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La différence entre athée et agnostique

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Quelle est la différence entre athée et agnostique ? Peut-on vivre une spiritualité sans croire en Dieu ? Peut-on croire en Dieu sans pratiquer de religion ?

Athée, agnostique, déiste, théiste…, il n’est pas toujours simple de distinguer entre ces différents courants ou doctrines décrivant notre rapport à Dieu.

Pour certains, la spiritualité ne peut se passer de Dieu. Pour d’autres, Dieu n’existe pas ; croire en Dieu pourrait même faire obstacle à la pratique de la philosophie et de la spiritualité. Pour d’autres enfin, il est impossible de se prononcer définitivement sur la question de l’existence de Dieu.

Ces différentes approches posent une autre question : celle de la définition de Dieu.

Selon les cas, Dieu peut être vu comme l’Etre suprême, le Créateur transcendant, révélé ou non, connaissable ou inconnaissable, personnifié ou non. Il peut aussi être défini de manière plus large comme le principe unitaire et ordonnateur du monde : la loi universelle ou la “loi cosmique”.

Dieu est parfois aussi décrit comme immanent : il est alors la Nature elle-même.

A présent, voyons quelle est la différence entre athée et agnostique.

Athée, agnostique, déiste, théiste : définitions.

Tentons les définitions philosophiques suivantes :

  • L’athéisme (ou incroyance) est la négation de l’existence de Dieu. Souvent matérialiste, l’athéisme peut prendre différentes formes, allant du refus de toute spiritualité (souvent doublé d’anticléricalisme) à la pratique d’une spiritualité prenant la forme d’un humanisme non-religieux,
  • L’agnosticisme est la position de ceux qui se disent dans l’incapacité de se prononcer de manière définitive au sujet de Dieu et de son existence. Les agnostiques considèrent l’idée de Dieu comme inaccessible. Ils ne rejettent pas, a priori, l’existence de Dieu mais n’en perçoivent aucune preuve. Pour eux, les religions sont avant tout des phénomènes humains et sociaux.

La différence entre athée et agnostique est donc claire : les athées ont une position tranchée sur la question de l’existence de Dieu (Dieu n’existe pas), alors que les agnostiques considèrent simplement qu’il n’est pas possible de défendre une position ferme à ce sujet.

Complétons ces définitions par celles du déisme et du théisme :

  • Le déisme est la position de ceux qui admettent l’existence d’une divinité, définie comme un dieu unique, transcendant mais inconnaissable et indéfinissable. Ce dieu n’est donc pas celui des religions. Les déistes font référence à l’existence d’un “être suprême“, sans référence à un quelconque dogme ou vérité révélée. C’est le Dieu de la loi universelle et du raisonnement, un Dieu sans forme mais partout présent,
  • Le théisme est la croyance en un Dieu, le plus souvent unique (monothéisme), révélé et personnalisé. Ce Dieu unique est le créateur de tout. Il interfère directement dans les affaires humaines. Il se révèle à certaines occasions et fait connaître ses intentions. Le théisme est donc un déisme mais avec une dimension religieuse importante.

Nous avons donc là différentes doctrines ou attitudes philosophiques bien différentes. Entrons dans les détails.

La différence entre athée et agnostique.

On l’a vu, l’athéisme est un refus de Dieu, alors que l’agnosticisme est un scepticisme.

En philosophie, le scepticisme consiste à examiner les choses et les idées, et à les comparer pour montrer que chaque raisonnement peut être réfuté ou dépassé. Le scepticisme refuse les idées arrêtées, pour la simple raison qu’on ne sait pas si ces idées sont vraies ou fausses.

Alors que l’athéisme est une position fermée, l’agnosticisme semble plus ouvert : c’est une invitation à continuer de s’interroger, à aller plus loin dans la recherche de l’inconnaissable. Sans doute la voie de la sagesse.

Ainsi, doute et prudence caractérisent l’agnosticisme, ce qui est moins le cas dans l’athéisme.

La différence entre athée et agnostique peut toutefois être relativisée en qui concerne la pratique spirituelle. En effet, ces deux courants peuvent s’accompagner d’une spiritualité sans dieu, qui pourra prendre la forme d’un humanisme universaliste.

Une spiritualité sans dieu ?

Les athées et les agnostiques peuvent se retrouver dans la possibilité de pratiquer une spiritualité en dehors de toute référence à un dieu ou à une religion.

En effet, les valeurs morales essentielles (“sacrées”), l’humanisme, l’altruisme, la compassion, la bienveillance, la fraternité, l’humilité, la justice ou encore la beauté n’ont pas besoin de dieu pour exister, être reconnues et cultivées. C’est ce qu’explique André Comte-Sponville dans son célèbre ouvrage L’Esprit de l’athéisme, Introduction à une spiritualité sans dieu.

Par ailleurs, certaines philosophies orientales, comme le bouddhisme ou le taoïsme, se passent de dieu alors même qu’elles fonctionnent comme des religions, avec dogmes, rituels et clergé.

Il faut donc distinguer entre spiritualité, croyance en Dieu et pratique religieuse, ces trois éléments pouvant ou non se chevaucher :

différence athée agnostique déiste théiste schéma

La soumission à Dieu : salut ou perdition ?

Pour les athées, la notion de Dieu constitue un obstacle majeur à la pratique d’une spiritualité libre et authentique. En s’attachant à la fausse idée d’un Dieu créateur et régulateur de tout, les croyants s’égareraient : aveuglés par leur dogme, ils se couperaient de la possibilité d’accéder à la compréhension et à la connaissance de l’essentiel.

A l’inverse, pour les déistes, la spiritualité ne peut se pratiquer sans reconnaissance de l’existence de Dieu : il s’agit de se rapprocher de lui, de se soumettre à lui. En effet, la soumission à Dieu constitue le chemin même de la libération, puisqu’il faut renoncer à soi-même pour procéder à un recentrage salutaire. Ainsi, croire en Dieu permettrait de retrouver sa véritable place dans le monde : c’est abandonner ses illusions et ses ambitions pour se conformer à la loi universelle, la loi cosmique. C’est se tenir près de l’axe du monde, ce puits de vérité.

En réalité, tout est ici question de vocabulaire. Si l’on définit Dieu comme la loi cosmique, alors il est possible de réconcilier athéisme et déisme. Car dans tous les cas, la spiritualité est le chemin de l’humanisme, de l’altruisme et de l’Amour, c’est-à-dire la voie qui mène à la reconnaissance de valeurs qui dépassent l’individu auto-centré.

A ce titre, les valeurs religieuses (espérance, charité, prudence, tempérance, justice…) sont très proches des valeurs de la spiritualité athée.

Lire aussi notre article sur les vertus théologales et cardinales.

Au final, la différence entre athée, agnostique, déiste et théiste est plus mince qu’il n’y paraît. La spiritualité, au sens le plus large, transcende potentiellement toutes ces catégories.

Pour votre bibliothèque :

  • L’Esprit de l’athéisme, d’André Comte-Sponville. Une remarquable description de ce que peut être la spiritualité sans dieu.
  • Cosmos, de Michel Onfray. Un ouvrage qui renoue avec l’idéal païen d’une sagesse en harmonie avec le monde et la nature.

Modif. le 25 juillet 2020

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