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L’équilibre en philosophie et spiritualité

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L’équilibre en philosophie et spiritualité : qu’est-ce que c’est ? Quelle définition philosophique ? Quel sens spirituel ?

Entre stabilité et risque d’instabilité, l’équilibre est une notion plus complexe qu’il n’y paraît.

L’équilibre peut être abordé de deux manières différentes :

  • ce peut être un état stable, paisible, invariable. L’équilibre est alors synonyme d’harmonie, d’unité, d’égalité, de symétrie, de proportion, de justice ou encore de beauté,
  • l’équilibre peut aussi être abordé dans un sens dynamique : il est alors décrit comme un balancement sans fin, une correction permanente des excès, une lutte entre des énergies opposées, ce qui donne une succession de déséquilibres et de rééquilibrages. En ce sens, tout déséquilibre annoncerait un rééquilibrage futur.

Dans cette seconde approche, équilibre et déséquilibre sont intimement liés : l’équilibre est un déséquilibre permanent.

L’équilibre est une notion très actuelle, sans doute parce que nous vivons une période d’importants déséquilibres sociaux, mondiaux, écologiques… L’harmonie du monde semble perdue, si tant est qu’elle ait jamais existé.

En réalité, la notion d’équilibre questionne surtout notre état mental : en effet, notre psychisme navigue sans arrêt entre équilibre et déséquilibre, stabilité et instabilité, espérance et peur.

Entrons dans la définition philosophique de l’équilibre.

L’équilibre : définition philosophique.

L’équilibre évoque un pivot ou un balancier, exprimant aussi bien la neutralité que la lutte, aussi bien le repos qu’un état de tension.

L’équilibre implique un affrontement entre forces opposées. Mais ces forces peuvent aussi être vues comme complémentaires, équivalentes, voire identiques et interchangeables, ce qui signifierait que les déséquilibres sont illusoires : l’ensemble est toujours équilibré, puisqu’il est un.

De l’équilibre cosmique à l’équilibre mental.

La notion d’équilibre questionne la structure même de l’univers. Si l’on considère que l’univers est un “cosmos” (au sens d’un Tout ordonné), alors chaque déséquilibre appelle un rééquilibrage naturel : l’univers est vu comme un ensemble cohérent et harmonieux. A l’inverse, si l’on considère que l’univers est chaotique et dépourvu de sens, alors on peut penser que la tendance est celle d’une séparation sans retour, autrement dit d’un déséquilibre croissant et irréversible.

Lire aussi notre article sur l’ordre et le chaos.

L’équilibre a donc à voir avec notre vision de l’univers, et c’est en ce sens qu’il touche à notre état psychique. Autrement dit, celui qui reconnaît que tout est en ordre a accès à la paix intérieure et à la sérénité : il s’en remet au cours des choses, il accepte tout, il ne craint rien, il fait confiance à la Nature et au destin, ce qui rappelle la philosophie stoïcienne.

Remarque : dans la philosophie antique, la suspension du jugement (scepticisme), le doute ou encore la modération sont d’autres moyens d’atteindre l’ataraxie (absence de trouble, équilibre mental).

Enfin, l’équilibre questionne la vie et son mécanisme biologique. La vie est cette force mystérieuse qui anime la matière, la décomposant et la recomposant sans cesse. La vie lutte en permanence contre les déséquilibres (cf. l’homéostasie), ce qui pourrait expliquer notre peur permanente du déséquilibre et de la mort. Pourtant, l’analyse montre que la vie se fonde précisément sur les déséquilibres : elle se nourrit des failles des écosystèmes, elle trouve son chemin au milieu du désordre, elle tire parti de la mort pour aller toujours plus loin.

L’équilibre : un chemin spirituel.

La plupart des traditions spirituelles visent à l’atteinte de l’équilibre intérieur, vu comme le reflet de l’équilibre cosmique.

L’équilibre peut alors être défini comme un état de bien-être, d’harmonie avec le monde, d’alignement universel : il est un niveau de conscience marqué par l’équanimité, mot qui recouvre les notions de sagesse, de bonheur, de sérénité durable et aussi d’éveil.

Au sens spirituel, l’équilibre s’acquiert par le silence, le lâcher-prise et l’ouverture : c’est la voie du dépouillement, du renoncement aux illusions, aux peurs et aux attachements, ce qui permet l’entrée dans l’éternel présent, dans le Royaume de Dieu (christianisme) ou encore l’atteinte du nirvana (bouddhisme, hindouisme).

L’équilibre passe par la reconnaissance que tout est un, solidaire et cohérent : la Source coule en toute chose, et tout découle de la Source. Voilà la grande Loi d’Amour par laquelle l’Homme se tient près de Dieu ou du tao.

Quand il agit dans le monde, le Tao
est semblable à la courbure d’un arc.
Le sommet est courbé vers le bas ;

le bas courbé vers le haut.
Il corrige excès et insuffisance
afin qu’il y ait parfait équilibre.
Il prend à ce qui est trop
et donne à ce qui n’est pas assez.

Tao Te King 77

Par conséquent, l’équilibre est un état mental, mais aussi une voie à suivre : le chemin de l’Amour, l’ouverture à toute chose, à tout être.

Au contraire, penser qu’il n’y a pas d’équilibre, pas d’ordre, pas de sens, c’est se perdre, c’est être déjà mort.

Le symbolisme de l’équilibre.

L’équilibre renvoie à un symbolisme riche, principalement en lien avec le centre et la verticalité. C’est par exemple :

  • la balance et ses deux plateaux,
  • le point, le centre ou le pivot,
  • le coeur,
  • la croix,
  • le yin et le yang (on notera la proximité symbolique entre la croix et le taijitu, bien que le taijitu véhicule un équilibre plus “dynamique” que la croix),
  • l’ouroboros (le serpent qui se mord la queue) : c’est sans doute l’un des symboles qui évoque le mieux la notion d’équilibre, puisque la dualité (la lutte du serpent contre lui-même) participe de l’unité (le serpent est “un”),
  • l’arbre de vie,
  • l’axe du monde,
  • la pyramide,
  • la spirale,
  • le nombre 69,
  • ou encore le losange.

Conclusion sur l’équilibre et sa définition philosophique et spirituelle.

En conclusion, l’Homme éveillé accepte les déséquilibres, car il sait que l’équilibre se nourrit des déséquilibres. Chaque déséquilibre porte en lui l’espoir d’un rétablissement, d’une compensation, d’une recomposition, d’un chemin nouveau : voilà qu’apparaît la notion de progrès, dans le sens d’un dépassement permanent des déséquilibres.

De fait, les déséquilibres fondent l’équilibre général. Cette analyse s’inscrit dans la droite ligne des philosophies orientales et grecques antiques, notamment celle d’Héraclite, qui décrit l’union des contraires et la dynamique cosmique :

Rien n’est permanent, sauf le changement.

Cette citation pourrait être reformulée de la manière suivante :

Les déséquilibres génèrent l’équilibre permanent.

Au final, l’équilibre est partout, il est la Loi, Dieu ou le tao. Le percevoir, c’est dépasser l’illusion des déséquilibres particuliers pour épouser le Tout cosmique et entrer dans la vraie vie.

L’équilibre : citations philosophiques.

Voici quelques citations pour compléter la définition philosophique de l’équilibre :

Le mal est une nécessité favorable à l’équilibre du bien.
Dominique Blondeau

L’équilibre, c’est se sentir à sa place.
Stephen Carrière

Équilibre est synonyme d’activité.
Jean Piaget

La vie n’est pas un livre. C’est une rencontre de forces, un rajustement d’équilibres, des croisements d’ellipses.
Maurice Gagnon

Du silence naît tout ce qui vit et dure ; car c’est le silence qui nous relie à l’univers, à l’infini, il est la racine de l’existence et par là l’équilibre de la vie.
Yehudi Menuhin

Modif. le 1 septembre 2021

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