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Etre humaniste : qu’est-ce que ça veut dire ?

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L’humanisme : qu’est-ce que c’est ? Quelles sont les valeurs humanistes ? Qu’est-ce qu’un comportement ou un mode de pensée humaniste ?

En philosophie, l’humanisme est une théorie qui accorde une valeur fondamentale à la personne humaine. C’est l’amour des hommes et de l’humanité tout entière.

Mais cette définition peut sembler utopique, tant il semble difficile d’aimer tout le monde au vu de ce que l’on constate au quotidien : égoïsme, malveillance, haine, conflits, crimes, guerres… S’il est facile d’aimer ceux qui nous respectent et nous veulent du bien, il semble impossible et contre-nature d’aimer les autres…

Mais alors, que signifie vraiment être humaniste ? Faut-il renoncer à être humaniste ? Peut-on encore être humaniste aujourd’hui ?

Lire aussi : L’humanisme est-il passé de mode ?

Etre humaniste n’est pas évident. Notre nature nous pousse plutôt à nous méfier des autres et à nous protéger. C’est la raison pour laquelle les valeurs humanistes sont toujours fragiles et menacées.

On pourrait tout simplement renoncer à être humaniste. Mais le repli sur soi, le rejet et la haine des autres aboutirait à risquer d’être soi-même rejeté et haï. En effet, détester les autres leur fournirait un argument supplémentaire pour nous causer du mal. Nous arrivons donc à un premier constat : pour être aimé et respecté, il faut d’abord aimer et respecter les autres. Adopter les valeurs humanistes est donc indispensable pour pouvoir vivre en paix et en harmonie, bien que non suffisant.

On pourrait même se borner à être humaniste par utilité, ce qui reviendrait à respecter les autres afin d’éviter d’éventuels problèmes, tout en continuant à les haïr secrètement. Mais nous allons voir qu’il y a des raisons de développer un humanisme sincère et profond.

Au quotidien, nous avons souvent l’impression que les autres sont mal intentionnés : nous ne manquons pas de les juger et de les critiquer. Il nous semble que chacun est responsable de ses actes : quoi de plus normal alors que de rejeter ceux qui commettent le « mal ».

Etre humaniste consiste à voir les choses différemment. Il ne s’agit plus de juger, ni de séparer ce qui est bien de ce qui est mal, ni de trier entre les bons et les méchants, mais de comprendre l’origine des problèmes et des conflits. Car personne ne souhaite faire le mal a priori : chacun agit comme il peut, avec ses raisons, ses moyens et ses limites.

Pour Socrate (mais aussi Spinoza et Nietzsche), le mal véritable n’existe pas, puisque celui qui commet un acte néfaste est par définition contraint, inconscient ou ignorant : il ne peut faire autrement. Les problèmes de la société ne viennent donc pas des hommes, mais d’un ensemble de causes et de circonstances qui les obligent à agir tel qu’ils le font.

Ainsi, une société anti-humaniste fera la chasse aux individus eux-mêmes, alors qu’une société humaniste s’attaquera aux causes des comportements, en agissant sur la prévention, l’éducation, le soin et l’assistance.

Par conséquent, un humaniste se s’attaque pas aux pauvres, mais à la pauvreté. Il ne s’attaque pas aux clandestins, mais aux causes de l’immigration clandestine.

De même, dans une perspective humaniste, on ne peut lutter durablement contre la criminalité qu’en s’attaquant à ses causes : la misère, le déclassement, le manque d’éducation, etc. Si la sanction est nécessaire, elle comporte toujours un volet de soin et de réinsertion.

Le bon juge s’applique à condamner le crime sans condamner le criminel.
Sénèque

Précisons que l’humanisme n’est pas une faiblesse : il ne s’agit pas d’excuser les comportements ni de laisser-faire, mais au contraire de faire en sorte que ces comportements-là n’aient plus lieu à l’avenir, en les traitant à la racine.

L’humanisme est donc la réponse la plus efficace, à long terme, aux problèmes de la société.

Lire aussi notre article : Le mal existe-t-il ?

Le contraire de l’humanisme est la misanthropie, c’est-à-dire la haine du genre humain. Mais un autre terme contraire, plus adapté, pourrait être ignorance, en l’occurrence l’ignorance des causes des phénomènes et des problèmes de la société.

Ne pas comprendre les causes conduit à haïr et à exclure. Au contraire, rechercher et connaître les causes permet de s’attaquer durablement aux conflits et aux désordres de la société, et d’instaurer la paix.

Au final, être humaniste consiste d’abord à chercher à comprendre au lieu de juger. Le comportement humaniste est donc fondé sur la raison, sur la science et sur l’ouverture de la conscience plutôt que sur une morale binaire qui sanctionne aveuglément.

Ceci demande un effort constant, d’abord un effort sur soi-même dans le but de vaincre ses préjugés et ses illusions. Il s’agit de se remettre en cause et de s’ouvrir aux autres, une posture qui permet le progrès de l’individu et de la société toute entière. Faire l’effort de comprendre permet d’instaurer la paix en soi-même, condition indispensable pour œuvrer à la paix dans le monde.

Ainsi l’humaniste s’informe, voyage, étudie, échange, dialogue, s’intéresse aux autres et les aide. Il apprend, éduque, transmet ce qu’il a compris.

Les misanthropes et les anti-humanistes pensent que la haine peut faire société. Mais en rejetant les autres, ils se rejettent eux-mêmes. En pensant se protéger, ils nourrissent les conflits et les guerres. En refusant de s’ouvrir et de comprendre, ils se mettent en danger et provoquent le chaos.

A l’heure où l’extrême-droite progresse partout dans le monde, il est urgent de rappeler les fondements et les valeurs de l’humanisme, seul moyen d’éviter un conflit généralisé et un effondrement de nos civilisations.

Lire aussi notre article : Etre de droite ou de gauche, qu’est-ce que ça veut dire ?

Modif. le 11 janvier 2024

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