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Le fana’ dans le soufisme : l’extinction de soi en Dieu

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Le fana’ dans le soufisme : que signifie l’extinction de soi en Dieu ? Quel sens ésotérique ? Comment parvenir au fana’ ?

Le fana’ est un concept du soufisme, branche spirituelle et mystique de l’Islam. Le mot fana’ signifie “anéantissement”, “évanouissement” ou “extinction”.

Il s’agit de l’extinction de la personnalité et de l’individualité, qui permet à l’être éveillé d’entrer dans une nouvelle dimension, d’approcher Dieu et de s’unir à Lui, sans pour autant fusionner totalement avec Lui.

Il y a donc dans le concept du fana’ quelque chose qui relève de l’abandon, en l’occurrence l’abandon d’une partie de soi pour accéder à un nouvel état de conscience et d’existence. Il s’agit en particulier de renoncer à ses illusions et à ses défauts : perceptions duales, orgueil, sentiment d’être séparé des autres et du monde…

Parvenir au fana’ c’est poursuivre une quête intérieure, non exempte d’une lutte contre une partie de soi-même, lutte qui correspond au sens premier du Djihad.

Tentons de mieux définir le fana’ du soufisme et de décrire le chemin qui mène à l’extinction de soi.

Lire aussi notre article : Le soufisme, voie lumineuse de l’Islam.

Le fana’ dans le soufisme : définition.

Définition du fana’ : Le fana’ est, dans le soufisme, une expérience mystique qui se situe au-delà de la pensée et qui consiste à laisser la place à Dieu en soi. Cette expérience passe par l’extinction momentanée de l’ego ou du “moi”, afin de pouvoir se laisser traverser par la présence divine.

Le fana’ peut aussi être défini comme une mort initiatique : il s’agit de mourir pour accéder à la réalité.

Annihiler le petit “moi” humain, le dissoudre dans le grand “Soi” divin : telle est donc l’expérience du fana’, qui constitue la voie de la vérité.

Paradoxalement, l’anéantissement de son individualité confère sa grandeur à l’homme : c’est ainsi que s’ouvre la voie de l’union avec Dieu.

Ainsi, le fana’ est indissociable de l’humilité et de la soumission à Dieu : c’est en se soumettant au Créateur que l’on pourra véritablement s’élever. C’est en reconnaissant que nous ne sommes rien que nous pourrons l’approcher, et qu’Il pourra nous relever.

Le fana’ sous-entend en outre que la capacité à être appartient à Dieu seul. L’être humain lui, n’a pas d’épaisseur : son existence est passagère, son essence est illusoire. Une approche qui rappelle assez le non-soi du bouddhisme (même si dans l’Islam, Dieu n’est pas vacuité).

Concrètement, qu’est-ce que le fana’ ?

Le fana’ marque l’entrée dans un état de total abandon à Dieu. Dans cette expérience, le soufi ne voit plus que Dieu : il sent et goûte la présence divine en toute chose et en lui-même. Il perçoit ainsi l’unicité de l’Etre.

L’annihilation du “moi” permet au mystique de retrouver sa véritable nature (celle du néant) et par là même d’approcher la nature de toute chose.

Ce que le fana’ n’est pas.

Si le fana’ consiste à s’approcher de Dieu, il n’est pas pour autant la fusion avec Dieu. En effet, le fait de confondre un individu avec Dieu serait commettre un péché majeur de l’Islam : le shirk.

Pour les soufis, celui qui parle de l’unicité de Dieu (tawhid) s’affirme de fait comme étant Dieu : dès cet instant, il est dans le péché.

Le fana’ consiste non pas à disserter sur l’unicité de Dieu, ce qui serait se prendre pour Dieu, mais d’une certaine manière à l’expérimenter à travers l’extinction du moi.

Cette expérience dépasse les mots et la pensée. Le rejet de la démarche mentale constitue le fondement même de la méthode initiatique soufie : c’est ce qui permet l’illumination.

Comment parvenir au fana’ ?

Parvenir au fana’ nécessite d’entrer dans une phase méditative qui consiste en un absorption dans la “non-existence”, dans la “non-conscience de soi”. Il s’agit aussi d’abandonner toute certitude, toute conception, tout savoir. En effet, pour les soufis, il est impossible d’approcher mentalement le phénomène divin et son unicité.

Celui qui croit savoir qui est Dieu se trouve dans l’ignorance, et paradoxalement, celui qui sait qu’il ne sait rien se place dans le fana’, dans la connaissance mystique.

Le fana’ est donc une expérience apophatique : l’apophase est l’impossibilité de tout discours sur la nature de Dieu.

Du “moi” égoïste au “soi” universel.

Contrairement au nirvana bouddhique, le but du fana’ n’est pas l’extinction définitive de la vie individuelle, mais une expérience méditative momentanée.

Le soufi est inséré dans la société, il doit donc garder son individualité. En dehors de ses expériences méditatives, il se comporte avec humilité, sait s’ouvrir aux autres et accepte son destin.

Conclusion sur le fana’.

Voie de dévotion et d’ignorance éclairée, posture de sagesse, chemin de vérité, le fana’ est la disparition volontaire de l’individu devant le mystère de Dieu.

Paradoxalement, ce lâcher-prise permet d’expérimenter la présence de Dieu au plus profond de soi, et d’ouvrir les yeux sur quelques-unes des lois cosmiques fondamentales…

Lire aussi nos articles :

Pour aller plus loin sur le fana’ :

Modif. le 6 novembre 2020

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