définition philosophique de la liberté sous un autre angle, plus intérieur. Revenons pour cela sur son origine psychique, à savoir l’irrépressible sentiment de liberté qui nous anime.

Nous l’avons dit, ce sentiment provient de notre ego, qui nous fait nous considérer comme des êtes autonomes et indépendants, c’est-à-dire comme les maîtres de notre vie et de nos actes.

Pourtant, rien ne dit que ce sentiment corresponde à la réalité.

A y réfléchir, chacun de nos actes et de nos pensées est le résultat d’une infinité de facteurs inconscients, parmi lesquels :

  • nos origines,
  • notre éducation,
  • notre culture,
  • l’influence de notre groupe social (famille, relation, profession, communauté…),
  • notre vécu ou histoire personnelle,
  • notre psychologie,
  • nos prédispositions et notre héritage génétique,
  • etc.

Autant d’éléments qui influencent grandement notre raisonnement et nos décisions, et qui font de nous des êtres déterminés.

Par conséquent, si être libre consiste à ne subir aucune influence, alors la liberté n’existe pas. Notre sentiment de liberté est simplement dû à l’ignorance des causes qui nous déterminent. C’est en particulier la vision des stoïciens :

Mon ami, la liberté consiste à vouloir que les choses arrivent, non comme il te plaît, mais comme elles arrivent. Epictète

Mais paradoxalement, prendre conscience de notre condition d’être déterminé et influençable nous permet d’abandonner nos illusions, et donc d’accéder à la liberté :

La liberté commence où l’ignorance finit. Victor Hugo

Etre libre, ce n’est donc pas nous considérer comme autonomes, c’est au contraire réaliser que nous sommes des êtres entièrement connectés aux autres et au monde. La reconnaissance de notre totale inclusion dans le monde remplace l’illusion que nous pourrions évoluer dans des sphères hermétiques séparées.

Ce raisonnement mène à une grande tolérance envers soi-même comme envers les autres, car nous partageons tous la même condition. C’est ainsi que les jugements s’effacent, que les susceptibilités s’estompent, que la compréhension grandit. La liberté devient l’art de vivre ensemble, d’accepter les différences et de cultiver les points communs.

Par ailleurs, l’ensemble des causes déterminent l’ensemble des êtres : nous sommes tous dans le même bain, à parfaite égalité ; nous sommes tous le même être universel. C’est cette idée qui fonde l’humanisme universaliste.

Au final, la véritable liberté passe par la connaissance de soi et la reconnaissance de l’autre comme un alter ego : un autre soi-même.

Lire aussi notre article : le libre-arbitre : une illusion ?

Les représentations symboliques de la liberté.

Les représentations symboliques éclairent la définition philosophique de la liberté.

La liberté est souvent associée :

  • à la féminité : c’est par exemple la Liberté guidant le peuple (Delacroix, 1830) ou la Statue de la Liberté (Bartholdi, 1886). La figure féminine est symbole de fécondité et d’avenir. C’est parfois une semeuse, symbole d’idées qui germent, d’une nouvelle société qui naît, fondée sur la raison, l’humanisme et le droit,
  • à la lumière (la torche, le rayonnement solaire) : c’est la lumière de la conscience qui dissout les ténèbres de l’ignorance,
  • au bonnet phrygien : c’est le symbole des esclaves affranchis,
  • à l’arbre : l’arbre de la liberté, fort et généreux, grandit sur la mort des illusions. Il prend racine dans l’ancien monde ténébreux et se nourrit de la lumière de la Connaissance.

Pour aller plus loin :

  • Dictionnaire philosophique, d’André Comte-Sponville. 1654 définitions pour aborder la philosophie de la manière la plus ludique qui soit.

Lire aussi notre article : Liberté, égalité, fraternité : définitions et sens profond.

Modif. le 2 novembre 2020

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