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Le symbolisme de la porte

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Le symbolisme de la porte : comment l’interpréter ? Que représentent la porte et le passage dans les différentes traditions spirituelles, ésotériques et religieuses ?

La porte symbolise un point de passage mystérieux entre deux mondes, deux états ou conditions.

Pousser la porte, c’est quitter le connu pour l’inconnu, le profane pour le sacré, le matériel pour le spirituel, le terrestre pour le céleste, ou encore les ténèbres pour la lumière.

La porte symbolise l’ouverture de la conscience. Parfois, le chemin spirituel comporte des portes ou paliers successifs, chacune correspondant à un niveau de compréhension différent.

Le symbolisme de la porte est riche, parfois même ambigu ; on le retrouve dans la plupart des religions et des traditions spirituelles.

Tentons de décrypter le symbolisme de la porte.

Le symbolisme de la porte dans les différentes traditions.

Dans l’Egypte ancienne, le dieu solaire Rê traversait chaque soir sur sa barque sacrée douze portes correspondant aux douze heures de la nuit, avant de reparaître vainqueur chaque matin.

Dans la plupart des traditions et religions, la porte symbolise l’entrée dans le monde sacré : on pense aux portails des cathédrales, aux toranas hindous ou bouddhiques, ou encore aux torii japonais :

Les quatre portes.

Le symbolisme de la porte est régulièrement associé au chiffre 4. En numérologie hébraïque, le 4 correspond à la lettre Dalet dont la signification est la porte.

En Asie, l’espace sacré est souvent flanqué de quatre portes (cité d’Angkor Thom, Cité interdite, mandalas…) dites “cardinales” : elles délimitent le sanctuaire ainsi que le centre de l’empire.

En Chine, ces quatre portes cernent le coeur du véritable pouvoir fondé sur le vide du tao, qui peut être assimilé à l’axe du monde. Le tao fait naître les deux composantes yin et yang, correspondant au va-et-vient des énergies de part et d’autre des portes.

La porte des mystères.

Les Grecs anciens appelaient “colonnes d’Hercule” les rochers flanqués à l’entrée du détroit de Gibraltar, marquant le passage vers l’inconnu ou vers l’Atlantide, continent perdu des mystères de la connaissance.

Ci-dessous une représentation des colonnes d’Hercule sur la page de titre de l’ouvrage le plus important de Francis Bacon (1561-1626), Novum organum scientiarum, dans lequel le philosophe propose un nouvel “outil de pensée” repoussant les limites de la connaissance :

Dans la Rome antique, Janus était le dieu du commencement et de la fin, des choix, des portes et du passage, représenté sous la forme d’un homme à deux visages, l’un tourné vers le passé et l’autre vers l’avenir.

Janus détenait la clé des portes.

Ainsi, franchir une porte c’est découvrir de nouveaux horizons, changer d’époque, ouvrir une nouvelle ère (Janus a donné son nom au mois de janvier). Dans un sens négatif, c’est subir la fuite du temps sans possibilité de retour en arrière.

Janus

Les portes solsticiales.

Janus est aussi le gardien des portes solsticiales :

  • le solstice d’hiver marque le début de la phase ascendante du soleil : c’est la porte de la lumière et des dieux, qui sera plus tard assimilée à Saint-Jean-l’Évangéliste,
  • le solstice d’été marque le début de la phase descendante du soleil : c’est la porte des hommes ou des enfers, la plongée vers les ténèbres.

La tradition hindoue reprend à peu de choses près ce symbolisme.

Cette dualité rappelle aussi les deux composantes yin et yang du tao unitaire.

Porte du paradis ou de l’enfer ? La vie et la mort.

Le plus souvent, le symbolisme de la porte évoque l’entrée dans un monde paisible, céleste, paradisiaque.

Dans le Nouveau Testament, Jésus décrit la porte qui permet d’entrer dans le Royaume de Dieu :

1) En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui n’entre pas par la porte dans la bergerie, mais qui y monte par ailleurs, est un voleur et un brigand. (…)
7) Jésus leur dit encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. (…)
9) Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages.

Jean, 10

24) Jésus, voyant qu’il était devenu tout triste, dit : Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu !
25) Car il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu.
Luc, 18

Il n’est pas besoin de mourir pour entrer au paradis, car le Royaume de Dieu est au-dedans de vous, dit Jésus. Le paradis est donc accessible à tout moment, en renonçant à soi-même, à son orgueil et à tout ce qui brille d’un éclat trompeur.

Citons aussi :

Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit à l’arbre de vie, et d’entrer par les portes dans la ville !
Apocalypse 22, 14

Dans d’autres cas, la porte évoque la mort, la souffrance et les enfers : on y entre par la gueule d’un monstre (Kala ou Yama dans l’hindouisme et le bouddhisme).

Le symbolisme de la porte est donc ambigu : chemin de délivrance offrant la vie éternelle, ou au contraire chemin de mort.

Mais cette ambiguïté n’en est peut-être pas une : la mort n’est-elle pas une délivrance ? n’annonce-t-elle pas une renaissance ? (on retrouve ici le symbolisme des cycles). Mais encore faut-il ne pas se retrouver emprisonné dans les enfers…

La porte elle-même peut être vue comme un état intermédiaire entre la vie et la mort, ce qui fait penser au bardo du bouddhisme, sorte d’étape transitoire avant chaque renaissance. Les bardos sont des moments de passage durant lesquels les possibilités de libération et d’éveil se trouvent considérablement accrues.

Le symbolisme de la porte : les gardiens.

Il est difficile d’accéder à la porte et de l’ouvrir. La porte est souvent gardée, afin d’en protéger l’accès à ceux qui n’en sont pas dignes :

  • dans la mythologie égyptienne, les sphinx gardent les voies d’accès aux temples,
  • dans le bouddhisme et l’hindouisme, les dvarapala sont les divinités qui gardent les portes des temples et monastères,
  • dans la mythologie grecque, Cerbère est le chien à trois têtes qui garde l’entrée des enfers, empêchant les morts de s’enfuir et les vivants de les recueillir,
  • dans les loges maçonniques, le Couvreur est chargé de protéger la loge du regard des profanes,
  • dans le christianisme, des chérubins armés de glaives tournoyants empêchent Adam et Eve de regagner le Jardin d’Eden.

Pour Jésus au contraire, la porte du Royaume de Dieu n’est pas gardée. Chacun peut y accéder, pour peu qu’il accepte de se fondre dans l’Amour et le pardon.

L’Amour est la clef.
La Connaissance est la serrure.
Et l’homme a besoin des deux pour franchir la “porte étroite” qui mène au Royaume de Dieu.

Magali Cazottes

Lire aussi notre article : Frappez et l’on vous ouvrira.

Le symbolisme de la porte en franc-maçonnerie.

En franc-maçonnerie, la porte est celle de la loge ou du temple, en l’occurrence celle du Temple de Salomon, la maison du Grand Architecte de l’Univers abritant l’arche d’alliance posée dans le Saint des saints. C’est la porte conduisant aux mystères de la connaissance.

Cette porte est encadrée par les deux colonnes Boaz (“avec force”) et Jakin (“il établit”) conformément au récit biblique du Premier Livre des Rois.

La porte symbolise l’initiation, autrement dit “l’entrée”, au sens de révélation des secrets.

Lire aussi notre article : La porte basse en franc-maçonnerie.

Conclusion sur le symbolisme de la porte.

Passage décisif, promesse de nouvelle Jérusalem, renaissance, la porte invite à renoncer à une partie de soi-même pour entrer dans une nouvelle ère.

Il s’agira de se remettre en question (la porte agit comme un miroir de soi-même), d’opérer une transformation intime, de se dépouiller, de retrouver son authenticité primordiale en mourant à ses illusions. C’est donc un chemin qui recule autant qu’il avance : la porte est autant celle du progrès que du Retour, autant celle de la vie que de la mort de l’ancien “moi”.

La porte annonce un rendez-vous avec soi-même. Beaucoup de portes peuvent être franchies au cours d’une vie, de manière plus ou moins douloureuse.

Refuser d’ouvrir la porte, c’est renoncer à ouvrir les yeux, par peur, orgueil ou attachement. Le gardien n’est autre que nous-même : il ne s’incline que devant le pur élan de notre coeur.

Accepter d’ouvrir la porte, c’est lâcher prise, s’élancer vers l’inconnu, plonger en soi pour accepter de se connaître vraiment. C’est trouver sa demeure, entrevoir la vérité, s’avancer tout près de l’arbre de vie.

Pour aller plus loin :

Modif. le 12 septembre 2020

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