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“Le but, c’est le chemin” : interprétation

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Le but, c’est le chemin” : comment interpréter cette citation ? Comment le chemin peut-il être plus important que le but ?

Le but c’est le chemin. (Citation le plus souvent attribuée à Goethe)

Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir. (Confucius)

Le but du chemin est le chemin lui-même, un déplacement sans fin qui devrait nous conduire non quelque part mais ailleurs. Vers soi-même ? Je n’en sais rien. S’il n’y a pas de but, il n’y a pas non plus le souci d’accomplir. C’est dans ce nulle part que se trouve la libération, c’est-à-dire que l’on découvre que l’on est libre.
(Patrick Levy, Sâdhus)

Ces trois citations semblent dire que le but du cheminement est le chemin lui-même, ce qui peut sembler paradoxal. En effet, lorsqu’on se dirige vers quelque chose, pourquoi faudrait-il renoncer l’atteindre ?

Nous parlons ici bien sûr de chemin spirituel.

La spiritualité peut être définie comme une démarche intime, une recherche intuitive du sens de la vie. Il s’agit d’une quête, qui peut s’appuyer sur des méthodes, des découvertes, des idées philosophiques, des courants religieux ou encore sur des expériences vécues.

Dans certains cas, le cheminement spirituel prend la forme d’un chemin concret : on pense aux pèlerinages, par exemple celui de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Revenons au paradoxe de notre citation. Comment ce chemin spirituel peut-il se suffire à lui-même, au détriment du but ultime que constitue la connaissance de la vérité ?

Tentons de percer la signification de la citation “le but, c’est le chemin”.

Le but : un obstacle sur le chemin ?

Toute quête spirituelle passe par une plongée en soi-même. Qui suis-je ? Comment puis-je m’ouvrir à la réalité ? Comment dépasser mes limites personnelles ? Qu’est-ce qui en moi fait obstacle à la Lumière ?

Le cherchant comprend qu’il ne pourra trouver les réponses à ces questions qu’à l’intérieur de lui-même : le chemin de la Connaissance passe par la connaissance de soi.

Si les réponses sont en nous-mêmes, les obstacles aussi. C’est pourquoi le chemin vers le haut est aussi le chemin vers le bas. Nous allons devoir visiter le fond de notre être pour extraire et neutraliser ce qui fait de nous des êtres illusionnés, décentrés, égarés.

Car notre ego nous maintient constamment dans l’illusion : illusion d’être libre et autonome, illusion de savoir mieux que les autres, illusion de pouvoir distinguer entre le bien et mal, illusion que nous avons un rôle important à jouer, illusion que les choses devraient être autrement.

Nous passons notre vie à interpréter, à juger, à nous projeter, à désirer, à nous accrocher. De là naissent le rejet, la haine et la culpabilisation, autant de mensonges à l’être universel et pacifique qui sommeille en nous.

Nous allons devoir abandonner beaucoup de choses sur le chemin, en particulier ce que nous pensions savoir, ce que nous pensions acquis, ce que nous pensions être. Nous allons devoir renoncer à nos croyances, à nos ambitions, à nos désirs, à nos attachements, à nos certitudes. La volonté d’atteindre le bout du chemin fait partie de cela : elle fait partie du problème plus que de la solution.

Renoncer au but, c’est se donner une chance de l’atteindre. S’accrocher à l’objectif, c’est se perdre. Quel paradoxe !

La clé réside dans ce sacrifice : nous allons devoir mourir à nous-même, c’est-à-dire à notre certitude de pouvoir détenir un jour la vérité. Et paradoxalement, c’est de cette façon que nous pourrons accéder à la vérité.

Si quelqu’un veut venir après moiqu’il renonce à lui-même, qu’il charge sa croix et me suive.
Matthieu 16, 24

Le chemin qui avance semble reculer.
Tao Te King, 41

Sur le chemin du Tao,
chaque jour quelque chose est abandonné.

Tao Te King, 48

“Le but, c’est le chemin” : la voie de la fraternité.

On l’a compris, le cherchant est celui qui préfère la question à la réponse. Sa quête est un chemin d’ouverture : il s’interroge et se remet en cause en permanence. Il accueille la parole de l’autre et la respecte pour la part de vérité qu’elle contient.

Ainsi, le voyage spirituel ne peut se faire que dans le monde, aux côtés de nos semblables, avec leur concours. Partage et dialogue : voilà la source de notre enrichissement et de notre progression.

Egalité, fraternité et compassion constituent nos nouvelles valeurs. Je ne suis plus séparé des autres, je suis l’Autre. Je ne suis plus séparé du monde, je suis le Monde.

Lire aussi notre article : Je suis rien et tout à la fois.

Ainsi, vivre le chemin, c’est être profondément enraciné dans la réalité du monde. Il semble qu’on ne puisse s’élever qu’à travers l’expérience vécue sur Terre, bien ancrés dans le présent, loin des regrets du passé et des faux espoirs du futur.

Là encore, viser le bout du chemin serait illusoire : ce serait sortir du monde et s’extraire du temps présent, c’est-à-dire mettre fin à l’expérience.

Au final, cheminer, c’est vivre vraiment. C’est aussi accomplir son destin.

Le chemin, le devoir et le destin.

Le cheminement spirituel exige un total lâcher-prise. Je n’ai plus de volonté, plus d’ambition, je me laisse porter, je m’ouvre, je me laisse traverser par la Lumière cosmique que je porte… et que je suis.

Cela revient à s’abandonner à son destin.

Mon destin est ma voie : mon chemin est déjà tracé, et j’accepte de le parcourir.

Mais suivre le chemin est exigeant. Cela implique un effort (mental, physique) ; cela nécessite de rester fidèle à son Devoir.

Quel est ce Devoir ? C’est se promettre de ne jamais retomber dans les travers d’autrefois, à savoir l’isolement, les illusions, les passions et les vices. C’est continuer à avancer, pas après pas, vers son destin.

Débarrassé des faux espoirs, le chemin devient espérance : une sorte de confiance pure et désintéressée, un espace de paix et de sérénité… ce que les bouddhistes appellent le nirvana, ou ce que Jésus appelait le Royaume de Dieu.

Pour votre bibliothèque :

  • Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi, de Jean-Christophe Rufin. Le formidable récit de 800 km à pieds sur le chemin du Nord jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Authentique et poignant.
  • Le pèlerin de Compostelle, de Paulo Coelho. Les leçons éclairantes d’une expérience vécue sur le chemin de Saint-Jacques.
  • La petite voix, d’Eileen Caddy. Un petit trésor de méditation quotidienne : une pensée à lire chaque soir.

Modif. le 16 septembre 2020

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