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La raison, la rectitude et la spiritualité se complètent chez le Maître Secret

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Voici une planche maçonnique au grade de Maître Secret (4ème degré du REAA) sur le thème de la raison, de la rectitude et de la spiritualité.

Le triptyque “raison, rectitude, spiritualité” associe des notions de nature bien différente, et dont la complémentarité n’apparaît pas très clairement au premier abord.

Pourtant ces trois notions aident le Maître Secret dans son cheminement de franc-maçon.

Commençons par définir la raison.

1) La raison.

La raison est cette chose (posture ou faculté ?) qui nous permet de réfléchir de manière rationnelle, et donc de discerner le vrai de l’erreur.

La raison cherche aussi à identifier les causes des phénomènes, ce qui mène à l’accumulation d’un certain nombre de savoirs transmissibles.

Par l’expérimentation, l’induction, la déduction ou encore l’analogie, la raison est l’outil du philosophe et du chercheur, un outil intellectuel par lequel il est possible de comparer, d’identifier, d’organiser, de synthétiser et parfois de résoudre.

La raison permet d’établir un ordre vrai dans ce qui n’est que chaos apparent, et en ce sens, elle est l’ennemie des préjugés, des dogmes et des superstitions.

Citons le Trois Fois Puissant Maître lors du Premier voyage du Maître Secret :

“Mes Frères, la Franc‑Maçonnerie vous a fait sortir du monde de l’ignorance, des préjugés et des superstitions. Elle vous a tirés de la servitude de l’erreur.”

Le franc-maçon est donc celui qui suit la voie de la raison, luttant sans relâche contre ses préjugés et contre son ignorance.

Les limites de la raison.

Pourtant, la raison seule est insuffisante à l’accomplissement du Maître Secret.

Il y a en effet des choses que la raison ne peut pas atteindre, ne peut pas expliquer.

L’analyse logique peut avoir une fâcheuse tendance à couper le lien avec le haut, pour se consacrer uniquement aux faits, aux parties, sans s’intéresser au Tout. La méthode scientifique actuelle a tendance à séparer par la spécialisation à outrance, ce qui me semble être une dérive.

Certes, l’observation, l’expérience et l’étude des causes sont indispensables à notre élévation, mais la raison “pure” me semble être un chemin incomplet.

La critique de la “raison pure” a d’ailleurs été faite par Emmanuel Kant, qui se demandait, dans un siècle dominé par le culte de la science, si la raison était forcément liée à l’expérimentation.

Kant nous amène à redéfinir les conditions de l’objectivité. La question qu’est-ce que cet objet ? ne peut être tranchée qu’en répondant en même temps à la question qui suis-je ? et que puis-je savoir ?

Notre capacité à raisonner est en fait très limitée et conditionnée par ce que nous sommes.

Citons Protagoras : “L’homme est la mesure de toute chose”, phrase qui peut avoir un double-sens :

  • elle peut amener à considérer l’homme comme le centre du monde, à l’égal de Dieu,
  • elle peut au contraire sous-entendre notre extrême faiblesse, qui ne nous permet pas d’approcher le monde autrement que par notre propre condition.

C’est cette dernière interprétation qu’il faut retenir dans un premier temps ; elle constitue un appel à la modestie, à la prudence, et renvoie à la sentence du Troisième voyage :

“Quelque admiration que vous inspire le spectacle de l’Univers, du macrocosme au microcosme, souvenez‑vous que vous ne l’admirez qu’en proportion de votre faiblesse en présence de son immensité.”

Mais si la raison est insuffisante à l’épanouissement du Maître Secret, qu’est-ce qui peut la compléter ?

2) La spiritualité.

En abordant la spiritualité, on est amené à parler d’une autre notion métaphysique centrale : la conscience.

La conscience renvoie à l’intuition, à l’idée sentie, contrairement à l’idée pensée. Il y a un mystère derrière le mécanisme de la conscience, qu’on pourrait voir comme un sixième sens, rattaché à l’âme plutôt qu’au corps. Ce serait donc une forme de connaissance immédiate mais furtive, qui ne recourt pas forcément au raisonnement à proprement parler.

On sent que conscience et spiritualité sont quasiment synonymes.

En effet, on peut voir la spiritualité comme un chemin au sein de la conscience, éclairé par les progrès de notre cœur qui s’ouvre. Un chemin vers la Vérité.

Plus qu’une faculté, la conscience est une volonté : elle se cultive, se travaille, mais pas forcément dans l’effort. Il faut une intention, une envie de s’ouvrir, tout en restant sur le chemin droit (nous évoquerons la rectitude tout à l’heure).

Nous pouvons d’ailleurs choisir entre différents outils d’éveil spirituel, et les associer : la méditation, la psychanalyse, la contemplation, la prière, le bouddhisme, le taoïsme… et bien sûr la maçonnerie spéculative, pour ne citer que ceux-là.

Différents niveaux de conscience ?

Il semble exister différents niveaux de conscience, chacun amenant à la découverte d’une forme nouvelle d’unité, d’amour et d’harmonie, et donc à l’adhésion à de nouvelles valeurs.

Par exemple, la conscience que “je suis l’égal de l’autre” nous amène naturellement à développer des valeurs humanistes telles que la tolérance ou la solidarité. Si je franchis un pas de plus, la conscience que “je suis l’autre” nous amène à l’Amour universel.

Des obstacles à la conscience ?

Il existe de nombreux obstacles à la conscience : la complexité du monde, le quotidien, la colère… et l’ego.

Dans une approche psychanalytique, on pourrait assimiler la conscience pure au “soi”. Or l’accès au “soi” est rendu difficile par le “ça”, le “moi” et le “surmoi” :

  • le “ça” renvoie à nos instincts primaires qui recherchent une satisfaction immédiate, par la sexualité ou l’agressivité,
  • le “moi” est cette forme d’intelligence égoïste qui nous aide à nous socialiser dans un environnement menaçant,
  • le “surmoi” est un ensemble de modèles de comportements tous faits dans lesquels on pioche pour s’assurer une vie acceptable avec les autres.

A la différence du “ça”, du “moi” et du “surmoi”, le “soi” constitue une conscience à part entière, un vrai chemin de vie plutôt qu’une pulsion de survie.

Le “soi” rencontre l’autre par l’empathie et le questionnement. Il est spontanéité et plénitude, responsabilité et ouverture.

Au final, la conscience fait naître un chemin de spiritualité et de progression. Elle est aussi le reflet de notre être authentique à un instant T.

Par la pratique spirituelle, par l’abandon progressif des voiles, par l’éveil au monde, nous tendons à la découverte de l’ordre de l’univers en nous-mêmes : nous sommes à la recherche de ce que nous sommes, et en même temps, des causes de l’univers. Le microcosme a vocation à épouser le macrocosme, par un cheminement intuitif.

3) La rectitude.

La rectitude est une notion qui nous est familière en franc-maçonnerie.

La rectitude évoque naturellement la raison, le raisonnable, mais va bien au-delà.

La rectitude, c’est la règle, la Loi, c’est notre devoir sacré.

Ce sont nos valeurs, celles que nous avons définitivement intégrées comme étant justes, c’est-à-dire, sans qu’il soit besoin de les citer, celles qui favorisent l’harmonie et la paix.

Citons cette sentence du quatrième voyage :

“Ce que la Franc‑Maçonnerie vous demande, c’est d’aimer la Justice, de la révérer, de marcher dans ses voies, de la servir de tout votre cœur et de toute votre âme.”

Dans ce passage, il n’est plus directement question de raison ou de spiritualité, mais de cœur et de force d’âme.

Le problème n’est pas ici de spéculer mais de trancher et de bâtir. Le rituel nous demande moins de construire une réflexion fumeuse que d’écouter notre cœur.

Si la raison permet de distinguer entre le vrai et le faux, si la spiritualité est un chemin vers l’Unité, la rectitude quant à elle est le chemin de la Justice, de la justesse.

Loin d’être séparée de la raison et de la spiritualité, la rectitude s’allie à elles pour lutter contre le fanatisme et la superstition, comme le montre cette sentence du Premier voyage :

“Vous ne vous forgerez point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion, mais vous déciderez par vous‑mêmes de vos opinions et de vos actions. […] Vous n’accepterez aucune idée que vous ne compreniez et ne jugiez vraie.”

La rectitude éclaire la raison : elle permet de repousser les raisonnements fallacieux qui peuvent sembler vrais au premier abord. Elle chasse l’ambiguïté et le vice en soumettant le raisonnement au jugement du cœur.

La rectitude : un rapport à l’autre et à soi-même.

Le Maître Secret est un exemple de rectitude. En se fixant sa propre Loi, c’est-à-dire ses propres devoirs, il se définit comme un homme libre.

Une définition de la raison alliée à la rectitude.

Éclairée par la rectitude, la raison devient la faculté de connaître, juger et agir conformément à nos principes intangibles. Le Maître Secret peut ainsi discerner et juger conformément aux valeurs qu’il s’est fixées avec l’aide de ses Frères.

Cette sentence deuxième voyage l’illustre : “Respectez toutes les opinions, mais ne les acceptez pour justes que si elles vous apparaissent comme telles après les avoir examinées.”

La raison, la rectitude et la spiritualité se complètent chez le Maître Secret.

Pour résumer, nous pouvons dire :

  • que la raison est la marque de l’Homme et de sa condition limitée : certes nous pouvons raisonner, et c’est remarquable, mais nous ne raisonnons qu’en proportion de ce que nous sommes.
  • que la rectitude est la marque du Devoir, c’est-à-dire des règles que nous nous sommes fixées pour ce qui concerne notre rapport à nous-mêmes, aux autres et au monde.
  • Enfin, la spiritualité est la marque de notre éveil intuitif au monde. La spiritualité évoque le symbole du cercle, qui évoque l’éternité et l’Unité.

Au final, la métaphysique est la recherche active de l’être, des causes de l’univers et des principes premiers de la connaissance. Mais cela doit rester une recherche rationnelle, guidée par la raison, droite, et aidée par le dynamisme de notre volonté.

Ainsi la raison, la rectitude et la spiritualité se complètent bel et bien pour nous mettre sur la voie de la sagesse.

Quelques citations :

  • « La sagesse ne peut pas entrer dans un esprit méchant, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » Rabelais
  • « On ne voit bien qu’avec le cœur. » Saint-Exupéry
  • « Quoique toutes nos idées nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au-dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir. » Rousseau (Emile).
  • « La conscience est toujours implicitement morale ; et l’immoralité consiste toujours à ne point vouloir penser qu’on pense, et à ajourner le jugement intérieur. On nomme bien inconscients ceux qui ne se posent aucune question d’eux-mêmes à eux-mêmes. » Alain

Voir aussi :

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