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Pourquoi faut-il mourir ?

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Pourquoi faut-il mourir ? Pourquoi la vie débouche-t-elle toujours sur la mort ? Pourrait-on imaginer un monde dans lequel la mort n’existe pas ?

La vie, ça finit toujours mal. Marcel Aymé

Lorsqu’on parle de vie, on parle inévitablement de mort. La vie est indissociable de la mort : l’un ne peut aller sans l’autre, ce qui fait dire que les deux notions sont complémentaires.

Vivre, c’est forcément mourir à un moment ou à un autre, du moins sur le plan physique. Cette idée cause désolation, peur et souffrance. Dans notre imaginaire, la mort est un déchirement, une disparition tragique, ou encore l’irruption du néant : elle est forcément négative et mauvaise.

Nous allons tenter de savoir pourquoi il est nécessaire de mourir. On pourrait en effet imaginer un monde dans lequel la mort n’existe pas : chaque être vivant serait alors un être à l’existence infinie. La perspective de la mort s’évanouirait et la vie serait peut-être plus heureuse.

Tentons de répondre à la question : Pourquoi faut-il mourir ?

Pourquoi faut-il mourir ?

Prenons l’hypothèse dans laquelle la vieillesse et la mort n’existent pas.

Nous allons voir qu’une telle idée pose problème tant sur le plan scientifique que métaphysique.

Entrons dans les détails.

La vie sur le plan biologique : un phénomène qui se nourrit de la mort.

Qu’est-ce que la vie ? La vie est le phénomène par lequel un être vivant transforme l’énergie et la matière puisées dans son environnement. La vie se nourrit de la matière inerte, qu’elle active et anime.

La vie peut être définie comme “l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort” (Bichat, XVIIIème siècle). Mais une analyse plus poussée montre que la vie se fonde avant tout sur sa propre mort.

En effet, la loi de l’évolution, qui est aussi celle de l’adaptation et de la survie, nécessite que les individus disparaissent afin de laisser la place à des individus plus performants.

Par ailleurs, les cellules qui nous constituent ont développé une capacité à programmer leur propre mort : c’est le “suicide cellulaire”, autrement dit le vieillissement.

Ainsi, la vie sait utiliser la mort pour aller plus loin : sa pérennité globale se fonde sur la maîtrise d’un équilibre d’autodestruction et de renouvellement, de vie et de mort.

Une meilleure définition de la vie serait donc “l’ensemble des fonctions capables d’utiliser la mort” (Henri Atlan).

On voit donc l’utilité de la mort : si chaque individu pouvait éternellement survivre, l’espèce dans sa globalité n’aurait pas d’avenir puisqu’elle ne pourrait plus s’adapter à son environnement.

Lire aussi notre article : La vie : définition scientifique et philosophique.

La vie et la mort sur le plan métaphysique : pourquoi faut-il mourir ?

Sur le plan métaphysique, une vie sans mort est là encore difficilement imaginable.

Il faut partir du constat selon lequel tout dans l’univers est changeant, mouvant, impermanent et interdépendant. La matière se transforme sans cesse, les pierres se délitent, les paysages se remodèlent, les vallées se creusent, les cataclysmes surviennent, les soleils s’éteignent et d’autres étoiles naissent. Le temps qui passe remet tout en cause.

Dans un monde où tout est interconnecté et où tout se transforme, comment imaginer qu’un être vivant puisse survivre indéfiniment en conservant ses propres caractéristiques ? Il semble logique que la vie soit à l’image des autres éléments du cosmos, c’est-à-dire en recomposition permanente.

Par ailleurs, imaginer qu’un être vivant puisse ne jamais mourir pose un autre problème : cet individu serait potentiellement omnipotent, puisque immortel et absolu. Il aurait toutes les caractéristiques du Dieu.

Nous nous retrouverions avec autant de dieux concurrents que d’individus immortels : le principe d’unité du monde s’effondrerait, il n’y aurait plus de cohérence d’ensemble. L’univers serait constitué de parties irréconciliables et d’êtres autonomes en perpétuel conflit, ce qui semble inconcevable.

La question de l’être.

Cette réflexion pose la question de l’être : le fait d’exister est-il une réalité ou une illusion ? Ce qui est certain, c’est que nous n’existons pas de manière absolue, autonome et éternelle :

  • notre corps connaît des changements permanents : toutes nos cellules se renouvellent en quelques mois ou quelques années,
  • notre esprit et notre conscience changent aussi : nos raisonnements et notre vision du monde évoluent sans cesse ; nous ne réfléchissons pas à l’âge de 15 ans comme à 50 ans,
  • notre personnalité fluctue au gré du temps et des influences.

En réalité, chaque instant fait de nous un être différent de ce qu’il était à l’instant précédent. Notre sentiment d’être un individu stable est donc largement illusoire : il est dû à notre ego et à notre instinct de survie.

Notons cependant que cette illusion de stabilité est normale et légitime : elle nous aide à survivre.

De quelle mort devons-nous mourir ?

Nous l’avons vu, le cosmos est marqué par un changement permanent. Nous sommes nous-aussi des êtres en perpétuelle transformation. Chaque instant porte le deuil de l’instant précédent : la vie est devenir, remise en cause permanente, abandon, perte.

De ce fait, la mort est partout. C’est pourtant ce qui permet à la vie de perdurer et de progresser.

La cessation des fonctions vitales.

La mort est pour nous la cessation des fonction vitales : c’est la fin de notre existence humaine. Mais l’irruption de la mort ne signifie pas entrée dans le néant.

En effet :

  • sur le plan physique, les éléments qui nous composent vont continuer à vivre sous d’autres formes, à travers d’autres êtres vivants,
  • sur le plan spirituel, nos idées et nos actions continueront à influencer l’avenir, puisqu’elles font partie du continuum causal universel.

Ainsi, plutôt que “néant”, la mort est synonyme de retour au Tout, de recomposition de la matière et de l’esprit. Elle annonce une renaissance.

Pourquoi faut-il mourir ? Pour renaître.

En conclusion, la mort ne doit pas être abordée de manière tragique. La mort n’est pas un anéantissement définitif : elle est au contraire une chance pour la vie de devenir meilleure.

Accepter la mort, c’est reconnaître la nécessité de céder la place, c’est consentir à revenir au Tout pour former le terreau de nouvelles opportunités.

L’esprit de cette mort est joyeux, car empreint d’espérance. Accueillir la mort peut être assimilé à un lâcher-prise, un acte d’Amour, un sacrifice au service des autres et du Tout.

Ce lâcher-prise, il faut aussi savoir le cultiver au quotidien. Chaque fois que nous nous autorisons à changer d’avis, chaque fois que nous abandonnons nos préjugés, nous mourrons pour devenir meilleurs.

On l’a compris, chaque mort annonce une renaissance. Vouloir rester figé serait au contraire la marque du néant.

Ouvrage à lire :

  • Qu’est-ce que mourir ? de Jean-Claude Ameisen, Danièle Hervieu-Léger et Emmanuel Hirsch. Ce magnifique ouvrage, qui avance les preuves scientifiques du “suicide cellulaire”, nous aide à comprendre comment la mort est indispensable à la vie.

Modif. le 9 août 2020

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