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Le symbolisme du pain

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Le symbolisme du pain : qu’évoque-t-il ? Pourquoi le pain est-il à la fois nourriture terrestre et spirituelle ?

Le pain est un aliment de base essentiel et traditionnel dans de nombreux pays du monde. Il est fabriqué à base de farine (blé, épeautre, seigle…), d’eau, de sel et de levain ou de levure.

Né dans le bassin méditerranéen (Egypte notamment), le pain est intimement lié à l’invention de l’agriculture et de la meule à grains.

La fabrication du pain, ou panification, nécessite beaucoup d’étapes (battage, broyage, tamisage, pétrissage, pause, cuisson…) et un haut niveau de technicité. Les progrès effectués dans l’élaboration du pain ont accompagné le développement des grandes civilisations.

Le christianisme a fait du pain un aliment sacré. De manière générale, le pain évoque la vie, la fraternité, la paix et la spiritualité. Il véhicule des valeurs simples mais fondamentales.

Traditionnellement, le pain est l’aliment de base fabriqué pour tout le village : il est attaché à la communauté humaine. Consommé par tous, il rappelle que l’humanité forme un seul corps, un seul être.

Le pain se donne et se partage avant d’être consommé. Ce qui rappelle la Chanson pour l’Auvergnat de Georges Brassens, hymne à l’hospitalité :

Ce n’était rien qu’un peu de pain,
Mais il m’avait chauffé le corps,
Et dans mon âme il brûle encor
À la manièr’ d’un grand festin.

Entrons plus en détails dans le symbolisme du pain.

Le symbolisme du pain : généralités.

Le symbolisme du pain est d’abord celui du blé. Le blé symbolise les moissons, les cycles, l’alternance des phases de mort (le grain de blé qui tombe en terre) et de résurrection.

La vie peut être définie comme cette force qui se nourrit de la mort pour renaître toujours meilleure. Cette définition comporte aussi une dimension spirituelle, comme le rappelle Jésus dans l’Evangile de Jean :

En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Jean 12, 24

Le pain : la terre, le corps, la vie.

Le blé et le pain évoquent la fécondité de la terre, qui donne, nourrit, pourvoit aux besoin de l’humanité. Ainsi, le blé et le pain sont un don de Dieu (cf. la “manne”, nourriture que Dieu donne aux Hébreux durant la traversée du désert – Exode 16) : ils sont la matérialisation de l’Amour divin.

Le pain est le symbole de la vie : il est le combustible qui chauffe le corps ; il est notre corps lui-même puisque nous sommes ce que nous mangeons.

Nourriture terrestre, le pain est aussi nourriture spirituelle, puisque son caractère essentiel nous relie à la Nature et au cosmos.

Autrefois, le pain retourné était synonyme de mort ou de mauvais augure ; pour conjurer le sort, on faisait alors un signe de croix sur le pain avant de l’entamer. Un rituel qui montre la valeur traditionnellement attachée au pain.

Le pain et le symbolisme des 4 éléments.

La fabrication du pain combine les 4 éléments alchimiques :

  • la terre (les grains et la farine),
  • l’eau,
  • l’air (l’action du levain qui aère le pain),
  • le feu (l’énergie de la cuisson).

Ces 4 éléments se retrouvent aussi dans le cycle de croissance du blé en terre. On retrouve donc dans le pain l’expression de toutes les forces de la Nature, qui se combinent au service de la vie.

Le partage.

Le pain est intimement lié à la symbolique du partage. En ce sens, le pain est semblable à la terre, avec ou sans majuscule : la terre que nous partageons tous, la planète que nous habitons tous. De la même manière que l’on n’habite pas la Terre seul, on ne mange pas le pain seul.

Le pain se partage, nous rappelant que nous partageons tous la même condition et le même avenir. La conscience de la communauté humaine est précisément ce qui donne sa saveur au pain.

Nous avons appris à reconnaître, dans le pain, le véhicule essentiel de la pitié, à cause du pain que l’on distribue aux heures de misère. La saveur du pain partagé n’a point d’égale.
Antoine de Saint-Exupéry, Pilote de guerre

Remarque : selon l’usage, le pain se rompt et ne se coupe pas. Dans la Bible, Jésus rompt le pain à plusieurs reprises. Dans la tradition juive, le chef de famille rompt le pain et le distribue au moment de Kiddouch, le soir de shabbat.

Le symbolisme du pain dans la Bible : le travail et le partage.

Dans la Bible, la pain apparaît dès le chapitre 3 de la Genèse (verset 19), à la suite du péché originel :

C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ; car tu es poussière, et à la poussière tu retourneras.

Le pain est donc synonyme de labeur, voire de souffrance. Mais il va progressivement devenir le symbole de ce qui nourrit l’être humain d’une autre manière que physique. En effet, l’homme ressent au fond de lui un autre type de besoin, au moins aussi fondamental que le besoin de nourrir son corps. L’homme a faim de liberté, de joie, d’amour, d’espérance et d’éternité.

Le pain est l’un des rares aliments à pouvoir symboliser cette nourriture du coeur et de l’esprit, sans doute parce qu’il évoque la simplicité et l’humilité. C’est la nourriture du salut.

Dans le chapitre 14 de la Genèse (verset 18), Melchisédek, roi de Salem, fait apporter du pain et du vin à Abraham : le pain est alors un signe de paix et de fraternité.

En hébreu, Béthleem est la maison du pain (de Beth : “maison” et lechem : “pain”). C’est la maison de celui qui se donne en partage : le Christ. Ainsi le Christ, né à Béthleem, est pain de vie.

Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim, et celui qui croit en moi n’aura jamais soif. Jean 6, 35

A travers l’Eucharistie, le pain symbolise le corps de Jésus qui se donne en partage (voir plus bas).

Par ailleurs, les quatre évangiles canoniques évoquent le “miracle de la multiplication des pains”, qui permet à Jésus de nourrir la foule. Ce miracle évoque le partage, mais aussi le caractère infini et inépuisable des nourritures spirituelles (lesquelles sont assimilées à la Parole de Jésus).

Travaillez, non pour la nourriture qui périt, mais pour celle qui subsiste pour la vie éternelle, et que le Fils de l’homme vous donnera ; car c’est lui que le Père, que Dieu a marqué de son sceau.
Jean 6, 27

En résumé, le pain dans la Bible évoque le travail mais aussi la récompense de ce travail, qui réside non pas dans la consommation, mais dans le partage des choses produites. Le pain éclaire la condition humaine et introduit le chemin du salut.

Le symbolisme du pain dans les rituels juifs et chrétiens.

A l’époque du Temple Salomon, 12 pains étaient déposés en offrande sur la Table des pains de proposition disposée dans le Saint du temple, le jour du shabbat. Aujourd’hui, un pain tressé appelé Challah est partagé au moment du shabbat.

Chez les chrétiens, l’Eucharistie est un rituel central ; c’est un sacrement qui consiste à commémorer la Cène, dernier repas du Christ au cours duquel ce dernier assimile le pain à son corps qu’il offre à tous en sacrifice. De nous jours, des hosties sont distribuées aux fidèles.

Le levain.

Dans la Bible, le symbolisme du pain est intimement lié à celui du levain, qui est une pâte en cours de fermentation qu’on incorpore à la pâte à pétrir dans le but de la faire lever.

Lors de la sortie d’Egypte, les Juifs ont à peine le temps d’emporter avec eux la pâte à pain. Dieu ordonne à son peuple de fêter cet événement par une consommation de pain sans levain. La Pâque juive, Pessa’h commémore cet exode ; cette semaine-là, on ne consomme que du pain azyme (non levé). Le levain représente la condition ancienne, celle de l’esclavage et du péché. L’absence de levain symbolise donc la pureté et la vérité.

Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l’honneur de l’Eternel ; vous le célébrerez comme une loi perpétuelle pour vos descendants. Pendant sept jours, vous mangerez des pains sans levain. Dès le premier jour, il n’y aura plus de levain dans vos maisons ; car toute personne qui mangera du pain levé, du premier jour au septième jour, sera retranchée d’Israël.
Exode 12, 14-15 (Ancien Testament)

Dans le Nouveau Testament, Jésus lui aussi met en garde contre le levain de la méchanceté (Matthieu 16, 6). Mais il parle aussi d’un nouveau levain, un levain qui élève dans le bon sens, jusqu’au Royaume de Dieu :

Il leur dit cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que la pâte soit toute levée.
Matthieu 13, 33

Le pain en franc-maçonnerie.

En franc-maçonnerie, le pain a aussi son importance. Le néophyte le rencontre dans la première épreuve qu’il a à subir pour son initiation : l’épreuve de la Terre, qui a lieu dans le sombre cabinet de réflexion. Du pain est disposé là, à côté d’une cruche d’eau.

Le pain représente l’apprenti lui-même : il faudra un long travail de tri (le bon grain et l’ivraie…), de pétrissage et d’interaction des éléments pour arriver au produit fini qu’est le pain, c’est-à-dire l’homme éveillé. Notons qu’en franc-maçonnerie, le symbolisme du pain est proche du symbolisme de la pierre : il faut tailler la pierre comme il faut pétrir la pâte, et cela nécessite effort et volonté.

On retrouve le pain au deuxième degré de la progression maçonnique : le Compagnon est littéralement “celui avec qui l’on partage le pain”. Le Compagnon a fait un pas de côté, un pas vers l’autre : il sait partager son pain, c’est-à-dire s’offrir lui-même aux autres et au monde. Le Compagnon a découvert sa part universelle : désormais il comprend le sens du mot fraternité.

La pierre taillée est semblable au pain en tant que produit fini : elle s’insère dans l’édifice, autrement dit elle se donne en partage pour le Tout.

Enfin, le Compagnon franc-maçon rencontre Schibboleth, mot de passe qui signifie “épi de blé” ou “ruisseau”.

Au final, le pain est un trait d’union entre la Terre et le Ciel. Nourriture terrestre, le pain symbolise l’humilité, la sobriété et le partage : il est un chemin vers la compréhension des plus grands mystères spirituels.

Pour aller plus loin :

  • Le dictionnaire des symbolesde Gheerbrant et Chevalier. Avec ses 1600 articles, cet ouvrage est une référence dans l’étude des symboles et des chiffres.

Modif. le 23 janvier 2021

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