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La vérité est-elle accessible ?

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La vérité est-elle accessible ? Peut-on atteindre la vérité ou certaines vérités ? Qu’est-ce que la vérité en philosophie ? Tentative d’analyse.

La vérité peut être définie comme la conformité du discours aux objets et à la réalité.

On distingue :

  • la vérité logique : c’est la vérité mathématique, géométrique, conceptuelle,
  • la vérité expérimentale : elle concerne les sciences pratiques, qui cherchent à approcher la mécanique des phénomènes et des objets réels.

Certaines vérités logiques sont facilement démontrables, par exemple « 2+2=4 » ou encore « tout triangle dispose de trois angles ». Mais ces vérités reposent sur des objets abstraits, autrement dit des concepts humains qui n’ont pas d’existence réelle (on ne rencontre pas de chiffre ni de triangle parfait dans la Nature).

Autrement dit, les concepts sont des constructions mentales à partir desquels ont peut élaborer des raisonnements logiques ou des « théories », mais sans rapport avec le réel.

A l’inverse, la vérité expérimentale semble beaucoup plus difficile à atteindre. Les démonstrations scientifiques sont souvent partielles, limitées, et peuvent être discutées, remises en cause, dépassées. Pourtant, les scientifiques aboutissent régulièrement à des conclusions stables et sont en capacité de reproduire certains phénomènes physiques, apportant ainsi la preuve de la véracité de leur discours.

Au final, savoir si la vérité est accessible interroge notre rapport à la Science, mais aussi notre rapport à nous-mêmes.

Voyons si la vérité est accessible ou non.

La vérité est-elle accessible ?

Intéressons-nous à la vérité expérimentale ou scientifique.

Compte-tenu des progrès rapides de la science, certains pensent que la vérité absolue pourrait un jour être atteinte.

Si nous partons du principe que la réalité existe en dehors de nous, indépendamment de nous, alors le scientifique peut tenter de l’approcher par différents outils d’observation et d’expérimentation, toujours plus fins.

Il est parfois possible de reproduire des phénomènes physiques, sous réserve que certaines hypothèses et conditions soient réunies. Dans d’autres cas, les scientifiques s’arrêtent à des modèles généraux, plus ou moins stables, plus ou moins précis. Plus difficile à saisir, la vérité cède alors la place, dans le pire des cas à l’opinion, et dans le meilleur des cas au consensus entre scientifiques. Un consensus qui a vocation à évoluer, à être affiné ou dépassé.

La loi de causalité.

Le travail des scientifiques se fonde sur le principe de causalité, selon lequel des causes produisent des effets. Pourtant, la réalité est moins binaire : plutôt que de causes, on devrait parler d’influences, pas toujours bien identifiables, souvent très nombreuses, mêlées, évolutives et d’intensité variable.

Ainsi, la logique scientifique a tendance à isoler des phénomènes et des causes pour les conceptualiser (voire les essentialiser) et les reproduire en vase clos : cette tendance à séparer ne rend pas compte de la réalité globale et unitaire ; elle peut même mener au contre-sens et à l’erreur.

Les sciences humaines ou sociales (dites « non exactes ») sont particulièrement exposées à ce risque.

Une réalité insaisissable.

La Science ne parle pas, elle ne tient pas de conférence, elle ne révèle rien par elle-même. Elle n’est qu’un mot, un concept. Seuls les hommes peuvent tenter de décrire et d’expliquer la réalité en se fondant sur une certaine rigueur méthodologique, qui consiste à séparer et comparer les objets, et aussi à confronter les idées et points de vue de chacun. Mais la vérité « globale » reste inaccessible.

En effet, accéder à la vérité impliquerait de savoir embrasser l’ensemble des phénomènes du monde (y compris nos propres phénomènes mentaux !), c’est-à-dire d’identifier et de comprendre l’ensemble des influences qui aboutissent à un constat ou une observation. Compte-tenu de nos capacités et de nos moyens, cela est bien sûr impossible.

Notre nature même est un obstacle à la vérité : nous sommes des êtres partiels, limités, prisonniers de notre individualité, donc par définition subjectifs : notre vision ne peut être que relative.

La vérité n’est pas accessible et c’est tant mieux.

Le fait que la vérité ne soit pas accessible est peut-être une chance.

Si la vérité était jugée accessible, ou déjà atteinte, alors on pourrait désigner et censurer tous ceux qui ne s’y conformeraient pas. Tout débat serait proscrit et la démocratie n’aurait plus d’utilité. Il n’y aurait aucune diversité d’opinion, donc aucune vie sociale.

Il faut donc se méfier de tous ceux qui croient en une vérité atteignable, ou pire, qui pensent posséder la vérité : ceux-là s’engagent sur le chemin du fanatisme, refusant de reconnaître la diversité et la richesse des expériences individuelles. Car chacun a le droit à sa vérité, sous réserve qu’il ne tente pas de l’imposer aux autres. Dans une société harmonieuse, l’échange et le débat animent le quotidien ; ils participent au bonheur commun.

En complément, on soulignera l’utilité du consensus, qui permet de partager une certaine vision du monde, et donc de vivre ensemble sur des bases communes, quitte à ce que le consensus évolue dans le temps. A titre d’exemple, le consensus sur les causes du réchauffement climatique permet à l’humanité de se rassembler pour faire face au défi qui se présente.

Reconnaître que la vérité n’est pas accessible permet le progrès humain.

Si la vérité était jugée accessible, cela fermerait toute possibilité de progrès. On s’arrêterait en effet à la première vérité atteinte (ou révélée) : il serait inutile de continuer à chercher… Nous venons de décrire le chemin du fanatisme et de l’erreur.

Or nous avons tendance à nous accrocher aux idées qui nous arrangent ou qui nous rassurent. Car remettre en cause nos opinions peut générer un stress, une insatisfaction, voire une perte de confiance, phénomènes qui touchent parfois les scientifiques eux-mêmes.

Partir à la recherche de vérité, c’est donc aussi savoir s’interroger sur soi-même, sur notre propre fonctionnement et nos propres limites. Ainsi, la connaissance de soi fonde la démarche du scientifique et du philosophe, lesquels tentent constamment de dépasser leur individualité et leurs préjugés.

A ce titre, la quête de la vérité consiste autant à démonter, à déconstruire, à remettre en cause qu’à bâtir des raisonnements. Ainsi, le dépouillement et un certain scepticisme doivent fonder la démarche.

Conclusion sur la vérité.

Du point de vue humain, la vérité passe par les mots, autrement dit la pensée binaire, duale. Ce mode de pensée ne prend pas en compte le fait que tout est lié, interdépendant, relatif et éphémère, y compris notre propre existence.

Ce qui fait dire que la vérité absolue est inaccessible et indicible : elle relève plus de l’acceptation des choses telles qu’elles sont, et telles qu’elles se présentent à nous, que du raisonnement logique. Ce qui ne doit pas nous empêcher de continuer à chercher.

Le chemin de la vérité nous met d’abord face à nous-mêmes : il passe par le retrait des nombreux voiles qui déforment notre rapport au réel, et nous amène à nous interroger sur notre nature profonde.

Le chemin de la vérité passe aussi par les autres, par le débat serein et l’échange des points de vue, qui permettent d’élargir toujours plus notre propre champ de vision.

Au final, si la vérité absolue est inaccessible, il est possible de s’en approcher toujours plus, pour peu que nous sachions nous confronter à nous-mêmes et nous ouvrir aux autres.

Lire aussi cette approche spirituelle de la vérité.

Modif. le 2 décembre 2021

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