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Le non-soi du bouddhisme : définition

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Qu’est-ce que le non-soi du bouddhisme ? Comment interpréter le concept du non-soi ou de l’impersonnalité ? Quel rapport avec l’impermanence, la vacuité et la liberté ?

Le non-soi (anatman ou anatta) est un concept-clé du bouddhisme. C’est en particulier l’un des quatre sceaux, et l’une des trois caractéristiques de l’existence (les deux autres étant l’impermanence et la souffrance).

Contrairement à l’impermanence et à la souffrance, le non-soi s’applique aussi bien aux phénomènes conditionnés que non conditionnés, tels le nirvana.

Tentons d’abord de donner une définition du non-soi.

Le non-soi du bouddhisme : définition simple.

Définition : Le non-soi (ou impersonnalité) est l’idée selon laquelle les phénomènes, choses ou individus n’ont pas d’existence stable et autonome : ils n’existent pas “en soi”.

Il est important de préciser que non-soi ne veut pas dire absence d’existence, mais plutôt absence d’existence “en soi” : les choses ne tiennent pas leurs caractéristiques d’elles-mêmes.

Ainsi, chaque chose ou individu est le résultat d’un ensemble de causes et de phénomènes qui le déterminent.

Les êtres humains en particulier ont la fausse impression d’exister en tant qu’individus stables, séparés des autres et du monde : c’est l’illusion de l’ego. L’homme illusionné croit qu’il pense par lui-même ; or dans le bouddhisme, il n’y a pas de penseur derrière la pensée. Nous sommes loin du cogito ergo sum de Descartes.

Chaque individu serait donc l’agrégation d’un ensemble de phénomènes physiques et psychiques : c’est le résultat de ce qu’il est à un instant T, et qui sera peut-être différent à l’instant suivant.

A la source du non-soi : l’interdépendance.

Non-soi et interdépendance sont intimement liés, pour ne pas dire identiques.

L’interdépendance est le fait que tous les phénomènes sont liés et imbriqués par un enchaînement de causes et de conséquences. Ce que je suis à un moment donné est le résultat de cette chaîne d’événements infinie.

Nos dispositions, nos manières d’être, nos traits de caractères sont issus d’une conjonction de causes (éducation, culture, génétique, vécu…), qui, combinées, donnent ce que nous sommes à un instant donné.

Conséquence de cela : Nous ne sommes pas de manière définitive ce que nous sommes. Nous ne sommes pas notre vraie nature (ou en tous cas pas notre nature définitive), car nos caractéristiques, dispositions et opinions ont vocation à évoluer. Je serai demain un être différent, car les causes du monde auront changé.

Non-soi et impermanence.

Le fait que nous ne soyons pas de manière définitive ce que nous sommes évoque l’impermanence, autre concept-clé du bouddhisme.

Il ne sert à rien de vouloir s’attacher aux choses ou à l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes, car tout à vocation à changer ou à disparaître. Je serai demain plus vieux, peut-être mort, ou simplement différent, plus éveillé.

La prise de conscience de cela nous aidera à évacuer progressivement notre souffrance.

Lire notre article sur l’impermanence.

Non-soi et vacuité.

L’ego conduit à s’attacher à ce que le bouddhisme définit comme les 5 facteurs constitutifs de la personne :

  • le corps physique,
  • les sensations,
  • les perceptions et la mémoire,
  • les formations mentales ou pensées,
  • la conscience.

Toutes nos expériences relèvent de ces 5 facteurs, qui amènent l’être non-éveillé à dire : je suis une personne et ceci est à moi.

L’illusion ou le désir d’exister “en soi” est sous-tendu par l’ignorance. La vacuité est au-contraire la vraie nature des choses : tout est vide d’existence propre.

Lire aussi notre article : Vide et vacuité : définition, différence.

Non-soi et libre-arbitre.

Même si cette question n’est pas traitée clairement dans le bouddhisme, le non-soi sous-entend que nos pensées et nos choix sont conditionnés et relatifs : le libre-arbitre n’existe pas.

L’homme croit en sa liberté de choisir et d’agir, oubliant que ses pensées et ses actions sont conditionnées (déterminées) par un nombre infini de causes (génétique, influences, prédispositions, psychologie, karma, etc) : il vit dans l’illusion.

Cependant, le bouddhisme ouvre la possibilité de sortir de l’illusion (cf le Noble Sentier Octuple) notamment par des techniques de réflexion et de méditation. La démarche devient un chemin de libération personnelle dans le sens où elle vise à sortir de la souffrance causée par nos conditionnements incompris.

Ainsi, la prise de conscience de la vacuité de l’existence mène à l’Eveil et à l’amélioration de son karma individuel.

Lire notre article : Le libre-arbitre : une illusion ?

Du non-soi au vrai soi.

Le concept bouddhique du non-soi peut être jugé trop négatif. Dans l’hindouisme, il est remplacé par la notion de vrai soi, plus positive. Le vrai soi serait notre véritable nature, à l’opposé du moi égotique.

En psychologie, on distingue de la même manière le “moi” et le “soi”. Si le moi est ego, le soi est l’essence même de l’être, dépouillée de l’ego.

Dans l’hindouisme, atman est le souffle, le principe de vie, l’essence : c’est la pure conscience, le vrai soi, calme et imperturbable.

Ouvrages en rapport avec le bouddhisme :

Modif. le 13 mai 2020

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