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Les cinq sens : planche maçonnique

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Les cinq sens : planche maçonnique. Que représentent les cinq sens en franc-maçonnerie ? Comment interpréter le premier cartouche de l’initiation au grade de Compagnon ?

L’initiation au grade de Compagnon consiste en cinq voyages, dont le premier est associé au cartouche des 5 sens.

Suite à ce voyage, le Vénérable Maître prononce ces mots :

(…) Souvenez-vous du précepte, qui était gravé en lettres d’or sur le fronton du Temple de Delphes : « Connais-toi toi-même ».
Apprenez à bien connaître votre nature profonde pour ne jamais vous mentir à vous-même.
En outre, pour être un bon Compagnon, vous devez désormais développer vos cinq sens, car ils constituent le moyen de contrôle indispensable pour cette recherche, comme ils sont les outils nécessaires à la prise de contact avec l’extérieur.

Rituel d’initiation au grade de Compagnon REAA

Depuis l’Antiquité, il est convenu que les cinq sens sont la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat.

Mais d’autres sens viennent régulièrement compléter cette liste :

  • l’équilibrioception (sens de l’équilibre),
  • la proprioception (perception de la position de nos membres dans l’espace),
  • la nociception (perception de la douleur),
  • la thermoception (perception des températures),
  • ou encore la perception de la faim et de la soif…

On pourrait aller encore plus loin et évoquer les sens sociaux, la pensée ou la conscience.

Par ailleurs, on parle de « sixième sens » pour décrire l’aptitude à pressentir ou à percevoir des informations « subtiles ».

Tentons la définition suivante : Un sens est une faculté à percevoir et à éprouver des sensations.

On aurait tort de prendre les sens pour des instruments de mesure transmettant des données objectives ; en effet, les sens sont indissociables du mécanisme qui traite et transforme les informations reçues.

Voici donc une planche maçonnique sur les 5 sens.

Lire aussi notre article : Les 5 voyages du Compagnon franc-maçon

Les cinq sens : planche maçonnique.

Le cartouche des cinq sens nous interroge sur la nature de nos perceptions.

Au quotidien, nous avons l’impression que ce que nous voyons, entendons ou sentons correspond à la réalité. Pourtant, nos perceptions sont limitées et partielles ; elles n’ont que très peu de rapport avec le réel puisqu’elles consistent en une sélection, un décodage et une interprétation immédiate des informations qui nous arrivent.

Car un grand nombre de biais existent entre le réel et nos perceptions, parmi lesquels :

  • les caractéristiques de nos cellules réceptrices,
  • les « reconfigurations » que notre cerveau effectue de manière automatique,
  • nos filtres cognitifs et psychologiques (schémas d’analyse conscients ou inconscients).

Ainsi, nos perceptions sont d’abord l’expression de notre individualité : nous sommes prisonniers d’un point de vue, d’une vision du monde. Ce qui explique que nous soyons en proie aux préjugés, aux opinions et aux stéréotypes.

Nous ramenons toujours tout à nous : nous abordons les choses en fonction de nos intérêts, de nos craintes et de nos attentes, ce qui aboutit à des jugements binaires.

« Connais-toi toi-même ».

Notre individualité nous empêche d’accéder à la vérité : nous sommes des êtres ignorants.

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien.
Socrate

Pourtant, réaliser cela nous ouvre paradoxalement la voie à une première vérité stable et indubitable : nous sommes désormais sûrs d’une chose, c’est que nous ne savons rien.

Un chemin se dessine alors, qui consiste à analyser, à comparer, à remettre en cause, à dépasser, à déconstruire, à retourner, à regarder autrement, à multiplier les points de vue. Ce travail évoque bien sûr la taille de la pierre brute. Il s’agit d’une quête, d’un effort de recherche permanent.

Ce travail évoque naturellement la connaissance de soi :

Connais-toi toi-même.
Socrate

Le franc-maçon est donc celui qui combat ses illusions en s’interrogeant sur les causes de ses propres sensations. Ses perceptions ne constituent plus une réduction de la réalité à sa propre personne, mais au contraire un moyen de dépasser sa propre personne pour s’ouvrir au Tout : il s’agit d’un renversement.

C’est ainsi que le franc-maçon développe une autre interprétation des cinq sens. Il ne s’attachera plus à ses perceptions mais utilisera ses facultés pour porter un regard neuf sur lui-même, les autres et le monde. Ses sens lui permettent désormais de s’ouvrir, de découvrir, de partir à la recherche, de questionner, de progresser, de contempler, de s’émerveiller.

Il ne s’agira plus de croire, de juger, de rejeter ou de posséder, mais de voir, d’écouter, de goûter et de sentir des choses qui étaient autrefois inaccessibles.

Parallèles symboliques.

Les cinq sens peuvent être associés aux éléments alchimiques :

  • la vue peut être associée au Feu : c’est le Feu de la Lumière (ou de la raison) qui brise l’aveuglement,
  • l’ouïe à l’Air,
  • le toucher à la Terre,
  • le goût à l’Eau,
  • et l’odorat à l’Ether : c’est ce qui nous donne l’intuition de la présence d’un cinquième élément, sorte de ciment du cosmos (cf. la Quintessence).

Sur le plan de la terminologie :

  • la vue évoque la clairvoyance, qu’on peut aussi associer à l’œil présent au centre du Delta lumineux. C’est encore la vision du coeur, ou l’intelligence du coeur,
  • l’ouïe peut symboliser l’entendement : c’est la faculté de comprendre, de saisir l’intelligible, de s’ouvrir au Verbe,
  • le toucher évoque la reconnaissance (cf. l’attouchement) mais aussi la délicatesse, le raffinement ou le tact,
  • le goût renvoie au discernement : en effet, goûter c’est savoir ce qui est bon ou mauvais, ici dans le sens de vrai ou faux. Notons que dans le soufisme, le goût symbolise la connaissance initiatique qui se dévoile tel un plat savoureux,
  • enfin, l’odorat peut renvoyer au flair dans le sens d’intuition.

Enfin, les cinq sens évoquent bien sûr le chiffre 5, en relation avec les 5 voyages, les 5 ordres d’architecture ou les 5 branches du pentagramme. L’étoile flamboyante est l’image de l’homme initié, éveillé aux mystères du monde : ses cinq sens le relient au cosmos.

Conclusion sur les cinq sens en franc-maçonnerie.

Nos sens sont des fenêtres sur le monde. Pourtant, ils peuvent aussi nous tromper et nous maintenir dans l’illusion d’une existence auto-centrée.

Bien utiliser nos sens, c’est faire l’effort de voir plutôt que percevoir, c’est écouter plutôt qu’entendre, c’est lâcher prise pour se laisser traverser par la réalité.

Le franc-maçon est celui qui tente d’aborder le monde en mettant ses poids et ses passions de côté. Il développe une vision intérieure qui va bien au-delà de la surface des choses.

Les couleurs aveuglent l’œil.
Les sons alourdissent l’oreille.
Les saveurs engourdissent le palais.
Les pensées affaiblissent l’esprit.
Les désirs fanent le coeur.

Le Maître observe le monde
mais fait confiance à sa vision intérieure.
Il laisse les choses aller et venir.
Son coeur est ouvert comme le ciel.

Tao Te King 12

Voir aussi notre liste de planches au grade de Compagnon 2ème degré.

Pour aller plus loin :

Modif. le 22 février 2022

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