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Le bardo : définition dans le bouddhisme

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Le bardo : définition dans le bouddhisme. Qu’est-ce que le bardo ? Quel sens spirituel ? En quoi le bardo évoque-t-il le changement et l’impermanence ?

Le bardo (du tibétain bar : “état” et do : “dans un intervalle”) est un concept important du bouddhisme, qui traduit un état mental intermédiaire.

Le concept de bardo est lié à celui de l’impermanence, autrement dit le fait que les phénomènes, les choses, les êtres, les situations et les sentiments changent d’instant en instant, évoluent, se transforment.

Or les êtres non-éveillés vivent dans l’illusion de la permanence : du fait de leur ego, ils s’attachent à des choses qui sont vouées à disparaître, ce qui cause mal-être et souffrance, en particulier dans les phases de transition.

En réalité, les phénomènes, choses ou individus n’ont pas d’existence stable et autonome : ils n’existent pas en eux-mêmes, ils sont vacuité. C’est cette réalité que les “êtres éveillés” peuvent comprendre et expérimenter, notamment à travers la méditation.

Chaque bardo sera donc vécu comme une souffrance si la réalité de l’impermanence n’est pas comprise. Il sera beaucoup mieux vécu dans le cas inverse.

Voici donc le bardo, définition et tentative d’interprétation.

Le bardo : définition dans le bouddhisme.

Définition : Le bardo est un entre-deux, un intervalle qui se traduit par un état mental intermédiaire. C’est un état entre deux états, l’un étant achevé et l’autre n’étant pas encore apparu.

Il s’agit donc d’un moment sans substance, immatériel, au cours duquel l’esprit non éveillé a tendance à souffrir et cherche à retrouver une substance concrète, c’est-à-dire une certaine stabilité.

L’être non-éveillé ne sait pas encore que le bardo, cet état transitoire et instable, est sa véritable demeure.

Les différents bardos du bouddhisme et leur définition.

Les différentes traditions bouddhiques distinguent 4 à 6 bardos différents, le plus célèbre étant l’état intermédiaire entre la mort et la prochaine naissance, ou bardo du devenir.

Voici donc les 6 bardos du bouddhisme et leur définition.

1) Le bardo de la vie.

Ce bardo couvre notre existence entière, comprise entre notre naissance et notre mort (ou plus précisément le début de l’agonie).

Ce bardo est souffrance si l’on ne prend pas conscience de la réalité de l’impermanence. Il est au contraire bonheur et sérénité si l’on en prend conscience et si l’on réussit à maîtriser son mental.

On considère que le bardo de la vie contient en lui même les deux bardos suivants.

2) Le bardo de la méditation (ou de la concentration méditative).

Le bardo de la méditation est la phase comprise entre l’entrée et la sortie de l’exercice méditatif.

La méditation est une opportunité de comprendre son propre esprit et d’approcher la réalité des choses. Elle permet d’entrevoir le mécanisme du changement constant, et la permanence de l’impermanence.

Ainsi, nous ne nous cramponnons plus à ce que nous ne pouvons pas maîtriser ou posséder.

3) Le bardo du sommeil (ou de l’état de rêve).

Ce bardo se situe entre la sortie du sommeil profond et le réveil. Il se caractérise par des apparences de rêves.

Dans le bouddhisme, certains êtres éveillés peuvent réussir à maîtriser leurs rêves, et ainsi éviter les souffrances dues à un mental déréglé.

4) Le bardo du moment de la mort (agonie).

Ce bardo commence avec le dépérissement de l’organisme, lorsque le processus de la mort est engagé.

Il s’agit le plus souvent d’une phase d’intense souffrance physique et psychique, alors même que tout individu est sensé savoir qu’il va mourir un jour.

5) Le bardo de la nature absolue (ou de la nature en soi, ou de la dharmata).

Ce bardo est celui où peut être expérimentée la nature même des phénomènes. Il intervient juste après la mort physique. Il est le passage qui conduit au dernier bardo.

Ce bardo offre donc l’opportunité d’entrevoir la nature même des phénomènes. Si nous nous ouvrons à cette vision vraie, nous nous libérons du samsara et de la souffrance. Dans le cas contraire, nous nous dirigeons vers une renaissance future, qui interviendra après le bardo du devenir.

6) Le bardo du devenir : définition.

Dans son sens classique, le bardo du devenir est l’étape entre la mort et la renaissance. Il s’agit d’une période de difficulté et de souffrance pour celui qui n’a pas su cultiver la sérénité mentale de son vivant.

A la fin du cycle, nous naissons sous une nouvelle forme et le bardo de la vie recommence.

En réalité, le bardo du devenir peut aussi s’appliquer à tous les moments instables que nous avons à connaître dans cette vie-ci. C’est une approche plus moderne, que nous allons tenter d’approfondir.

Le bardo : interprétation moderne.

Dans son sens moderne, le bardo est un état intermédiaire qui peut s’appliquer à toute situation de changement ou d’entre-deux que nous pouvons rencontrer au quotidien, et qui est susceptible de générer de la souffrance.

Par exemple :

  • l’annonce d’une maladie grave,
  • la perte d’un être cher,
  • le fait de subir une agression,
  • le fait d’être pris dans un accident ou un attentat,
  • le fait de déménager,
  • le fait d’être licencié ou de subir un changement professionnel,
  • le fait d’être obligé de changer ses plans ou de renoncer à une perspective,
  • le fait de prendre conscience que nous avons vieilli,
  • etc.

Ces situations portent en elles une perspective de perte, voire d’effondrement.

L’ignorance de l’évidence que rien ne dure, que tout change d’instant en instant, est la véritable cause de cette souffrance : le changement (ou la perspective du changement) produit alors la peur, la colère et le sentiment de ne plus rien maîtriser.

Le bardo du devenir décrit la mort de l’ancien “moi” et la naissance de ce qui est en train d’advenir. C’est une phase particulièrement inconfortable, dans laquelle notre esprit se sent bouleversé, noyé.

Ce bardo est précisément l’instant où nous avons l’impression de perdre pied. C’est un état suspendu entre deux expériences de vie. C’est un vide, borné par ce qu’il y a eu avant et ce qu’il y aura après.

En réalité, tout est entre-deux. Tout existe entre une chose et une autre. A chaque instant, nous mourrons et nous renaissons (ce qui rappelle la définition du bardo du devenir dans son sens classique).

Ainsi, l’être éveillé ne refuse pas l’inconnu ni l’incertain, car il sait que tout est changement. Il accueille et accepte les transitions naturelles ; il considère la vie comme un train qui ne s’arrête jamais, traversant paysages et conditions climatiques toujours différentes.

Le sage se rappelle que ce qui lui semble stable et agréable sera amener à disparaître ou à évoluer. Il fait de cette évolution une opportunité, il se libère de l’attachement et des faux espoirs. Car chaque bardo comporte en lui une possibilité d’éveil, une chance de transformer la confusion en clarté.

Le sage est celui qui sait mourir de plusieurs morts pour renaître toujours meilleur.

Lire aussi nos articles sur le symbolisme de la porte et sur le devenir en philosophie.

Ouvrages en rapport avec le bouddhisme :

Modif. le 9 octobre 2020

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