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Le droit au blasphème : approche philosophique

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Le droit au blasphème en philosophie : définition et signification. Sur quoi repose le droit de blasphémer ? Où se termine le droit de blasphémer ?

Blasphémer consiste à proférer des injures, à calomnier, outrager ou diffamer une religion, un dieu, une figure ou un symbole divin, un dogme, ou toute chose considérée par d’autres comme possédant une dimension sacrée.

En France, le droit au blasphème n’existe pas à proprement parler, mais les lois sur la liberté d’expression l’autorisent de fait :

  • Article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.
  • Article 11 : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.
  • Citons aussi la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

Le blasphème semble donc possible, mais la loi met des limites à cette liberté d’expression : l’ordre public doit être respecté. La loi de 1881 réprime en particulier l’injure, la diffamation, les propos qui incitent à la haine, à la discrimination et à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance (ou de leur non-appartenance) à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.

Ainsi donc, le droit au blasphème touche à la liberté d’expression mais aussi à l’ordre public. Il pose la question de la laïcité et de la manière dont elle doit être appliquée, vécue. Il interroge la capacité des uns et des autres à vivre ensemble et à tolérer différentes opinions, croyances et pratiques.

Tentons d’éclairer la question du droit au blasphème.

Le droit au blasphème : une approche philosophique.

Avant d’aborder le droit au blasphème à proprement parler, rappelons les principes de la laïcité.

La laïcité, inscrite en France dans la loi de 1905, est le principe et l’outil juridique qui garantit à chacun la liberté de conscience et de culte : liberté de croire en Dieu, de ne pas croire ou de douter, liberté de pratiquer la religion que l’on souhaite.

Article 1 de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public.

La notion d’ordre public est ici à souligner, notion qui est aussi présente dans la loi de 1881 sur la liberté d’expression.

Ainsi, la liberté de conscience, de culte et d’expression connaissent des limites. Concrètement, la question est de savoir si le blasphème constitue ou non un trouble à l’ordre public.

Injurier une chose ou une personne ?

Le blasphème est toléré en France dans la mesure où il porte sur une chose (un fait religieux) et non sur une personne ou un groupe de personnes.

On peut donc insulter une religion, un dieu, un symbole, un dogme, mais on ne doit pas s’en prendre à une personne ou un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse. Cela semble clair et logique.

On peut donc dire : “Cette religion est une tartuferie”, mais on ne peut pas dire : “Les adeptes de cette religion sont tous des tartufes”.

Mais ici, la difficulté vient du fait que la frontière est parfois très mince entre injure à une religion et offense à une communauté. En effet, dans certains cas, insulter une religion revient clairement à viser une communauté en particulier.

Le problème se pose d’autant plus :

  • si la religion insultée est minoritaire, et pratiquée au sein d’une communauté minoritaire,
  • si les membres de cette communauté pratiquent majoritairement la religion en question,
  • si les membres de cette communauté sont principalement originaires du même groupe ethnique ou géographique.

Dans ces cas-là, la suspicion de racisme ou d’incitation à la haine sera évidemment plus forte. Il sera plus difficile à l’auteur de l’injure de prouver qu’il n’a pas visé une communauté en particulier mais simplement un fait religieux.

A l’inverse, lorsque c’est une religion majoritaire ou historique qui est visée, cette suspicion sera moins forte et l’injure aura tendance à être acceptée plus facilement par la société.

Ainsi, selon le contexte, les juges devront interpréter la teneur des propos injurieux : ils pourront y voir un droit légitime à exprimer une opinion, ou au contraire une diffamation ou une incitation à la haine à l’encontre d’un groupe de personnes en particulier.

Le blasphème : un droit et des responsabilités.

De fait, en France, le blasphème constitue un droit, et cela est certainement une bonne chose car nul ne doit se sentir contraint par le dogme des autres.

Mais ceux qui utilisent ce droit doivent mesurer les conséquences potentielles de leurs déclarations, et prendre leurs responsabilités. Car dans certains cas, le droit au blasphème est susceptible de déclencher d’importants troubles à l’ordre public.

Il convient ici de rappeler l’esprit de la laïcité : favoriser le vivre-ensemble. L’harmonie sociale et la paix civile priment sur toute autre valeur. Cette harmonie est nourrie par la tolérance, le respect réciproque, l’écoute et le dialogue.

Les valeurs républicaines et laïques questionnent le pacte social ; elles nous obligent à nous interroger sur l’équilibre entre les droits et les devoirs de l’individu, ainsi que sur les limites de la liberté.

Le citoyen libre et éclairé est avant tout un citoyen responsable, qui n’a pas pour objectif de blesser. Il est aussi celui qui sait contrôler sa susceptibilité et faire la part des choses.

La laïcité invite à la mesure et à la modération : on s’abstiendra de toute provocation. Et de l’autre côté, on évitera toute réponse stérile aux provocations.

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Modif. le 25 octobre 2020

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