Press "Enter" to skip to content

Le Volume de la Loi Sacrée et son symbolisme

5/5 (5)

Comment interpréter le Volume de la Loi Sacrée au Rite Écossais Ancien et Accepté ? Quel est son symbolisme ? Pourquoi est-il ouvert au prologue de l’Évangile selon Saint-Jean ?

Au moment de l’ouverture des travaux, le Vénérable Maître demande au Frère Expert de faire apparaître les trois Grandes Lumières en ouvrant le Volume de la Loi Sacrée au Prologue de Jean, de disposer sur celui-ci le compas et l’équerre, et de tracer le tableau d’apprenti.

Le Volume de la Loi Sacrée est donc au coeur du symbolisme de la loge.

Essayons d’en percer le sens.

Le Volume de la Loi Sacrée et son symbolisme au REAA.

Lors de l’initiation au 1er degré, le Vénérable Maître informe le récipiendaire qu’il lui sera demandé de prêter serment sur les Trois Grandes Lumières de la franc-maçonnerie que sont le Volume de la Loi Sacrée, le Compas, l’Équerre.

Au Rite Écossais Ancien et Accepté, le Volume de la Loi Sacrée est la Bible.

Mais il est précisé que d’autres livres traditionnels peuvent être admis pour la prestation du premier serment de la cérémonie d’initiation, à savoir :

  • les Védas de l’hindouisme,
  • le Tripitaka du bouddhisme (aussi appelé Trois corbeilles ou Canon pali),
  • le Coran des musulmans,
  • le Tao Te King des taoïstes,
  • les Quatre Livres de la doctrine de Koung-Fou-tseu (Confucius),
  • le Zend Avesta du Zoroastrisme (religion d’origine iranienne encore pratiquée aujourd’hui en Asie centrale).

La Bible reste cependant le volume utilisé pour les travaux habituels. Pourquoi cela ?

L’importance de la Bible pour les franc-maçons de Rite Écossais.

Au Rite Écossais, un grand nombre de références, mots de passe et légendes sont tirés de l’Ancien Testament et du Nouveau Testament.

La prépondérance de la Bible rappelle que la maçonnerie spéculative est née au coeur de la civilisation chrétienne, à un moment de crise de la conscience européenne qui voit se rompre l’unité chrétienne et les peuples se déchirer dans les guerres de religion.

La Bible crée une double-difficulté :

  • le chrétien doit accepter une lecture non religieuse de la Bible,
  • l’athée doit accepter cet ouvrage comme “la loi sacrée”.

Or les Constitutions d’Andersen (1723) précisent : Un Maçon est obligé, par sa Condition, d’obéir à la Loi morale ; et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée stupide, ni un Libertin irréligieux.

Cependant si l’on considère que la franc-maçonnerie est une école de la connaissance de soi, libre et adogmatique, on peut s’étonner que la Bible soit utilisée comme Volume de la Loi Sacrée…

La signification profonde du “Volume de la Loi Sacrée”.

Les ouvrages cités plus haut, au premier rang desquels la Bible, constituent le Volume de la Loi Sacrée pour plusieurs raisons :

  • D’abord, le REAA se place dans la tradition des grandes spiritualités du monde. La tradition chrétienne est celle qui nous est la mieux connue en occident, mais ça n’est pas la seule et le rituel le prend en compte.
  • Notons ensuite que le rituel du REAA fait bien la distinction entre la Bible et le Volume de la Loi Sacrée. Le “Volume de la Loi Sacrée” est le terme générique retenu pour désigner la tradition des grandes Lois universelles, au premier rang desquelles la loi d’Amour. Il ne s’agit pas de faire une lecture religieuse de la Bible mais une interprétation qui cherche l’universel, conjuguant ainsi présent et tradition. La Bible contient les valeurs universelles, tout comme les autres textes traditionnels. Le travail initiatique permet de les actualiser, de les rendre vivantes pour aujourd’hui et demain.
  • Enfin, il s’agit de dépasser l’antagonisme apparent entre l’initiation à vocation universelle et un livre traditionnel comme la Bible. C’est précisément l’initiation qui permet de passer du domaine religieux au domaine initiatique, c’est-à-dire à celui de la connaissance intime. La révélation judéo-chrétienne est un point de départ, elle fait en sorte que nos regards se tournent vers la Lumière, cette Lumière commune à tous les hommes de bonne volonté qui souhaitent construire le grand Temple de l’humanité.

La Bible, Dieu et le Grand Architecte de l’Univers.

Le Rite Écossais travaille non pas à la gloire de Dieu mais à celle du Grand Architecte de l’Univers (GADLU). Il faut donc insister sur le fait que le GADLU n’est pas Dieu, mais un symbole.

L’appellation “Grand Architecte de l’Univers” désigne le Principe ineffable et inaccessible. Lui donner un nom (Dieu, Jéhovah, Allah ou tout autre) serait le réduire à la mesure humaine, donc le profaner.

Cette lecture ésotérique des symboles est au coeur de la démarche initiatique.

Le caractère sacré du Volume et de la Loi.

Il faut s’interroger sur la notion de Loi sacrée, et de “sacré”.

Le sacré n’exclut pas nécessairement le divin mais ne l’impose pas non plus. Il s’oppose en premier lieu au profane. Ainsi, le sacré au sens large est ce qui ne peut être profané, ce qui mérite qu’on se sacrifie. Le sacré mérite le respect qu’impose sa haute valeur morale.

La Loi sacrée se distingue des lois profanes. La Loi sacrée ne relève pas non plus d’une loi révélée. Elle n’est pas une somme de croyances, elle n’est pas le fruit d’un temps historique, elle ne se rattache pas à un culte religieux. Elle est un principe universel qui fonde la quête spirituelle du franc-maçon et qui s’adresse à tous les hommes quelles que soient leurs croyances.

La Loi Sacrée dépasse la nature humaine. A l’échelle de l’homme, cette Loi sacrée est avant tout une Loi d’Amour et de fraternité, que tout franc-maçon doit incarner.

Celui qui dit qu’il est la Lumière et qui hait son Frère, se trouve dans les ténèbres. Celui qui aime son Frère demeure dans la Lumière. Première épître de Jean, 2, 9

Cette Loi sacrée conjugue Amour et Lumière (cette lumière si importante dans le prologue de Jean) pour tendre vers l’harmonie. Le rite introduit l’existence de lois supérieures, celles du cosmos, auxquelles nous sommes tous soumis, lois soumises elles-mêmes à une intelligence ordonnatrice prenant sa source dans le principe et le symbole du GADLU.

La reconnaissance de cet ordre et la compréhension de ses caractéristiques guide le franc-maçon dans la construction du Temple de Salomon, c’est-à-dire dans l’édification de son Temple intérieur.

Dès lors, l’Art Royal consiste à intégrer en nous l’ordre du monde.

Les Trois Grandes Lumières.

Les deux grandes Lumières que sont le compas et l’équerre posés sur le Volume de la Loi Sacrée permettent de passer des concepts à la construction effective.

Le compas fait naître le cercle à partir du point, embrassant ainsi le Principe de la création pour établir nos plans. L’équerre inscrit le plan dans la matière. L’entrelacement des deux outils indique les étapes de la réalisation.

Les Trois Grandes Lumières traduisent ainsi le monde divin présent dans la matière.

En conclusion.

Le Rite Écossais permet que des hommes différents par la foi et l’opinion se rassemblent pour manifester leur conviction et leur souhait de se conduire conformément à la justice et à la charité.

L’amour et la fraternité, lois morales et non religieuses, doivent inspirer les pensées du franc-maçon et guider sa conduite.

La Bible est l’expression écrite et historique de ces valeurs traditionnelles, universelles et morales. Des valeurs qui ne se rattachent en réalité à aucun dogme particulier mais qui constituent un Devoir.

Voir aussi : Liste de planches maçonniques au grade d’apprenti.

Vous pouvez noter cet article !

Mission News Theme by Compete Themes.
%d blogueurs aiment cette page :