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Ecologie et spiritualité : pour une renaissance spirituelle

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Ecologie et spiritualité : quel rapport ? Les crises écologique et spirituelle sont-elles liées ? Qu’est-ce que l’écospiritualité ?

L’écologie est la science qui étudie les rapports entre les êtres vivants entre eux et avec leur milieu. C’est aussi un courant politique qui vise à un meilleur équilibre entre l’Homme et son environnement, ainsi qu’à la protection de ce dernier.

L’écologie au sens large implique en premier lieu une prise de conscience des interactions qui existent entre chacune des composantes de l’écosystème : le premier constat est que rien n’est séparé, chaque être vivant ne pouvant survivre que dans son environnement, dans un total rapport de dépendance au “Tout”.

A ce titre, l’écologie constitue un tremplin spirituel puisqu’elle interroge l’existence, les lois cosmiques mais aussi le destin de l’Homme sur Terre.

On peut définir la spiritualité comme une démarche intime par laquelle l’être humain s’interroge sur le sens de sa vie et sur sa place dans l’univers. Cette recherche intuitive est aussi celle du bien-vivre et du bien-agir. Elle questionne nos valeurs et nos comportements, en particulier vis-à-vis de la Nature.

L’écologie est un éveil au monde, et donc un éveil spirituel. Or la crise écologique actuelle offre une réelle opportunité de refonder notre spiritualité.

Voyons plus en détails le rapport entre écologie et spiritualité.

Ecologie et spiritualité : quelle relation ?

Partons de la crise écologique actuelle pour tenter d’éclairer le lien entre écologie et spiritualité.

La civilisation occidentale, qui a conquis le monde, est largement fondée sur la technique, utilisée pour maîtriser et exploiter la Nature.

Ce rapport de domination est inscrit au coeur même de notre culture. L’attitude de l’homme occidental est utilitariste : ce dernier s’appuie sur ses capacités cognitives et intellectuelles afin de satisfaire ses désirs matériels.

Notre développement est donc fondé sur la réponse la plus efficace possible à nos instincts primaires et à nos besoins matériels.

Outre le fait que cette approche pose des problèmes éthiques, la conséquence de cette domination intellectuelle et technique est une crise écologique de grande ampleur, marquée par le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité, des phénomènes qui mettent l’Homme face aux conséquences de ses actes.

Le mouvement écologiste est né de cette prise de conscience. Mais ce mouvement prend des formes diverses :

  • certains écologistes ont une approche gestionnaire de l’environnement : le but est de contrôler les ressources dans une perspective d’équilibre et de durabilité. Il ne s’agit pas de remettre en cause la domination de l’Homme sur la Nature, ni les activités humaines, mais de les adapter,
  • d’autres écologistes souhaitent une mise en retrait de l’humain par rapport à la nature, l’être humain étant vu comme un facteur de trouble et de désordre.

L’écologie spirituelle dépasse ces deux approches. Elle ne se place ni dans la gestion, ni dans la mise en retrait. Elle s’écarte autant de la logique de la domination que de celle de la séparation. Plutôt que d’adopter une position politique tranchée, elle amène chacun à s’interroger sur sa nature profonde et sur sa place dans la Nature et le cosmos.

Le désir d’une écospiritualité.

Nous l’avons vu, l’être humain cherche en permanence à satisfaire ses instincts et ses besoins matériels. Mais il éprouve un autre type de désir, rarement évoqué et pourtant fondamental : le désir de sens, qui passe par la recherche de l’unité et de l’harmonie avec la Nature.

Plus cette aspiration spirituelle est négligée ou refoulée, plus la souffrance est grande, une souffrance que l’Homme cherchera à masquer par la consommation de biens matériels. Un cercle vicieux se met alors en place : le mal-être augmente, les désirs se multiplient, et la lutte pour leur assouvissement devient le centre de nos activités, causant conflits, malheur et destructions.

L’assouvissement des désirs constitue le moteur principal de l’économie occidentale, ce qui cause une dégradation continue de l’environnement par le pillage et le gaspillage des ressources naturelles. L’Homme souffre d’autant plus qu’il constate les conséquences néfastes de son modèle sur le milieu naturel (lire aussi notre article sur la solastalgie ou éco-anxiété).

Ecologie et spiritualité : un nouveau rapport à soi.

La croissance des désirs artificiels est la marque d’un enchainement à l’ego, ce qui engendre insatisfaction, peur, haine et violence.

La compétition individuelle se traduit au niveau international par la compétition entre les nations, tant sur le plan économique que diplomatique ou militaire. Ceci génère de fortes inégalités politiques, sociales et environnementales.

D’autre part, la recherche de l’efficacité dans la maîtrise de la Nature se traduit par une réduction de l’intuition, de l’intelligence émotionnelle et de la créativité. Après avoir conformé la Nature à ses techniques, l’homme est devenu un simple rouage du monde qu’il a lui-même créé : enchainé à ses propres désirs, il s’est totalement oublié.

Au contraire, l’écologie spirituelle permet à chacun de valoriser une autre part de lui-même, celle qui aspire à vivre en harmonie avec le Tout. Il s’agit concrètement de se mettre en quête de la part authentique et universelle de soi-même, au-delà de l’illusion de l’ego.

Cela consiste à développer une nouvelle présence au monde, une présence assumée mais dénuée d’ambition, d’attentes et de désirs vains.

Révolution spirituelle, écologique et sociétale.

Les progrès scientifiques et technologiques ont fait croire à l’Homme qu’il avait tout pouvoir sur la Nature. Se prenant pour Dieu, oubliant l’étendue de son ignorance, l’Homme s’est octroyé le droit de modeler et de gérer les espaces, les éléments, les cours d’eau, les espèces animales et végétales, les équilibres naturels, etc.

Ceci rappelle deux mythes anciens :

  • le mythe de Prométhée : bravant l’interdit, Prométhée dérobe le feu sacré de l’Olympe (symbole de la connaissance) pour en faire don aux humains. C’est ainsi que naît l’humanité, les humains disposant d’un pouvoir qui au départ ne leur était pas destiné. Ce mythe explique l’ambition des hommes, leur envie de se mesurer aux dieux et de prendre leur place,
  • le mythe du péché originel (livre de la Genèse) : malgré la mise en garde de Dieu, Adam et Eve croquent du fruit défendu de l’arbre de la connaissance, dans l’espoir de “devenir comme des dieux”. Leur orgueil les obligera à quitter le jardin d’Eden pour tomber dans un monde de souffrance.

Ces deux mythes illustrent le décentrage et le déracinement de l’humanité, les hommes se considérant désormais comme les seuls maîtres et les seuls responsables de la Nature. Nous avons là un dualisme : l’Homme se voit comme extérieur à son environnement.

L’écologie spirituelle est un appel à réintégrer le paradis perdu : c’est le chemin du retour à l’unité.

Le chemin du retour à l’unité.

Les problèmes écologiques actuels ne pourront être résolus par le progrès technologique ; seule une révolution spirituelle pourra y parvenir.

Cette révolution spirituelle passera par :

  • la prise de conscience du caractère unitaire de la Création : l’Homme n’est pas un être à part, il fait partie du Tout,
  • la soumission volontaire aux lois naturelles,
  • la prise de conscience de nos limites et de notre haut degré d’ignorance,
  • la reconnaissance du caractère limité de notre libre-arbitre,
  • et par la recherche permanente de l’harmonie sociale et écologique, à travers l’étude, l’observation, l’éducation, la bienveillance, la solidarité, l’inclusion, le partage, la philosophie, etc.

Ecologie et spiritualité ont donc vocation à se rencontrer.

L’homme éveillé.

L’homme éveillé est celui qui sait lâcher-prise pour rencontrer sa vraie nature et regagner le jardin perdu. Plutôt que d’intellectualiser son rapport à l’environnement, il développe une vision poétique du monde. Humble, il se refuse à juger ses frères, préférant montrer l’exemple par un comportement simple et sobre.

Serein, il fait confiance à l’ordre des choses, abandonnant ses peurs et ses angoisses écologiques. Car il sait que les lois de la Nature finissent toujours par triompher.

Un nouvel état d’esprit, de nouvelles valeurs.

La pollution et les déséquilibres existent d’abord dans nos têtes avant d’exister dans la Nature.

La “quête écospirituelle” consistera à se dépouiller, à s’abandonner, à renoncer à tout maîtriser, à tout savoir et à juger. Elle implique respect et totale attention envers toutes les choses qui constituent notre environnement.

C’est ainsi que l’unité peut être rétablie avec la Nature, autrement dit avec le Tout sacré.

De nouvelles valeurs émergent :

C’est aussi moins d’intellectualisation et moins d’information pour un rapport au monde plus sincère, plus silencieux, plus méditatif, en tous cas moins soumis aux exigences du mental.

Sur le plan personnel, c’est une meilleure connaissance de soi. Sur le plan extérieur, c’est la compassion, l’acceptation des autres et des choses telles qu’elles sont.

Au final, l’écologie spirituelle consiste à reprendre sa place dans le Tout. Il s’agit de retrouver et de ressentir l’énergie cosmique qui a toujours circulé en nous, et que nous avions oubliée.

La sérénité enfin retrouvée, notre action se fera plus douce et plus conforme aux grandes lois cosmiques.

L’homme doit accepter sa condition d’homme s’il ne veut pas courir à sa perte, et sa condition est humble : il fait partie du tout, auquel il lui faut contribuer à la juste échelle, et non avec la démesure absurde dans laquelle il s’est engagé. Jean Giono

Lire aussi notre article sur la Pachamama : définition et signification.

Pour aller plus loin sur le thème écologie et spiritualité :

  • Ecologie et spiritualité, de Pierre Rabhi, Annick de Souzenelle, André Comte-Sponville, Théodore Monod, Jean-Marie Pelt et Albert Jacquard.
  • Laudato Si, loué sois-tu, du pape François. Cette première lettre encyclique du pape sur l’écologie appelle à une refondation complète du rapport entre l’homme et la Création.

Modif. le 17 février 2021

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