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Le sacrifice et son sens spirituel

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Le sacrifice en spiritualité : comment l’interpréter ? Quel est la signification du sacrifice dans la Bible et les différentes religions ? Quel sens symbolique ?

Le « sacrifice » peut être abordé de différentes manières :

  • c’est d’abord une offrande à une divinité, à travers un rite de mise à mort, de destruction ou d’abandon de la chose offerte,
  • le sacrifice peut aussi être le don de soi, relevant d’une démarche intérieure (effort, discipline, ascèse) et/ou tournée vers les autres (dévouement, générosité, charité).

Dans les deux cas, le sacrifice est un abandon : abandon d’un être ou d’un objet précieux pour l’offrir à une divinité, ou abandon de soi-même et de son individualité pour aller vers quelque chose de plus grand et de plus noble.

Le mot « sacrifice » vient du latin sacrificare qui signifie « faire sacré ». L’irruption du sacré est ici essentielle : le sacrifice confère une dimension des plus élevées à l’objet ou l’être offert.

On remarquera que c’est le plus souvent un être innocent qui est sacrifié (un bélier, un taureau, un agneau ou même un enfant dans les civilisations précolombiennes) : ainsi, le sacrifice montre la détermination de l’Homme à gagner cette innocence.

Plus l’objet est précieux, plus la perte sera grande, plus le potentiel d’élévation spirituelle sera important.

Le vocabulaire du sacrifice comporte, entre autres, les termes suivants :

  • l’immolation : c’est la mise à mort d’une victime. On parle d’immolation par le feu, par l’eau ou par la terre,
  • la libation : c’est l’action de répandre un liquide (du vin, de l’huile, du lait) en offrande à une divinité,
  • l’oblation : c’est l’acte d’offrir quelque chose à une divinité, par exemple le pain et le vin de l’eucharistie, ou encore un mannequin qu’on brûle (Burning Man),
  • l’hostie : dans l’Antiquité, l’hostie désignait la victime immolée,
  • la propitiation : c’est le fait de rendre une divinité « propice » à travers un acte sacrificiel. Chez les Hébreux, la fête des Propitiations était célébrée le dixième jour du septième mois religieux,
  • l’holocauste : chez les Hébreux, l’holocauste était un sacrifice religieux consistant à brûler un animal sur l’autel du Temple de Jérusalem.

« Holocauste » est parfois utilisé de façon controversée pour désigner le génocide des Juifs par les nazis, comme pour suggérer un sacrifice voulu par Dieu : le sacrifice consisterait alors à accepter sa propre mort, son propre assassinat.

Entrons dans la signification spirituelle du sacrifice.

Le sacrifice dans les différentes traditions religieuses et spirituelles.

Présent à toutes les époques et dans toutes les cultures, le sacrifice est un témoignage de dépendance, de soumission, de repentir ou d’amour de l’Homme pour ce qui le dépasse : Dieu, les esprits, la Nature.

Le bien offert devient sacré et inaccessible. Le geste même est sacré : il détourne l’individu de ses attachements, de ses envies et de ses instincts.

L’exemple le plus évident est celui d’Abraham acceptant de sacrifier son fils Isaac pour obéir à l’injonction divine (Livre de la Genèse). Au dernier moment, un ange arrête le geste du patriarche (cf. Le Sacrifice d’Isaac du Caravage en tête de cet article). Une légende similaire existait dans la Grèce antique. Ici, le sacrifice peut être interprété comme un test, une mise à l’épreuve.

L’Ancien Testament mentionne cinq principaux types de sacrifices (Livre du Lévitique) :

  • l’holocauste : sacrifice volontaire d’un taureau, d’un oiseau ou d’un bélier,
  • l’offrande végétale : offrande d’un produit de l’agriculture,
  • le sacrifice de communion : sacrifice d’un animal suivi d’un repas communautaire,
  • le sacrifice d’expiation : sacrifice obligatoire d’un jeune taureau, d’un bouc, d’une chèvre, de deux pigeons ou tourterelles, ou encore de deux litres de fleur de farine pour se purifier d’un péché,
  • et le sacrifice de culpabilité : sacrifice obligatoire d’un bélier pour expier certains péchés.

Mais les textes précisent en même temps que ces sacrifices ne peuvent jamais mener à la perfection. L’Epître aux Hébreux (Hébreux 9 et 10) parle d’un seul sacrifice pour les péchés : celui du Christ. Rappelons que l’Ancien Testament annonçait déjà la venue du messie et sa fin tragique.

Le sacrifice de Jésus.

Jésus, agneau de Dieu, accepte son arrestation, sa chute et son humiliation : il se sacrifie pour montrer l’exemple et racheter les péchés des hommes.

Ainsi, Jésus montre le chemin de l’Esprit au sein de la matière : l’injustice doit être acceptée, le mal doit être embrassé, tout doit être pardonné. Telle est la voie de l’éveil et du bonheur.

Alors Jésus dit à ses disciples : Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix, et qu’il me suive. Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui la perdra à cause de moi la trouvera.
Matthieu 16, 24-25

Enfin, pour Jésus, le véritable sacrifice consiste en la miséricorde, c’est-à-dire en la compassion :

Allez, et apprenez ce que signifie : Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs.
Matthieu 9, 13

Le sacrifice en franc-maçonnerie.

En franc-maçonnerie, le sacrifice renvoie à celui de Maître Hiram, qui est mort pour avoir refusé de livrer les secrets aux trois mauvais Compagnons, lesquels symbolisent l’ignorance, le fanatisme et l’ambition.

Le sacrifice renvoie alors à une résistance intérieure contre ces Compagnons qui, en réalité, se cachent au fond de nous-même. Il s’agira de les démasquer et de les mettre à distance.

Autrement dit, le franc-maçon est celui qui se méfie de lui-même avant de se méfier des autres. Eveillé, il sait se remettre en cause, dépasser ses opinions, changer d’avis, abandonner ses préjugés : tel est le sens maçonnique du sacrifice.

De même, en alchimie spirituelle, le sacrifice correspond à l’Oeuvre au noir, qui consiste en une dissolution ou une séparation : c’est le détachement du corps, la rupture avec la partie illusionnée de soi-même. C’est la libération de l’âme par la mort symbolique.

Sacrifice et martyre.

La question du sacrifice se pose aussi en temps de trouble, de conflit ou de guerre.

Un martyr est un individu qui accepte de mourir pour sa foi ou son idéal. Il devient alors un héros. Posant les armes, reconnaissant sa défaite matérielle, il accède à la victoire spirituelle. Se faisant victime, il se délie de toute culpabilité : le paradis lui est ouvert.

Mais ce type de sacrifice peut parfois dévier vers un certain fanatisme, notamment lorsqu’il entraîne l’autre dans sa chute, à l’image des kamikazes japonais ou des terroristes préparant des attentats suicide. On s’éloigne alors du sens spirituel du sacrifice.

Le sacrifice en spiritualité : son sens profond.

Tout sacrifice implique un effort, un dépassement : il s’agit de renoncer à quelque chose qui nous était utile, précieux, essentiel, vital, ou auquel on s’était attaché.

On peut voir le sacrifice comme un échange qui implique un prix à payer : les choses matérielles doivent être abandonnées contre la promesse d’accéder aux vérités spirituelles.

C’est la raison pour laquelle l’objet sacrifié devient sacré, c’est-à-dire parfait et inaliénable : il se spiritualise, comme nous nous spiritualisons nous-même.

L’ultime sacrifice concerne notre propre personne, qui par définition constitue ce que nous avons de plus cher. Là encore, nous renonçons au corps-matière pour nous élever vers les choses de l’esprit. Le sacrifice participe d’un chemin de compréhension et d’éveil : il nous ouvre la porte des mystères.

On peut aussi voir le sacrifice comme une forme d’hommage rendu, de reconnaissance à l’égard de ce qui nous dépasse.

Le symbolisme du sacrifice a à voir avec celui :

Conclusion sur le sacrifice en spiritualité.

L’objet du sacrifice est la purification de l’âme par le renoncement à la matière et à l’individualité. Le sacrifice permet de rompre le lien faussé que nous avions avec le monde : il nous lave de nos illusions et de nos péchés, il nous confère la victoire sur notre animalité.

Se sacrifier, c’est traverser la douleur et accepter de mourir, symboliquement ou réellement. C’est renoncer à avoir raison, à posséder, à décider. C’est mettre de côté son ego. C’est se remettre en cause, tolérer, pardonner. C’est aussi accepter son destin, reconnaître le parfait ordre des choses et s’en remettre à Dieu.

Ainsi, le sacrifice marque un recentrage, un retour à l’unité divine et cosmique. C’est d’abord et avant tout un chemin intérieur, une voie qui mène à la paix et à l’amour, et qui passe donc par l’autre.

Le sacrifice est rarement exempt de souffrance : mais paradoxalement, c’est une souffrance qui épanouit, une soumission qui libère.

Le sacrifice le plus beau, le plus profond est peut être celui qui est inconscient : c’est l’élan spontané vers les autres et vers Dieu, marquant l’entrée dans la Vie véritable, une plénitude authentique dans laquelle la souffrance a fini par disparaître.

Citation sur le thème du sacrifice en spiritualité.

La liberté est dans le sacrifice au nom de l’amour.
Andreï Tarkovski

La générosité, c’est toujours le sacrifice de soi, il en est l’essence.
Henry de Montherlant

Il n’y a de sacrifices valables que ceux sur lesquels on se tait.
Henry de Montherlant

L’humilité est l’autel sur lequel Dieu veut qu’on lui offre des sacrifices.
François de La Rochefoucauld

La charité n’est une vertu que dans la mesure où elle est sacrifice.
Firmin Van Den Bosch

Modif. le 21 mars 2022

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