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La loi des nombres : approche métaphysique

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La loi des nombres en métaphysique : qu’est-ce que c’est ? En quoi les nombres régissent-ils le monde et la nature ? Quel rapport entre mathématiques et philosophie ?

De même que la loi de causalité et la loi d’Amour, la loi des nombres peut être considérée comme une loi cosmique fondamentale.

Au-delà de leur aspect pratique, les nombres permettent en effet d’approcher la structure de l’univers : ils portent une valeur symbolique profonde et véhiculent la force logique.

Les nombres soutiennent le raisonnement : les mathématiques, à travers l’arithmétique et la géométrie, sont la science de l’ordre.

Les nombres ont donc une valeur concrète (ils décrivent la matière) aussi bien qu’abstraite (ils fondent l’argumentation et soutiennent les idées).

Pour Platon, les nombres régissent le monde des idées, le seul qui puisse permettre d’accéder à la réalité et à la vérité. L’idéalisme de Platon est une invitation à nous écarter de nos perceptions sensibles, sources d’erreur et d’illusion, pour entrer dans le domaine des “idées vraies”.

Les nombres seraient donc un moyen d’accéder au plus haut degré de la Connaissance : ils donneraient la clé de l’ordre intérieur et de l’harmonie cosmique. C’est en particulier la vision de Pythagore à travers sa célèbre Tétraktys, véritable religion des nombres.

Tentons d’approcher l’importance de la loi des nombres.

Lire aussi nos articles sur le symbolisme des chiffres :

La loi des nombres et son importance en métaphysique.

Alors que la géométrie est la science de l’espace, l’arithmétique est la science des nombres.

Les nombres peuvent être définis comme des symboles décrivant une unité, ou une somme d’unités. Leur existence se fonde sur le constat d’une séparation au sein de la matière, ce qui introduit la notion de dualité au sens de pluralité, mais une dualité qui retrouve son sens dans l’unité.

Les nombres sont des concepts intangibles qui peuvent être considérés comme absolument vrais. Ils peuvent être vus comme la racine secrète de la création, la semence divine, le Verbe ou “logos” : l’expression accessible, intelligible, de la pensée de Dieu.

Pour certains philosophes de l’Antiquité, tout est nombre. Pour Galilée, la nature est un livre écrit en langage mathématique. Ainsi les nombres seraient les principes éternels de la réalité et de la vérité. Plus que des expressions arithmétiques ou des quantités, ils exprimeraient des qualités d’ordre divin.

Les nombres : outil de compréhension et d’action.

Nous l’avons vu, les nombres aident à approcher la structure du cosmos. C’est l’idée que l’ordre existe au sein du chaos apparent : ainsi, les nombres exprimeraient l’ordre caché du monde, la loi cosmique fondamentale inscrite dans toute chose.

Voici quelques exemples d’interprétation des nombres :

  • le chiffre 0 symbolise le cercle, l’absence de différenciation, le monde incréé, non manifesté,
  • le chiffre 1 représente le point, le centre, le principe premier, la Grande Source, l’unité, ou encore cette force qui rassemble tout chose manifestée, et qu’on pourrait appeler Amour,
  • le chiffre 2 représente la ligne (ce qui sépare), la dualité, mais aussi ce qui relie et met à égalité (lire aussi notre article sur la symétrie),
  • le chiffre 3 symbolise la réconciliation des contraires, le retour à l’unité sans nier la dualité,
  • le chiffre 4 représente le carré, la perfection du monde manifesté, le pouvoir de multiplication,
  • etc.

Par leur langage symbolique, les nombres éclairent les grandes questions métaphysiques, telles la matière et l’esprit, ou encore l’unité et la dualité.

Mais surtout, les nombres donnent accès à l’universel : ils fondent le Vrai, le Beau et le Juste. Ils sont la clé de l’harmonie, à ce titre ils régissent les lois de la musique ou encore de l’architecture. Ils introduisent des valeurs telles que l’égalité, l’ordre, l’équilibre, la mesure et le progrès. Ils sont la voie de la sagesse.

Les nombres seraient donc le principe et le ciment universel de toute chose, rendant chaque chose (ou individu) égale aux autres, au-delà de l’illusion de la différence.

La loi des nombres exprime la perfection du monde, que le philosophe devra aussi trouver en lui-même. On perçoit à travers le nombres que tous les êtres humains sont faits de la même matière, animés du même principe et soumis aux mêmes lois. Ainsi, les nombres invitent à trouver la “mesure de soi” en même temps que la mesure de toute chose.

A ce titre, le chiffre 1 est particulièrement éclairant : il exprime le fait que chaque unité, chaque chose, chaque individu est un centre, relié au centre universel. Au final, la multiplicité peut être réduite à l’unité, de même que l’unité porte naturellement en elle la multiplicité.

La loi des nombres fonde l’action juste.

Pour le cherchant, les nombres constituent la méthode de toute démarche intellectuelle, morale ou concrète. Les nombres permettent de travailler sur une base stable, tout en repoussant les idées confuses du mental.

Les nombres garantissent une construction parfaite et un raisonnement cohérent, c’est-à-dire qui ne tombe pas dans le piège de l’illusion, de l’opinion ou du préjugé. La loi des nombres rend possible l’analyse, la mesure, le tri, la comparaison, la vérification.

La loi des nombres est donc une loi de vérité. Mais elle comporte aussi des limites.

La loi des nombres et ses limites.

Nous l’avons vu, la loi des nombres se fonde sur le constat d’une séparation au sein de la matière. Mais rien ne dit que cette séparation corresponde à la réalité. Car les choses sont en fait liées et interdépendantes : rien n’est durablement ni définitivement séparé.

Ainsi, en établissant des barrières au sein même de la matière, les nombres échouent à représenter le réel dans sa continuité, dans son aspect vivant, évolutif, dynamique.

Qu’on l’appréhende dans son côté infiniment petit ou infiniment grand, le cosmos semble en réalité s’affranchir des nombres, et il serait faux de dire que la nature obéit à la loi des nombres.

Notons en outre que les nombres sont impuissants à saisir certaines réalités physiques ou même certaines notions abstraites : citons l’exemple du nombre Pi, dont les décimales s’enchaînent de manière illogique. Les nombres sont incapables de décrire certains concepts tels le cercle, l’infini ou la racine de 2. On parle de nombres irrationnels. On aurait aussi pu évoquer les nombres imaginaires, transcendants, relatifs ou quantiques…

En réalité, les nombres sont une construction intellectuelle, une abstraction totale. Ils représentent des objets figés, qui n’existent pas réellement. Ils passent à côté de la “substance” essentielle du cosmos, cette énergie vivante, changeante, incontrôlable, insaisissable, aussi bien divergente que convergente.

Ainsi, les nombres n’ont pas d’existence évidente dans la nature (ce qui ne veut pas dire qu’ils sont inutiles au scientifique qui cherche à comprendre la nature). Le dénombrement est le propre de l’homme, mais n’a d’utilité que pour lui-même. L’observation par les nombres est avant tout une interprétation.

Utiliser les nombres implique de pouvoir ajouter, soustraire, multiplier, diviser, réduire, mais rien dans la nature ne dit qu’il soit possible de réaliser de telles opérations sur des unités dont on ne sait même pas si elles sont vraiment égales.

Au final, les nombres ne font que singer la nature. Ils tentent de décrire la réalité, une réalité qui elle, n’a pas besoin d’équation pour exister et évoluer.

On l’a compris, les nombres ne peuvent expliquer la force invisible qui fait tourner le monde…

Conclusion sur la loi des nombres.

La loi des nombres est-elle une illusion ? Les nombres sont-il inutiles ?

Nous l’avons vu, les nombres comportent le risque de séparer artificiellement les choses et de penser de manière trop abstraite. Mais s’ils sont mis en relation, les nombres retrouvent leur intérêt. Plutôt que séparateurs, les nombres peuvent être vus comme des éléments interconnectés formant le grand Tout.

D’autre part, si la loi des nombres ne résiste pas à la réalité (la nature ne se construit pas sur des équations), les nombres peuvent toutefois représenter la partie “ordonnée” de la réalité. La nature peut être vue comme un mélange d’ordre et de désordre, de rigueur et de spontanéité. Les êtres animés par le mystérieux phénomène de la vie montrent en effet une tendance à l’ordre (équilibre, symétrie, géométrie, logique). Nous tenons peut-être là la définition de la vie : l’ordre qui surgit du chaos.

Ainsi, la loi des nombres peut être vue comme une part de la réalité, mais une part seulement. Elle est un point d’appui pour accéder à la vérité, un point d’appui insuffisant mais essentiel.

Insuffisante pour expliquer les mystères supérieurs (Dieu, la vie), la loi des nombres permet toutefois de ne pas se perdre sur le chemin de la connaissance…

Pour aller plus loin :

Modif. le 25 juillet 2020

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