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Suis-je Dieu ?

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Suis-je Dieu ? Notre existence est-elle divine ? Quelle est la part de sacré en nous ?

L’éveil spirituel est un long processus qui aboutit souvent au constat lumineux que « je suis Dieu », Dieu étant entendu comme le Tout éternel et absolu.

En effet, l’éveil se fait par le dépassement de l’ego et la prise de conscience que nous ne sommes pas des individus séparés du monde, mais au contraire des êtres profondément ancrés dans le monde, au carrefour de toutes les influences cosmiques. C’est alors que peut apparaître l’idée que « je suis Dieu », dans le sens où je fais partie intégrante du Tout cosmique. Autrement dit, je suis constitué de la matière universelle : je suis un petit monde à l’image du grand monde, et chaque élément qui me compose est le résultat de l’intention divine. Cette prise de conscience peut aboutir à l’impression de « fusionner » avec Dieu.

Mais cette analyse quelque peu rapide comporte un risque d’erreur. Car l’affirmation « je suis Dieu » sous-entend une correspondance ou une égalité entre « je » et « Dieu ». Or ce « je » ne peut être que le reflet de l’individualité, une individualité qui n’est en aucun cas assimilable à Dieu, et dont on peut même dire qu’elle fait obstacle à Dieu. Le risque est alors de retomber dans l’illusion.

Ainsi, reconnaître que nous sommes constitués de la matière cosmique ne doit pas nous faire oublier nos limites personnelles : non, nous n’avons pas les mêmes caractéristiques que Dieu, nous ne sommes pas Dieu.

Tentons d’aller plus loin.

Suis-je Dieu ?

Pour répondre à la question « suis-je Dieu ? », il faudrait d’abord définir le « je » et le « Dieu ».

  • On peut voir le « je » comme l’individualité, ou l’ego. Pour certains, cette individualité est une illusion, puisqu’aucun individu n’est stable, autonome ni éternel, contrairement à l’impression que nous avons parfois.
  • Quant à Dieu, on peut le définir comme le seul être stable, réel, éternel et autonome. Dieu est le Tout unique et absolu, permanent et cohérent. Lire aussi notre article : Qui est Dieu ?

Les caractéristiques de l’individu sont donc diamétralement opposées à celles de Dieu. Par conséquent, dire que « je suis Dieu » est un raccourci hasardeux.

Le soufisme (courant de l’Islam des Lumières) pointe le risque qu’il y aurait à se croire Dieu ou même une partie de Dieu. Rappelant que la capacité à « être » appartient à Dieu seul, le soufisme développe le concept de fana’, qui consiste non pas à fusionner avec Dieu, mais à laisser place à Dieu en soi : il s’agit de reconnaître l’inexistence de notre individualité pour nous laisser traverser par la présence divine.

Par conséquent, c’est dans l’effacement, le renoncement, l’abandon de soi et l’humilité que peut se faire non pas la fusion, mais la rencontre avec Dieu. Une démarche qui passe donc obligatoirement par la soumission à Dieu, et qui rappelle dans une certaine mesure le non-soi du bouddhisme.

Notons que dans le soufisme et l’Islam en général, le fait de confondre l’individualité avec Dieu revient à commettre un péché majeur : le shirk.

En conclusion : suis-je Dieu ?

Affirmer que « je suis Dieu », c’est prendre le risque de retomber dans l’illusion due à notre egoïsme.

L’être éveillé sait qu’il n’est pas Dieu, puisqu’il est conscient qu’il n’est rien.

Par conséquent, il serait préférable de dire :

  • « je suis composé de matière divine »,
  • ou « je fais partie du Tout »,
  • ou « je marche vers Dieu »,
  • ou « je me soumets à Dieu »,
  • ou « je me laisse traverser par Dieu »,
  • ou « je m’abandonne à Dieu »,

… plutôt que « je suis Dieu ».

Par ailleurs, il peut sembler intéressant de voir Dieu comme un chemin de conscience plutôt qu’un concept en soi. Ainsi, dire « je suis Dieu » serait croire que l’on est parvenu au bout du chemin, ce qui est contraire à l’attitude du sage, pour lequel la Connaissance ne peut s’acquérir qu’en renonçant à ce que l’on croyait savoir, qu’en reculant, qu’en s’effaçant.

Par conséquent, je suis bien loin d’être Dieu, même si je ne suis pas séparé de lui. Mais tant que mon individualité sera là, ma conscience ne sera pas à la hauteur de la conscience divine. Pour toucher réellement Dieu, il faudra sans doute mourir de plusieurs morts, spirituelles et physiques.

Lire aussi notre article : Je suis tout et rien à la fois.

Pour aller plus loin :

  • L’Esprit de l’athéisme, d’André Comte-Sponville. Une remarquable description de ce que peut être la spiritualité sans dieu.
  • Le Tao Te King, de Lao-tseu, traduit par Stephen Mitchell. Le Tao Te King est un joyau de l’humanité, un texte qui accompagne le cherchant durant toute sa vie. Cette traduction, moderne, accessible et poétique, et sans doute la meilleure.
  • La petite voix, d’Eileen Caddy. Un petit livre de méditation quotidienne : une pensée à lire chaque soir.
  • Cosmos, de Michel Onfray. Un ouvrage qui renoue avec l’idéal païen d’une sagesse en harmonie avec le monde et la nature.

Modif. le 20 avril 2021

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