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Les grades de vengeance au REAA : interprétation et psychologie

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Les grades de vengeance au REAA : comment les interpréter ? En quoi éclairent-ils le mécanisme de notre psychisme ? Comment peuvent-ils nous faire progresser ?

La franc-maçonnerie, par sa dimension initiatique, invite le franc-maçon à ouvrir progressivement sa conscience. Il est invité à visiter le mécanisme de son psychisme pour faire l’effort de le comprendre et tenter de le maîtriser. Nous parlons ici clairement de psychologie.

Quelles sont les causes de nos pensées, de nos sentiments et de nos actes ? Dans quelle mesure pouvons-nous domestiquer notre mental ? Qu’est-ce qui nous empêche de voir la réalité telle qu’elle est ?

Les voiles sont nombreux en nous : De même que vous ne voyez pas bien, vous ne comprenez pas bien, dit le rituel d’initiation au 4ème degré.

Il faudra donc analyser nos perceptions, disséquer nos pensées, les séparer pour ensuite les réconcilier comme dans le processus alchimique.

Précisément, le mythe d’Hiram parle directement à notre conscience. Son symbolisme n’est rien d’autre que le miroir de notre inconscient.

Tentons de résumer ce qui se joue :

  • au 1er degré du rite, l’Apprenti taille sa pierre brute : il fait l’effort de mieux se connaître,
  • au 2ème degré, le Compagnon semble être en mesure d’insérer sa pierre cubique dans l’édifice, ce qui signifie qu’il a compris quelle était sa véritable place dans la société. Son travail semble terminé et il est destiné à accéder à la maîtrise, véritable couronnement de sa progression,
  • mais lors de l’initiation au 3ème degré, tout s’effondre. Les trois mauvais Compagnons surgissent et remettent tout l’édifice en question. Nous pensions être arrivé au bout de la démarche, mais tout est à refaire.

L’irruption des trois mauvais compagnons est dramatique, violente et inattendue.

Oui, nous sommes des êtres ignorants, fanatiques et ambitieux. Oui, ces trois mauvais compagnons se cachent en nous en permanence, tapis dans l’ombre. Ils tirent les ficelles, influencent nos pensées sans le dire. Ils nous manipulent, nous dirigent, contrôlent chaque instant de notre vie.

Comment allons-nous réagir à cette réalité ? Précisément, les grades de vengeance décrivent les trois étapes de notre réaction : colère, discernement et réconciliation.

Les grades de vengeance au REAA : interprétation.

L’irruption des trois mauvais Compagnons nous a plongés dans le deuil et la tristesse. Nous ne sommes pas ce que nous croyions être, et cela nous cause une terrible souffrance. Puis vient la colère.

Premier des grades de vengeance : Maître Elu des Neuf.

Résumé du degré : Salomon fait procéder à un tirage au sort et choisit les neuf Maîtres chargés de poursuivre le premier meurtrier d’Hiram. Johaben fait partie des élus ; il devance les autres maîtres, trouve la caverne, tue le suspect et lui coupe la tête.

Ici, c’est la colère pure qui s’exprime. Sur le plan psychologique, nous avons hâte d’en finir avec nos mauvais compagnons. Révoltés par le fait d’avoir été si longtemps manipulés, nous voulons nous venger.

Le problème est qu’il s’agit d’une vengeance contre soi-même : nous sommes dans la culpabilisation. Cela est bien le signe que c’est encore notre ego qui commande…

Encore une fois, nous nous laissons aller à nos pulsions (l’informateur est un étranger, un “inconnu”) ; notre instinct nous pousse à nous défendre, à utiliser la force et la violence. La vengeance nous permet d’assouvir notre soif de puissance.

Mais pensant sortir de la sombre caverne, nous y sommes retournés. Le fait est que nous nous sommes précipités : nous n’avons pas pris le temps de réfléchir, de comprendre ce qui se jouait.

Au final, il faudra nous pardonner à nous-mêmes d’avoir agi de manière aussi impulsive (le pardon est la conclusion de ce grade).

Deuxième grade de vengeance : Illustre Elu des Quinze.

Résumé du degré : Salomon ayant appris que les deux derniers assassins se cachaient au pays de Gath, il choisit six Maîtres zélés en complément des neuf qui avaient retrouvé Abiram et leur confie la mission de les retrouver. Les meurtriers sont découverts et faits prisonniers. Salomon leur fera subir un long supplice.

Sur le plan psychologique, nous sommes ici dans une plus grande maîtrise, un plus grand calme. Cette fois, l’informateur est connu : la pulsion de vengeance est consciente, elle devient “volonté”.

Cette volonté est bien maîtrisée, les opérations étant dirigées par le roi Salomon ainsi que le roi de Gath, qui peuvent symboliser l’esprit souverain.

Il y a ici une notion de Justice qui contraste avec la précipitation du degré précédent.

Mais la culpabilité est toujours là (c’est pour nous le “sentiment de culpabilité”) et le supplice reste cruel : les têtes sont coupées et les corps des meurtriers jetés par-dessus les murailles de la ville.

Ce châtiment peut-il offrir un réconfort psychologique durable ? Certainement pas, car il est impossible d’abandonner une part aussi fondamentale de nous-mêmes.

Dernier des grades de vengeance : Sublime Chevalier Elu.

Résumé du degré : Douze des justiciers sont tirés au sort, reçoivent le nom de Sublime Chevalier et portent le nom d’Emerek. Salomon récompense ainsi leur zèle et leur constance. Les Sublimes Chevaliers Elus auront pour mission de surveiller les Maîtres : ils seront les Inspecteurs des travaux.

Ce grade marque la réconciliation avec soi-même. A présent, nous sommes les inspecteurs de notre mental. Nous sommes des chevaliers, capables de comprendre et de maîtriser nos sentiments, capables aussi de reconnaître les sentiments des autres.

Nous sommes devenus Emerek, un homme vrai, qui muni de son épée de Justice, sait discerner. Nous savons que les trois mauvais compagnons peuvent renaître à tout moment, mais nous sommes prêts à les accueillir et à les dompter.

Il ne s’agit pas de vouloir abandonner notre ego, ce qui est impossible. Il s’agit de nous comprendre et de nous accepter tels que nous sommes, pour ne plus nous laisser duper par nous-mêmes. Nous aurons à cultiver humilité, lucidité et ouverture.

Nous allons devoir apprendre à vivre avec nos mauvais Compagnons, car ils nous fondent et peuvent même nous aider, pour peu que nous sachions les canaliser.

Notons que douze sur quinze sont tirés au sort : il reste donc trois maîtres qui ne sont pas nommés. Ils sont peut-être ce qui reste des trois mauvais Compagnons, mais cette fois dans leur aspect positif, humble.

Les grades de vengeance : résumé et conclusion.

La réalité qui s’est offerte à nous au 3ème degré est cruelle : fiers et impatients d’être nommés au grade de Maître, nous pensions avoir atteint notre but. Nous sommes tombés de haut.

Pour accablante qu’elle soit, l’irruption des trois mauvais compagnons constitue une incroyable opportunité : le fait d’avoir pris conscience de notre prison mentale nous met paradoxalement sur le chemin de la liberté.

En faisant le deuil de notre être illusionné, nous pouvons enfin renaître sous la forme d’un être éveillé, humble, universel. Nous avons découvert tout le potentiel qui dormait en nous. Nous avons compris que le cosmos n’attendait que notre retour.

Voilà la signification de notre chemin spirituel : franchir l’obstacle (c’est-à-dire nous-mêmes) pour rejoindre les autres, le monde et nous unir au Grand Architecte de l’Univers.

Les grades de vengeance décrivent le cheminement qui est le nôtre suite au choc du 3ème degré : colère, discernement et réconciliation.

Nous avons compris qu’il n’était pas possible de nous séparer de notre ego. Il s’agira au contraire de le ramener à la raison. Ayant fondé une nouvelle alliance avec nous-même, nous pouvons enfin marcher sereinement vers les autres et vers notre destin.

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Modif. le 11 octobre 2020

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