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Le symbolisme du vin

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Le symbolisme du vin : qu’évoque-t-il ? Quelle est la signification du vin dans les différentes cultures et traditions ?

Apparu aux environs du 7ème millénaire, le vin est une boisson à la fois populaire et traditionnelle dont l’histoire se confond avec celle de l’humanité.

Les techniques de vinification ont émergé au Moyen-Orient (Caucase, Turquie, Mésopotamie), avant d’être améliorées par les Egyptiens et transmises aux Grecs, lesquels ont implanté la culture du vin en plusieurs points du bassin méditerranéen (Italie, Golfe du lion, Afrique du Nord…).

A partir du IIème siècle avant J-C, les Romains accélèrent la diffusion de la vigne, notamment en Gaule et jusqu’en Grande-Bretagne. A partir du XVIème siècle, les Européens implantent la vigne dans de nombreux pays du monde.

« Sang de la vigne », le vin est obtenu par fermentation alcoolique des raisins : c’est la vinification. Plus précisément, le vin est la rencontre et le résultat de plusieurs éléments :

  • un cépage,
  • un type de terrain, de sol et de terre,
  • un climat,
  • un mode culture (savoir-faire du viticulteur),
  • et une technique de production du vin lui-même (savoir-faire du vigneron).

Ces conditions définissent le terroir d’un vin.

Le vin possède un symbolisme riche et ambigu, qui touche à des thèmes aussi divers que la fête, la convivialité, la fraternité, l’ivresse, la colère, la vérité, le mystère de la vie, les rites de passage ou encore l’accès à la connaissance supérieure.

Selon les cas, le vin est positif ou négatif, vérité ou folie, sacré ou maudit, encensé ou prohibé. Il représente autant la débauche que le chemin de l’élévation.

Entrons plus en détails dans le symbolisme du vin.

Lire aussi notre article sur le symbolisme du pain.

Le symbolisme du vin : généralités.

Dans la lointaine Antiquité, la vigne était considérée comme un arbre sacré et le vin était la boisson des dieux. La vigne sera plus tard assimilée à l’arbre de vie (centre du Royaume de Dieu), dont les fruits sont offerts aux hommes pour leur assurer un bonheur durable.

Dans tous les cas, le vin a un pouvoir supérieur à l’eau : c’est une « eau de vie ».

Mais gare aux excès…

Le vin, la fête, l’ivresse et la vérité.

In vino veritas
(Dans le vin, la vérité).
Maxime d’origine grecque

Chez les Grecs, le vin est associé au culte de Dionysos, qui est aussi celui des Mystères. Dionysos est censé avoir donné la vigne aux hommes, plante qui est assimilée au feu : le vin est dès lors une « eau de feu » qui porte l’intuition (forme d’intelligence en contact avec l’Esprit supérieur) et qui permet à la pensée de s’ouvrir aux secrets de l’existence.

Dans cette perspective, l’ivresse peut être assimilée à une sorte de transe qui permet d’entrevoir la vérité et de dépasser la mort pour entrer dans une vie nouvelle.

Le jus de la vigne clarifie l’esprit et l’entendement, apaise l’ire, chasse la tristesse et donne joie et liesse.
Rabelais

Mais trop de vin peut aboutir à l’effet inverse. Se soûler revient à perdre la raison et à se perdre soi-même : rappelons que Dionysos est aussi le dieu de l’excès et de la démesure.

Dionysos devient Bacchus chez les Romains, lui-aussi objet de culte. En janvier et mars se tenaient les bacchanales, festivités religieuses durant lesquelles tout était permis : le vin coulait à flots.

Bacchus, Le Caravage

Remarque : en ésotérisme, le vin se rapporte à la connaissance des grands mystères (liés à l’Esprit), alors que le pain se rapporte à la connaissance des petits mystères (liés à la matière).

Le vin dans une perspective alchimique.

La composition du vin peut être mise en rapport avec les 5 éléments alchimiques :

  • la terre est le substrat de la vigne,
  • l’eau est l’énergie vitale et la nourriture de la plante,
  • le feu est le soleil qui lui permet de s’élever,
  • l’air (symbole de la conscience) est le savoir-faire du vigneron,
  • l’éther est le cinquième élément, qui englobe les quatre premiers. Il peut être associé à l’alcool du vin. C’est la quintessence, l’extraction du sens, la révélation des secrets de l’existence.

On notera un parallèle évident entre le vin et le sang : relié au coeur (centre cosmique), le sang représente le véhicule de la vie et l’accès à un niveau de conscience supérieur.

Plus simplement, on peut voir le vin comme l’alliance du feu et de l’eau, à savoir les deux énergies cosmiques essentielles associées au soleil et à la lune.

Enfin, la vinification exprime le processus de transformation alchimique rendu possible par un long travail de connaissance de soi. Un symbolisme que l’on retrouve aussi en franc-maçonnerie.

Le symbolisme du vin et la quête de sens.

La vigne et le vin sont presque toujours l’expression de la jeunesse, de la santé et de l’immortalité. Le vin est un nectar, un concentré de vie permettant un épanouissement physique et une élévation spirituelle.

Mais le vin doit être bu en conscience : s’il est reçu comme un don de Dieu, alors ses effets seront positifs. S’il est bu pour soi-même, pour son propre plaisir ou pour s’enivrer, alors il sera destructeur. Autrement dit, le fruit de l’Arbre de vie peut devenir celui de l’arbre interdit (cf. la Genèse).

Boire du vin, c’est donc se retrouver face à soi-même, dans un questionnement presque métaphysique, ontologique : qui suis-je ? quel est le sens de la vie ?

C’est aussi un acte initiatique qui permettra, peut-être, notre renaissance dans un niveau de conscience supérieur.

Une quête qui fait penser à celle du Graal, coupe contenant la boisson d’immortalité assimilée au sang du Christ.

Le symbolisme du vin dans la Bible.

Il m’a fait entrer dans la maison du vin ; Et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.
Cantique des cantiques 2, 4

L’Ancien Testament se fait l’écho du caractère sacré que les peuples de l’Antiquité accordaient à la vigne et au vin :

Et les arbres dirent à la vigne : Viens, toi, règne sur nous. Mais la vigne leur répondit : Renoncerais-je à mon vin, qui réjouit Dieu et les hommes, pour aller planer sur les arbres ?
Juges 9, 12-13

Dans l’Ancien Testament encore, la vigne a valeur messianique :

Ils (la loi et parole de l’Eternel) habiteront chacun sous sa vigne et sous son figuier, Et il n’y aura personne pour les troubler ; Car la bouche de l’Eternel des armées a parlé.
Michée 4, 4

Dans le Premier livre des Rois chapitre 21, la vigne est présentée comme l’un des biens les plus précieux qu’un homme puisse posséder. On peut y voir le symbole de la terre sacrée, la terre d’Israël :

La vigne de l’Eternel des armées, c’est la maison d’Israël, Et les hommes de Juda, c’est le plant qu’il chérissait.
Esaïe 5, 7

Par ailleurs, l’Ancien Testament associe la vigne à la sagesse et à la gloire :

Comme une vigne, j’ai donné des sarments pleins de grâce et mes fleurs sont des fruits de gloire et de richesse.
Livre de Ben Sira le Sage 24, 17

La vigne et le vin dans le Nouveau Testament.

Dans le Nouveau Testament, Jésus change l’eau en vin lors des Noces de Cana : c’est son premier miracle (Jean, chapitre 2). L’eau, symbole de la vie pure mais sans conscience, est donc changée en vin, symbole de la pleine conscience. Ceux qui croient en ce miracle se placent déjà dans l’alliance : ils sont sauvés.

Plus loin, la vigne est associée à Jésus et au Royaume de Dieu :

Je suis le vrai cep, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi et qui ne porte pas de fruit, il le retranche ; et tout sarment qui porte du fruit, il l’émonde, afin qu’il porte encore plus de fruit.
Jean 15, 1-2

Jésus est donc le cep de vigne (l’Arbre de vie, la croix). Il offre son fruit d’immortalité à tous ceux qui croient en lui. Manger de ce fruit, c’est fusionner avec Jésus et retrouver sa vraie place dans le cosmos.

Dieu est le vigneron qui a voulu cela : dans son infinie bonté, il a envoyé Jésus sur Terre pour permettre aux hommes d’entrer dans son Royaume.

Chez les chrétiens, l’Eucharistie est un rituel central qui commémore la Cène et qui symbolise le don de Jésus : le pain et le vin sont assimilés à son corps et à son sang. Mangez, buvez signifie que Jésus appelle à la communion entre les hommes et Dieu. Cette union ouvre le chemin du salut.

Boire le vin de l’Eucharistie, c’est donc refonder l’alliance. Le sang du Christ préserve éternellement de la soif (attachement, désir, orgueil…) et ouvre la voie de la « vraie vie ».

Remarque : la transformation du vin en sang du Christ est appelée transsubstantiation.

Au final, le vin est la boisson de l’Amour divin.

Le vin dans le judaïsme et l’Islam.

Chez les Juifs, le vin est associé à la plupart des rituels et des fêtes : le kiddouch est une bénédiction prononcée avec une coupe de vin casher.

Dans la tradition juive, le vin est aussi associé au sacrifice et donc au sang.

Dans l’Islam, la consommation d’alcool est théoriquement interdite. Mais le vin et son symbolisme n’ont pas pour autant été effacés, pas plus que la production de vin dans les pays musulmans.

A noter que de nombreux versets du Coran font allusion au vin en tant que boisson pure ou « liqueur de source ».

Pour les soufis, le vin est le symbole de la connaissance initiatique : c’est aussi la boisson qui permet d’entrer dans des états de conscience modifiée, de s’abandonner en Dieu, ou de retrouver son authenticité primordiale, selon les rites spécifiques.

Abounouesse (ou Abou Nouas), né vers 757 et mort à Bagdad en 815, est l’un des plus fameux auteurs de poésie musulmane ancienne. Il n’hésite pas à louer le vin, l’érotisme et l’humour :

Dis-moi : « voilà du vin ! », en me versant à boire.
Mais surtout, que ce soit en public et notoire.
Ce n’est qu’à jeun que je sens que j’ai tort.
Je n’ai gagné qu’en étant ivre-mort.

Abounouesse, Le vin, le vent, la vie

Au final, le vin est l’image de l’essence et de la connaissance (ou gnose), en lien avec la vigne qui représente la vie éternelle. On peut aussi dire que la vigne représente le Royaume de Dieu, dont le vin est l’Eucharistie, autrement dit le véhicule de l’alliance. Jésus est le vrai cep qui nous invite à manger de son fruit. Le vin est l’ultime breuvage de vie, ouvrant un monde de paix et de joie, mais il faut savoir le consommer.

Ainsi, le vin représente le miracle de la vie, il est une transformation de l’énergie vitale terrestre en une énergie spirituelle qui a vocation à rencontrer Dieu.

Pour aller plus loin :

  • Le dictionnaire des symbolesde Gheerbrant et Chevalier. Avec ses 1600 articles, cet ouvrage est une référence dans l’étude des symboles et des chiffres.
  • Le Vin, le Vent, la Vie, de Abounouesse. Le vin et les plaisirs selon le plus grand poète arabe de son temps.

Modif. le 13 mars 2021

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