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Le symbolisme du masque

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Le symbolisme du masque : quelle est sa signification ésotérique dans les différentes cultures et traditions ? Comment interpréter le masque en période de Covid ?

Objet hautement symbolique, le masque est intimement lié à l’identité, vraie ou fausse, réelle ou imaginaire. Il peut s’agir de sa propre identité ou d’une identité extérieure.

Le masque permet de dissimuler son visage, de changer de personnage, de se mettre dans la peau d’un autre. Il permet aussi d’imiter ou d’approcher les dieux : il donne une nouvelle dimension à l’être.

Le masque dit beaucoup des caractéristiques culturelles de la société qui les crée et les utilise. Il y a les masques rituels, carnavalesques, théâtraux ou simplement protecteurs.

Le masque est un objet ambigu. Selon les cas :

  • il cache et dissimule : il rend anonyme et inexpressif,
  • il imite, déforme et caricature : il est grimace, déguisement, comédie, usurpation, mascarade, hypocrisie,
  • il protège (celui qui le porte) et menace (celui qui le voit),
  • il révèle ce qui est évident : il favorise l’intuition, il joue le rôle de miroir du monde ; à ce titre, il est une invitation à la Connaissance.

Dans ce dernier cas, le masque a une signification profonde qu’il faudra savoir interpréter. Ceci explique qu’il est associé depuis la nuit des temps à des rituels religieux, ésotériques ou initiatiques.

Le masque agit sur l’expression faciale, aspect fondamental de la communication non verbale. Il neutralise ou fige les expressions positives ou négatives. Il communique la joie, le plaisir, la surprise, le dégoût, la colère ou la peur. A ce titre, il provoque des émotions directes, il parle à l’âme.

Dans le cadre de l’épidémie de la Covid-19, le masque est devenu un objet incontournable du quotidien, avec un fort impact sur les rapports sociaux : il constitue une protection en même temps qu’une véritable barrière entre les individus.

Entrons dans le symbolisme du masque.

Le symbolisme du masque sur le plan ésotérique.

Dans de nombreuses civilisations anciennes, le masque est associé à des rites religieux, funéraires ou initiatiques. On le retrouve dans toutes les sociétés qui se sédentarisent et développent l’agriculture et l’élevage.

Les masques sont particulièrement présents dans les processions et les danses célèbrant la fin des travaux agricoles. Mis en scène et animés, ils recréent l’ordre du monde ainsi que l’ordre social. A ce titre, leur portée symbolique et culturelle est essentielle.

Les masques traditionnels sont des symboles de dualité : ils expriment le bien et le mal, le bonheur et le malheur, le plaisir et la souffrance, la lumière et les ténèbres, etc. Ils représentent autant les dieux que les démons.

Les masques rejouent les forces cosmiques qui s’affrontent, notamment dans leur aspect cyclique. On leur attribue des pouvoirs magiques : maladie, guérison, sorcellerie, magie noire, influence sur le devenir de l’âme, régulation des forces spirituelles…

Les masques permettent de comprendre et de maîtriser l’invisible. Ils comportent souvent une dimension mystique, voire extatique.

Le sens caché des masques funéraires.

En Egypte ancienne, en Chine ainsi que dans d’autres civilisations, le masque funéraire était censé accompagner le mort vers sa nouvelle forme, et fixer l’âme errante. Le masque annonce alors la renaissance du défunt dans le nouveau monde.

Symbolisme du masque et cosmogonie.

Les masques accompagnent nombre de récits cosmogoniques, c’est-à-dire relatifs à la création du monde.

Les danses rituelles réactualisent les mythes originels. Elle rejouent la genèse du monde, elles éclairent les rapports entre matière et esprit, ordre et chaos. Elles rappellent la présence des forces divines, invisibles.

A travers leur mise en scène, les masques invitent à l’ouverture de la conscience et à cultiver le lien avec le sacré. La rupture d’un tel lien signifierait l’entrée en décadence, une situation jouée et dénoncée au cours des différentes cérémonies rituelles.

Le masque : l’expression d’un rapport de force.

Les masques traditionnels imposent un rapport de force entre celui qui le porte et celui qui le regarde : le porteur essaie de capter l’attention du spectateur pour l’influencer. Le spectateur résistera, se laissera duper ou envahir par la peur. Son âme sera renforcée ou aspirée.

Le masque est donc une épreuve pour celui qui le regarde : c’est le cas dans certains rites de passage ou cérémonies initiatiques.

Au final, le masque doit être vu comme un miroir de l’être, de la société et du monde. Il constitue un chemin de compréhension et d’élévation pour celui qui sait éviter les écueils.

Quelques exemples de masques et leur symbolisme.

masque kanaga mali dogon

Ci-dessus, masque Kanaga utilisé par les danseurs dogon (Mali) et destiné à représenter l’oeuvre du Dieu créateur Amma, en particulier lors des cérémonies funéraires.

symbolisme masque theatre no

Ci-dessus, masques du théâtre nô (Japon) représentant un homme et une femme. Le théâtre nô invite chacun à réfléchir à son rôle dans la société et à s’interroger sur la dimension divine de son existence.

masque funéraire égyptien

Ci-dessus, masque funéraire de Toutânkhamon (Egypte, vers -1327) 

double masque theatre

Ci-dessus, deux masques accolés, l’un rieur, l’autre triste, symbolisant l’art théâtral. Cette représentation duale est d’inspiration antique.

Le symbolisme du masque en lien avec l’épidémie de Covid-19.

Depuis la crise du coronavirus, le masque s’est imposé dans notre quotidien et a changé notre rapport aux autres. Les sourires et les expressions du visage ne se voient plus en public, et on ne peut plus lire sur les lèvres. Certaines paroles deviennent inaudibles.

En plus d’effacer notre personnalité, le masque dresse une barrière sociale : il est le signe que chacun d’entre nous constitue un risque pour les autres.

Pour certains, le masque imposé par le gouvernement est un bâillon insupportable. Il serait un moyen de réduire les gens au silence, de la même manière que les mesures de distanciation ont rendu impossible les regroupements et manifestations. Ce serait donc un objet anti-démocratique.

De même, le masque rend la respiration plus difficile : voilà le symbole d’une liberté restreinte, qu’on pourrait mettre en parallèle avec la “séquestration” du confinement.

Cette analyse est sans doute excessive. Le masque anti-Covid n’impose pas forcément le silence, puisqu’il est possible de l’enlever quand on s’exprime. Par ailleurs, il est possible de transmettre ses émotions par d’autres canaux, par exemple le regard ou les mots.

D’autre part, le masque peut aussi être vu comme un signe de respect : je protège les autres en leur évitant ma maladie, autrement dit je reconnais que ma liberté s’arrête là où commence la santé des autres.

Le masque est donc aussi un symbole d’humanisme et de progrès.

Pour aller plus loin :

  • Dictionnaire des symbolesde Gheerbrant et Chevalier. Avec ses 1600 articles, cet ouvrage est une référence dans l’étude des symboles.

Modif. le 30 octobre 2020

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