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Le soufisme : voie lumineuse de l’Islam

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Le soufisme : secte ou tremplin spirituel ? Qu’est-ce que le soufisme ? Quelles sont les origines et les principes de cette branche mystique et ésotérique de l’Islam ?

Le soufisme est la branche spirituelle et mystique de l’Islam. C’est aussi un mouvement ésotérique par lequel les disciples sont initiés à la “connaissance” (ou gnose) en vue d’atteindre la sagesse et l’illumination intérieure.

Le soufisme vise donc à rencontrer l’amour de Dieu par une expérience intime, loin de tout juridisme, dogmatisme ou littéralisme. Il faudra pour cela être “initié”, c’est-à-dire être mis sur la voie par un Maître.

Dans de nombreux pays du monde, le soufisme est critiqué et menacé par les courants salafistes et wahhabites, sans doute parce que trop libre, trop intérieur et peut-être trop lumineux. Le soufisme s’appuie en outre sur le chant, la musique et la danse, ce qui est loin de plaire aux fondamentalistes.

Quoi qu’il en soit, le soufisme est l’une des plus anciennes voies de l’Islam.

Voici les origines et les principes du soufisme.

Le soufisme : définition de cette voie spirituelle de l’Islam.

Le soufisme est véritablement né aux VIIIème et IXème siècles de notre ère.

Définition : Le soufisme désigne un ensemble de courants, confréries ou voies spirituelles de l’Islam qui se fondent sur une pratique ascétique, ésotérique et initiatique en vue d’une illumination intérieure.

En arabe, soufisme se dit tassawuf (“mystique”) ou tariqa (“confréries soufies”). Le terme tassawuf aurait pour origine les vêtements de laine (suf veut dire “laine”) que les adeptes soufis portaient en signe de détachement, de pauvreté et de rejet des choses matérielles.

Le mouvement soufi consiste en des ordres fraternels (tariqa) dans lesquels des Maîtres (cheiks) forment et assistent leurs disciples dans la maîtrise des principes philosophiques et des pratiques rituelles.

Ces rituels et pratiques sont destinés à réaliser l’union avec Dieu ; elles prennent différentes formes : prière rituelle (dhikr), récitation des noms de Dieu, rituels corporels, danses (cf. les derviches tourneurs en Turquie), méditation ou encore contemplation de Dieu par rotation.

Aux origines du soufisme.

Le soufisme s’est d’abord développé en Arabie. Bien que Mahomet fût considéré comme le modèle de pratique religieuse et de comportement moral par excellence par la communauté musulmane primitive, un certain nombre de ces premiers musulmans ont cherché des moyens d’exercer leur pratique religieuse au-delà de la loi et des rituels classiques.

Ces derniers se sont inspirés des différentes traditions du Proche-Orient (judaïsme, christianisme, zoroastrisme, bouddhisme, gnosticisme…) pour développer des pratiques et des philosophies centrées sur la culture de l’âme.

Il existait au Proche-Orient une longue tradition d’ascétisme et de pratiques contemplatives centrées sur l’abstention de nourriture excessive, une réduction de confort physique et matériel, l’accent mis sur la prière et la culture d’un mode de dévotion intérieure. Le soufisme s’est largement nourri de cette tradition.

Les fondateurs du soufisme.

Il n’y a pas eu une seule et unique figure fondatrice du soufisme, mais certains personnages ont eu une influence majeure sur ce courant au cours des premiers siècles de l’Islam.

Citons entre autres :

  • Al-Hassan al-Basri (642-728) : il vivait à Bassorah en Irak, véritable berceau du soufisme. Savant et ascète, il cultivait la voie de la sagesse. Plusieurs de ses disciples ont fondé d’importantes confréries soufies.
  • Junayd (830-910) : descendant du Prophète, il vivait à Bagdad ; il est considéré comme l’un des plus grands sages soufis de l’époque classique. Il est connu pour avoir fondé une école prônant l’extinction de soi en Dieu (fana’) ainsi que la culture de la discipline spirituelle intérieure. Il a transmis de nombreux hadiths (communications orales du Prophète Mahomet).
  • Abu Said al-Kharraz (mort en 899) : vivant lui-aussi à Bagdad, il a composé certains des manuels et livres fondateurs du soufisme.

La communauté soufie et l’intronisation.

Une communauté soufie est constituée par le désir de quelques membres de suivre un certain style de vie pour parvenir ensemble, par une voie particulière, à la vérité, à savoir l’union mystique avec Allah.

L’appartenance à une telle communauté se marque par un double cérémonial :

  • d’abord un serment d’appartenance à un Maître, que le disciple prête à celui qui va l’initier sur les chemins de la connaissance et de la perfection,
  • ensuite, le cérémonial de la prise d’habit, rituel commun à de nombreuses traditions religieuses et qui manifeste l’appartenance de l’individu à son école spirituelle. Le Maître pose alors un manteau sur les épaules de son disciple pour signifier que désormais celui-ci partage la même culture spirituelle et qu’il devient un compagnon du cheikh sur le chemin de la perfection spirituelle.

Les textes sacrés du soufisme.

Comme tous les musulmans, les soufis ont puisé dans le Coran leur inspiration, leurs interprétations et leur façon de pratiquer la religion.

Un certain nombre de versets du Coran sont cités par les soufis pour prouver la légitimité d’une interprétation ésotérique de l’Ecriture. En combinant les thèmes coraniques à certaines paroles du Prophète (transmises à travers les hadiths) soigneusement choisies, le soufisme est fermement enraciné dans les sources traditionnelles de l’Islam.

Ainsi, plutôt que de composer une écriture alternative, le soufisme se fonde sur les Textes Sacrés et offre une lecture alternative, non littéraliste, du Coran.

L’espace sacré.

Une zawiya (ou zaouïa) est une sorte de loge soufie, nommée aussi khanqah ou encore tekke dans le monde turcophone. Cela peut correspondre à une “confrérie” ou un couvent chrétien.

En utilisant des fonds de mécènes privés ou des dons de leurs disciples, les enseignants soufis commencèrent à construire des loges dans lesquelles ils pouvaient, en tant que Maîtres de l’ordre, vivre avec leurs disciples. Souvent, les loges grandissaient autour de la tombe du Maître fondateur.

La loge est un espace sacré dans lequel des cérémonies particulières ou des rituels sont effectués. Le rassemblement quotidien pour la récitation communautaire de la prière est un aspect important de la pratique soufie.

Les disciples y exécutent le dhikr (“invocation”) ou sama, à savoir un concert spirituel ou une récitation de chansons ou de poésie, parfois accompagné de danses rituelles.

Le soufisme à travers les différents rites et cérémonies.

Le dhikr ou prière collective est une répétition dévotionnelle des noms de Dieu, qui peut également inclure des supplications. Les dhikr sont effectués dans la loge cérémonieusement, à haute voix, et peuvent être dirigés par le Maître qui indique à ses disciples les incantations à prononcer de manière rythmée et avec une attention portée à la posture et à la respiration.

Le format et les détails précis des cérémonies varient d’un ordre soufi à un autre.

Les différentes liturgies peuvent être adaptées selon le degré de perfectionnement spirituel des disciples.

Un dhikr élaboré, connu sous le nom de sama ou “concert spirituel” peut inclure des récitations, du chant, de la musique instrumentale, de la danse et de la respiration rythmique, dont le but ultime est l’obtention d’un état d’extase ou de transe. Un tel état marque le point culminant de la cérémonie, qui peut durer plusieurs heures.

Le sama symbolise la ronde des astres. Par cette ronde, les disciples entrent en communion avec le divin jusqu’à l’extase.

La danse des derviches tourneurs.

La célèbre danse des derviches tourneurs est une liturgie qui allie poésie, textes coraniques, musique et danse : les derviches entrent dans la salle vêtus de blanc, robe qui symbolise leur futur linceul ; ils sont enveloppés d’un grand manteau noir, symbole de la tombe et de la lourdeur de la terre qui pèse sur eux.

En commençant leur danse, les derviches se libèrent de ce manteau, symbole de la nouvelle naissance qu’ils vont effectuer en eux-mêmes. La haute toque qu’ils portent sur la tête est le symbole de la pierre tombale.

La danse déploie tout le symbolisme de la mort, de la nouvelle naissance et de la vie. Le Maître qui se trouve au milieu des danseurs, mais qui ne danse pas au même rythme que ses disciples, représente le point de rencontre du temps et de l’éternité.

Le mouvement de la danse est assez simple. Le derviche se tient paume de la main droite levée vers le ciel et main gauche orientée vers la terre ; ainsi il reçoit les bénédictions du ciel d’une main et les répand sur la terre de l’autre.

La danse elle-même comprend un double mouvement : d’abord, le derviche tourne sur lui-même dans un mouvement de recherche intérieure, exprimant ainsi l’entrée de celui qui cherche à connaitre l’extase au centre de lui-même pour s’ouvrir à l’unité de Dieu ; en même temps, il tourne autour de la salle, exprimant son désir de connaissance du monde qu’il veut mener de la diversité à l’unité.

Cette danse s’effectue au son de la flûte qui est le symbole de l’âme en son centre le plus intime, et celui de la conscience que les hommes ne sont pas toujours capables d’entendre.

Après la danse, le chanteur psalmodie quelques versets du Coran : c’est la parole de Dieu qui arrive en réponse à l’attente des derviches.

Enfin s’effectuent les derniers saluts à tout ce qui entoure les derviches, et la grande invocation caractérisée par le seul pronom : “Lui”, autrement dit Dieu seul, l’être au-delà de toute imagination, au-delà de toute conception, de toute existence : Celui qui est le but recherché par les derviches et obtenu au terme de la danse mystique, dans l’extase.

Conclusion sur le soufisme.

Les pratiques du soufisme constituent une sorte de polissage du cœur, symbole du centre qui est en nous, de notre intériorité pour parvenir l’humilité, la probité, la sincérité, la fraternité et l’harmonie.

L’ennemi à combattre n’est ainsi pas tant l’infidèle à l’extérieur de nous que l’infidèle qui est en nous : l’ego ou le moi centré sur lui-même et se percevant comme séparé des autres et du monde.

Au final, s’éveiller dans le soufisme consiste à lever un à un les voiles qui empêchent de voir la lumière.

Les Soufis : ils sont sans livres, sans études, sans érudition
Mais ils ont poli leur cœur
L’ont purifié du désir, de la cupidité, de l’avarice et de la haine.
Cette pureté du miroir est certes le cœur reflétant toutes images,
L’entendement ici devient silence pour n’induire aucune erreur
Car le cœur est Avec Dieu, ou plutôt le cœur est Lui.
Ceux au cœur poli ont échappé aux parfums et aux couleurs,
Ils contemplent la beauté de chaque instant,
Ils ont abandonné la forme et l’écorce du savoir,
Ils ont tenu l’essence dans l’océan de la connaissance mystique.
Jalal-ud-Din Rûmî, poète persan et fondateur de l’école soufie des Derviches tourneurs

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Modif. le 6 novembre 2020

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